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Publié par Christian Hivert

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Nora entretenait la discussion, enjouée et d’une ironie mordante choquant Arthur. Tandis que Kahina observait tranquillement la rue. Robert avait déjà expliqué ce qu’était leur projet, au point où ils en étaient et Nora racontait l’histoire du numéro 0 de leur journal culturel, prêt à être imprimé.

 

"A la recherche de tout artiste ignoré, désirant sortir de ses tiroirs, photos, dessins, bandes dessinées, textes de chansons, poèmes, nouvelles et tout ce qui pouvait s’imprimer en noir sur blanc." Pour commencer. Arthur s’absenta un instant à l’intérieur de lui-même, flotteur bienheureux.

 

C’était à lui de jouer. Il n’écrirait plus pour pallier à son ennui, pour se faire connaître, estimer. Tout était là devant ses yeux, murmure de la mer sur la plage, gazouillis tendre à ses oreilles. Mains derrière la tête, en position de relaxation dorsale, un sourire incrédule aux lèvres.

 

Les yeux fiévreux, il entendit la question sans se rendre compte qu’elle lui était destinée. "Et toi ? Qu’est ce que tu fais, beau brun ?" Il s’ébroua, un instant stupide et désarmé. "Beuh, moi; je vous admire ?" Nora s’esclaffa. "Il est mignon." Kahina tourna la tête de l’autre côté, sans le voir?

 

Kahina était nonchalante. Elle maintenait une adroite distance avec le monde l'environnant. C'était sa force. Comme si tous les éléments, les individus, leurs propos glissaient, se perdaient, se dissolvaient sans jamais l'atteindre. Nora, sa sœur, meublait l'espace à elle seule.

 

De toute façon, c'était son projet, du début à maintenant. Les promesses d'emploi durable étant des plus minces, Nora s'était entichée de créer le sien, le journal. En étant patient et en s'y prenant bien il y avait une place à prendre et de quoi dégager deux ou trois salaires, disait-elle.

 

Kahina préférait nettement ne pas s'enthousiasmer. Au chômage indemnisé depuis peu, elle goûtait sereinement et sans remords aux frissons douillets de l'inactivité. L'objectif déclaré de son existence étant de se la couler douce, sans patron ni obligation horaire. Ce journal promettait cela.

 

Kahina aimait par-dessus tout se laisser aller, dans une dérive interminable, un abandon calme de toute intention. N'ayant d'autres contraintes que le peu d'énergie à consacrer à la permanence de son équilibre vital. Pour le moment payer le petit loyer de son studio et manger.

 

Le temps de son indolence préservée lui autorisait à peu prêt toutes les activités selon son goût du moment, ses rencontres ou ses entichements. En ce moment les petites choses artistiques devenaient un bon passe-temps. Et pourquoi ne pas rêver un peu, collaboratrice et créatrice du journal?

 

Le ciel était doux. Le soleil l'emplissait de suaves langueurs. L'air soufflait ses caresses lutines sur chaque pouce de sa peau apparente. Kahina s'initiait à la patience des instants et cultivait l'art de se maintenir en état de  volupté latente, une cigarette fine entre ses lèvres molles.

 

Nora l'avait réveillée tout à l'heure au creux de sa délectation résiduelle. Roberto venait de la quitter. Ses draps avaient encore l'odeur de son nectar répandu. Le temps de prendre une douche rapide et de sauter dans son short court, un pull léger sur ses seins nus comme dans la chanson.

 

Sa vie amoureuse et sexuelle pouvait-elle apparaître au titre des arts? L'art de sa plastique? Elle excellait, elle en était sure. Son seul souci réel n'était pas l'homme en soi. Le peu d'eux nécessaire au contentement de la femme mollissait recroquevillé dans les plis de leurs vêtements.

 

Pour elle, un homme au complet, avec armes et bagages à demeure, pour ainsi dire installé, elle ne le souhaitait pas. Vraiment non. Jusqu'à présent aucun n'en avait valu la peine. Et aucun véritablement ne lui avait été utile à quoi que ce soit une fois sorti d'entre ses cuisses alanguies. 

 

Roberto, de ce point de vue était très classe. Il arrivait le soir tard, apportait des courses, de quoi manger et du café. Et il n'oubliait jamais de partir tôt le matin pour travailler. Ses visites étaient très irrégulières, c'était parfait. Un jour on ne le reverrait plus jamais, sans s'en apercevoir.

