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Publié par Christian Hivert

Photo-du-44513652-12--a-12.21.jpgLe courant passa tout de suite entre le militant guadeloupéen et Arthur ; dès les premiers mots, il fut vite compris de part et d’autre que la question de la confiance n’était que de pure forme : l’un n’avait d’autre choix que de se confier et l’autre d’autre morale que d’être solidaire, même d’une lutte bien autre que sienne.

Les dépositaires de la loi et de l’ordre, par l’entremise de leur indic Camille Salo, s’étaient tout simplement exercés à convaincre des militants désemparés d’organiser selon leurs vœux une opération terroriste. Cela faillit fonctionner, la bouteille de gaz devait jouer son œuvre selon le mode d’emploi fourni par les policiers.

Jean-Marc Dufourg racontera, à sa manière et en s’en vantant un peu, cette manipulation – heureusement pour les squatters – avortée, dans un livre au titre aussi subtil que ses méandres stratégiques : « Section manipulation : de l’antiterrorisme à l’affaire Doucé » (Paris, Michel Lafon, 1991, 272 p.). L’affaire était simple.

En haut lieu il fallait une affaire pour redorer le blason des antiterroristes Élyséens, la France voyait son autorité partout remise en cause, les luttes émergeaient comme des champignons de rosée chaque matin, beaucoup de situations étaient de type insurrectionnel, il fallait détourner l’attention par une arrestation.

Camille Salo avait beau faire depuis plusieurs mois, il ne parvenait pas à fédérer autour de ses délires de provocateur le moindre militant Autonome, ni même Skin ou Punk : USINE dans son ensemble ne voulait en rien se mouiller dans de telles affaires, aucun n’étaient là pour cela, leurs luttes étaient ouvertes et simples.

Alors il avait réussi à recruter trois militants naïfs de son milieu d’origine : la Guadeloupe ressemblait à une cocotte minute prête à exploser ; Georges Faisans, en grève de la faim depuis quelque dizaines de jours était l’objet d’un soutien large de la population de l’île pour obtenir sa libération de la prison de Fresnes.

À l’époque, un professeur blanc donna un coup de pied à un élève noir du lycée Baimbridge. Au mois d’octobre 1984, Georges Faisans infligea à l’homme un coup de plat de machette. Il faut dire qu’aux Antilles le coup de pied est la pire des insultes : une de celles rappelant les corrections du colon à l’esclave.

La justice condamna Faisans à 4 ans de prison ferme. L’enseignant n’eut que des poursuites disciplinaires. La disproportion entre la quasi indifférence face à l’insulte gravement ressentie et la lourdeur de la condamnation fit déborder la fureur populaire. En signe de protestation, Faisans entama une grève de la faim.

L’Alliance révolutionnaire caraïbe, ARC, était un groupe armé luttant pour l’obtention de l’indépendance de la Guyane, de la Martinique et de la Guadeloupe. Des dizaines d’explosions dans un scénario de type corse réveillent les mangoustes presque chaque nuit durant toute l’année précédente ; Luc Reinette est arrêté, condamné à 33 ans.

À Paris Radio Vo-Ka, la radio des Caraïbes diffuse ces idées révolutionnaires et indépendantistes, le ton est bouillant, et les militants réclament l’obtention du droit d’émettre, puis Luc Reinette s’évade et passe en clandestinité, tous les révoltés parisiens suivent cette affaire d’aussi près que les affaires des Kanaks.

Tous les mouvements indépendantistes des dernières colonies – l'UPLG (Union Pour La Libération de la Guadeloupe), le MPLG (Mouvement Pour la Libération de la Guadeloupe), le LKS (Ligue Kanak Socialiste), le FLNKS (Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste) – se réunissent et se solidarisent face à la répression.

La solution choisie à haut niveau fut d’augmenter le niveau d’affrontement en générant un faux attentat. Ce fut le travail de l’indic Camille Salo : parvenir à mouiller des militants importants de cette mouvance et les faire arrêter en flagrant délit ; il faillit bien y parvenir : il avait déjà cassé la vitre de L’ANPE proche du squat, au 5 de la rue.

Une deuxième équipe devait amener une bonbonne de gaz avec système de mise à feu de style « ras-le-bol » ; ce fut la première équipe composée de l’indic qui fut arrêtée : il n’y avait eu qu’un début d’exécution et aucun explosif trouvé sur place. Ne revoyant pas la première équipe, la deuxième suspendit l’opération et rangea la bonbonne.

Arthur régla les détails techniques pour communiquer au téléphone dans un langage codé avec ce militant guadeloupéen décontenancé et peu faraud. En discutant des détails de cette opération il devint absolument clair pour Arthur que le provocateur Camille Salo travaillait pour un service policier commettant des attentats.

Il n’en eut la certitude absolue que des années plus tard, lorsque le policier Dufourg, – incriminé dans la mort du Pasteur des sexualités différentes Joseph Doucé – publia son livre en racontant de manière différente ce qu’Arthur venait juste d’avoir à connaître par un témoignage de première main. L’indic reparut le soir même.

L’affaire avait déchaîné les passions, fait le tour des squats parisiens et des collectifs de lutte, drainé des dizaines de personnes dans la salle de défouloir d’USINE, alors que les faits têtus étaient sous le nez de tous, ne serait-ce que la proximité du squat et de l’objectif, il fut intimé à Arthur de taire ses doutes : on n’accuse pas sans preuves.

Dans le tumulte des exploits expectorés de tant de poitrines de glorieux combattants et valeureux guerriers se fit entendre une sirène de pompier et ce fut un massacre de distorsion de consciences surchauffées et de délires :

— Ils ont déjà expulsé des squats en se déguisant en pompiers ou en Samu, fermez la porte faut pas les laisser entrer… une furie.

Jusqu’à ce que Simon apparaisse tenant le corps inanimé de Mendes dans ses bras ; le petit venait de faire une tentative de suicide en avalant plusieurs tubes d’aspirine accompagné d’une bouteille de Ricard pur : c’était lui qui dans un dernier reflexe de survie avait appelé les secours, Simon eut le temps d’expliquer tout à Arthur.

La troupe des excités se calma net et laissa passer : Arthur referma la porte du grand squat où l’on ne voyait pas un môme se torcher la gueule tout seul dans sa chambre, dans lequel on pensait que les pompiers étaient l’ennemi du peuple ; qui faisait vibrer tous les petits Skins et petits Punks jusqu’au fin fond des campagnes de France.

Le 24 juillet, soit dix jours plus tard, des barrages furent dressés dans plusieurs quartiers et aux entrées de la ville de Pointe à Pitre. Les barrages routiers  se multiplièrent dans l’île. Militants, habitants des quartiers, jeunes demeuraient mobilisés sur les barrages ; Faisans fut libéré en France le 29 juillet : la mobilisation cessa.

 

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