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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

Molotov-et-Confettis.jpg

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Ils suaient du cuir des journées folles, sans but si ce n'est de courir encore. Ils couraient beaucoup, arrivaient souvent essoufflés à la porte du squat, exténués mais parvenant à balbutier une toujours étrange histoire de course effrénée à travers couloirs de métro et de RER, ils couraient toujours.

Les bandes dont ils faisaient partie faisaient résonner les murs encore neufs du centre historique de la consommation de Paris, Les Halles, convergeant en fièvre de tous les carrefours de la capitale et des banlieues riches ou pauvres, de celles qui râpent l'entendement et que l’esprit ordinaire efface.

A force de vivre et de chuchoter des contes dans leurs somnolences agitées qu’ils congédiaient au matin dégouté, qu’ils recouvraient de café dans leur bol, sans autre besogne que d'en rejoindre d'autres à peine réveillés, avec peut-être une liste de courses, mousse à raser, mascara, idées dans le pâté.

Traqués par les frayeurs molles et lâches, se débattant plus affolées que des insectes autour des lampes chaudes, cherchant la lumière parce qu'aveuglés, cherchant des issues au mal de leur âme, affolés dans la prison de leur corps, rampant et volant et tissant des toiles dans les angles de la conscience.

Arrivant essoufflés et en nage, tambourinant à la petite porte en ferraille du 15 rue Kléber remontée à toute allure comme par une envolée de sansonnets apeurés, extraits en hâte de la bouche de métro Croix de Chavaux, à peine le temps de sniffer la colle dans le sac en plastique, tambourinant :

   Ils arrivent, ils arrivent, vite…

   Quoi donc, que se passe-t-il ?

L'histoire était toujours extraordinaire, se passait de commentaires, remplissait des cahiers et des pages, avait déjà été racontée par le précédant coursé, n'était pas plus pertinente que le doute, pas plus impertinente qu'une certitude vide.

Des noms infâmes de vilains ogres dont le prénom était aussi connu que celui de copains d'enfance étaient crachés à la vindicte et aux rancœurs partagées, des noms comme Batskin, Jimmy le Black, de quoi frémir, de quoi vomir son quatre heure, de quoi faire ouvrir sans objection la porte du fameux squat.

Ces simagrées de jeunes punks en âge périscolaire étaient renouvelées à l'infini de leur imaginaire :  

   Y avait un feufa, dans le tromé, il taima ouam, leubou zera, la reup de ma life, j'ai couru ce que j'ai pueuh…

L'adolescent tentait d'assumer au mieux les conséquences de son aspect vestimentaire rebelle.

   Moi j’ai jamais erré, je cherche du boulot. Je me suis jamais considérée comme ça... y’a les zonards et ceux qui se bougent! Quand t’es en squat tu peux vivre bien, mais quand tu te défonces... t’essayes de considérer que c’est un choix de vie... tu te voiles la face.

Les jeunes punks fondaient leur mythe.

Ces histoires un jour ou l’autre se remettaient à les démanger. Ils ne s'émouvaient pas plus que ça. Ils écartaient les objections et les démonstrations d’un coup de crête. Ils se disaient que le récit de leurs déroutes finiraient bien par crever. Ils croyaient vous enfumer de leurs rituels quotidiens.

Ils supposaient leur survivre rejetant au loin les misères de la trivialité ordinaire, leur parcours de métro était une aventure de survie passionnante, des ogres les poursuivaient, de leur ruse et de leur courage dépendait le déroulement du voyage, au bout du quai la promesse d'une audience attentionnée.

Dans la planète punk des figures durables éclataient de virulence, devenaient notoires, comme des références reconnues par l'ensemble, ce qui ne faisait pas l'unanimité pour autant. Pour les mêmes raisons de l'engouement collectif de certains, des oppositions farouches voyaient le jour.

Cela n'allait jamais plus loin que quelques éclats de voix mal maitrisés, des bouffées de chaleurs, des sketches loufoques. Arthur se demandait toujours un peu l'utilité de ce cirque. Les plus calmes partageaient nombre de ses propres valeurs et émergeaient de la turbulence alcoolisée des bandes.

Beaucoup n'étaient là que pour le fun et l'éclate, parfois vraiment punk cela ne voulait rien dire, et Arthur lui même trônant un moment au milieu de tous ne se sentait pour autant ni punk ni rebelle, il fallait parfois mâcher les mots longuement pour leur faire restituer tout leur suc émancipateur.

Ce que proposaient certains, les organisateurs d'évènements festifs, semblait présenter une alternative au monde bouillonnant des arnaques du show biseness. Plus tôt dans son aventure personnelle Arthur avait côtoyé de semblables velléités de construction d'un autre monde au sein de ce monde.

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