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Mardi 2 mars 2010 2 02 /03 /Mars /2010 14:33
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Une forte cohésion sociale souligne l'attachement de tous à leur quartier, héritier dégradé, déclassé d’un quartier ouvrier des années soixante, place de la Réunion, une même volonté d’amélioration des conditions de logement prenait des formes revendicatives différentes suivant les groupes engagés.

 

Le danger permanent était de généraliser des particularismes  isolés et de vouloir le développement d’une vie de quartier et des relations privilégiées de proximité, position gestionnaire de petits propriétaires se démarquant nettement de celles du comité des mal-logés à vocation militante, plus unitaire.

 

Arthur adhéra à ce comité par courrier à partir de Fleury-Mérogis, il ne put se mêler aux activités de ces assemblées que deux mois plus tard à sa sortie de prison, un certain nombre d'actions ayant déjà abouti à des mobilisations autonomes de mal-logés, c'était la fête de l'Aïd à Belleville.

 

Il n'y avait encore eu que deux logements H.L.M. réquisitionnés au 140 rue de Ménilmontant cité ouvrière dégradée et injustement présentée par la presse comme carrefour des bandes de voyous, la mobilisation naissante s'organisait au cours des Assemblées mensuelles et des réunions hebdomadaires.

 

Ce jour de fête de l'Aïd du 2 Mai  1987 fut pour Arthur un grand jour de fête, cela faisait deux mois qu'il patientait après sa liberté, le premier jour de sa sortie fut un jour de mobilisation et de fête, le comité initié avant son emprisonnement commençait à s'étoffer, les choses avaient suivi leur cours.

 

Même si il reprenait le train en mouvement Arthur était heureux de voir les choses se développer dans la direction souhaitée, il souhaitait que les formes de la lutte soient porteuses en germe des principes de vie de la société juste en devenir et désirée, il n'aimait pas les autoritaires, voulait une société libre.

 

Les stand s'installaient sur tout le boulevard de Ménilmontant, c'était le grand marché des luttes du logement, les coordinations d'hôtels meublés voisinaient avec les squatteurs punks réclamant la gratuité du loyer, et les petits blancs chefs avaient du mal à se faire passer pour responsables.


Toute la manifestation de mobilisation dura deux jours, et il y eut de nombreux débats, ne pouvant recourir à l'appel alphabétique des familles inscrites, dépassés par la volonté auto organisatrice de tous les participants, les responsables auto proclamés fulminaient attendant leur heure, cartable sous le bras.

 

Arthur respira à pleines narines, ceux qui sortaient de prison avaient le droit a des attention plus chaleureuses que d'ordinaire, dans le milieu militant on fêtait discrètement le retour à la liberté, on marquait son affection de manière plus appuyée, des jeunes filles, avant timides, lui sautaient au cou.

 

Arthur eut l'impression d'étrenner son bien-être, Reine était au centre, elle semblait se moquer de la lutte, mais elle était toujours présente lors de leurs rassemblements, elle le vit et le salua plus chaleureusement également, elle y mit un peu de cette complicité anciennement leur, il en fut heureux.

 

Elle l'apostropha, alors Jeff et Manu, ils sortiront plus tard, leurs sursis sont tombés, je vais voir l'avocat demain, ça va, ça n'était pas trop long, si surtout vers la fin, comme l'éternité, on peut dire, cela confine à l'éternité, c'est lassant et sans grand intérêt, bon ben t'arrête tes conneries, ah ça c'est sûr.

 

Arthur en effet venait de comprendre qu'il n'avait rien à faire dans le monde de la délinquance, il venait de parfaire sa connaissance du monde et des caches les moins connues de la société et il lui paraissait clair que cela ne présentait aucun intérêt, il avait fait le tour complet de cette question, ce n'était pas pour lui.

 

Dominique Premier fut jalouse du bonheur d'Arthur de ce jour-là, elles t'embrassent toutes, elles se serrent contre toi, tu es le héro, fais attention à tes chevilles, et toi le Campus, c'est confortable pour baisoter, oh ça va, vive l'Amérique, tu es loin, je t'aime, dans les bras des autres.

 

Sur un stand des photocopies diverses présentaient le Comité des mal-logés, Arthur s'approcha, les femmes en boubou Africain préparaient de grandes gamelles de mafé et de sauce feuille, les hommes plaisantaient sous les arbres, tout paraissait irréel à Arthur, le décalage sans doute?


La charte du comité des mal-logés définissait un logement décent comme spacieux, proche du lieu de travail, dont le loyer n’excède pas le cinquième du salaire, depuis février 1987, naissance du comité, s'enchaînèrent manifestations, procès, résistances à l’expulsion, réquisitions populaires.

 

Cela consistait à investir des logements du parc locatif public repérés comme vacants, pour y placer des familles qui réglaient ensuite régulièrement le montant de leurs loyers mensuels, pour une réquisition, le rendez-vous a lieu de bonne heure le matin à la sortie d’un métro, dans la discrétion.

 

L’adresse exacte de l’immeuble n’était connue que par une petite minorité des militants, quand le groupe fut suffisamment important, une centaine de personnes, il se dirigèrent vers le lieu à investir, les uns ouvraient les portes pendant que les autres surveillaient l’entrée, la banderole mise en place.

 

Les familles investissaient leurs nouveaux logements, plusieurs militants restaient  à garder l’immeuble deux ou trois jours le temps de vérifier que les autorités n’envisageaient pas une intervention musclée, et que les habitants règlent entre eux les détails de l'organisation interne de l'immeuble.

 

L’enjeu était et reste actuellement de taille, il s’agit d’observer les grandes mutations de notre capitale et du devenir des quartiers populaires, la région île de France vit une crise du logement grave qui touchait particulièrement les couches sociales les plus démunies, et désormais les classes moyennes.

 

Le comité des mal-logés apparaissait de l’extérieur comme un groupe très uni dans la lutte, mais pas forcément d’un point de vue idéologique, l’observation de ces divergences apporte des éléments pour interpréter la complexité d’une organisation mobilisée autour du problème des mal-logés.

 

Et Reine se fit câline, je t'offres un pot, ouais, on va au "Soleil", on revient après, elle ne va pas se sauver ta lutte, Reine continuait de se moquer de lui, alors elle l'aimait toujours un peu, Arthur était sur un petit nuage, il n'y avait que ceux de son squat, ils le fuyaient, il lui faudrait penser à déménager.

Par Christian Hivert - Publié dans : Les chevaliers ivres: I Reine - Communauté : le rêve, l'art et l'écriture.. - Ecrire un commentaire
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