 

D'un point de vue strictement biologique, l'exclusivité du sentiment amoureux serait une ruse de l'évolution pour augmenter les chances de survie des membres de l'espèce humaine. Puis les civilisations victorieuses ont codifié les rapports intimes pour la cession des biens matériels.

 

Ce que Kahina n'était jamais parvenue à éprouver, le sentiment amoureux fort et exclusif, ne serait pas programmé pour durer au delà de trois ans, parole de chercheur émérite. Kahina doutait même dans son cas qu'il ne puisse excéder le mois. Les hommes la rasaient, l'amusaient.

 

Le mariage monogame lui semblait absurde vu chez les autres. Il ne lui serait pas venu à l'esprit d'y songer pour elle. Sa mère d'origine algérienne s'en tordait les doigts. Le ton montait entre elles, et les garçons lui ayant fait une réputation de fille facile n'y songeaient pas plus qu'elle.

 

Il existe des couples heureux où l'amour résiste au temps et s'intensifie même avec la durée. Certaines personnes y trouvent leur compte. La plupart restent enchaînés à la gestion des éléments matériels de leur survie. Le Prince charmant ne venait jamais dans le 20e.

 

Kahina s'en moquait bien. Elle n'avait pas d'illusion depuis bien longtemps. Les jeux dans les caves de la cité voisine, lorsqu'elle avait voulu savoir si elle était jolie, avaient pétri son corps aux désirs des garçons les plus salaces. Ils n'avaient pas été princes, ne l'avaient pas forcée.

 

La facilité qu'on lui prêtait si généreusement de se courber sous l'appel pressant du rut masculin, ne lui paraissait nullement une facilité. Le plaisir qu'elle y prenait était là, indéniablement. Elle ne s'en lassait pas. Les activités sexuelles des gros baiseurs du quartier l'intriguaient.

 

Elle ne se lassait jamais d'en savoir plus, d'en explorer un angle différent.  L'idée du mariage ne s'imposait pas à elle. Que n'était-elle autorisée à vivre ouvertement ses amours plurielles, c'est-à-dire avec plusieurs personnes et sous plusieurs formes à la fois. C'était mal vu.

 

Kahinaavait dans le projet de vivre des relations sentimentales avec plusieurs partenaires, sexuellement ou non, en toute franchise et dans le respect de chacun. Le chemin était long. Dés que prise, elle était déjà délaissée. Et elle ne faisait pas le moindre effort pour retenir, surtout pas.

 

Ses relations franches se déterminaient par la liberté accordée par elle à ses partenaires d'entretenir des relations sexuelles avec tout autre. Ses amants aimaient cette partie-là de leur relation. Ils se faisaient possessifs, réclamaient sa fidélité, la jugeait ou la quittaient.

 

Elle devait sans cesse changer de partenaire, soit trop attachés, soit trop disgracieux dans leurs rapports post coïtaux. Elle cherchait un minimum, aux conditions de travail, elle ajoutait les conditions de l'amour, le respect de soi et des autres, la communion et la liberté d'en jouir.

 

Mais que leur prenait-il d'avoir la prétention, pour ne pas dire l'orgueil de penser pouvoir à eux seuls combler totalement ses besoins de femme? Elle ne se souhaitait ni à prendre, ni à vendre. Elle aimait les sensations de son corps à l'infini. Cela commençait par la fraîcheur d'un désir.

 

Elle attendait la venue heureuse de celui ou de ceux sans volonté ni pouvoir de posséder nulle créature. Tout individu s'appartient à lui-même en tout temps, est libre de ses agissements. L'affection préserve la liberté, elle ne la restreint pas. Elle se réservait le droit  d'aimer un jour.

 

Les individus de la planète masculine l'intriguaient. C'était un sujet d'observation passionnant. La prise de conscience de sa disposition incandescente, quand elle était survenue à l'aube de sa vie adulte, avait été comparable à la découverte de son appétit gargantuesque pour l'orgasme.

 

On ne choisit pas d'être flamboyante pour des raisons de facilité. On se rend à l'évidence ou on résiste. Elle n'avait pas résisté, osant rester béante aux convoitises et acceptant d'y répondre positivement lorsqu'elles se présentaient honorablement, assez fréquemment, c'était pour le plaisir.

 

Elle s'étonnait de leurs sentiments de jalousie et de possessivité. Ils finissaient par vouloir des relations amoureuses. Elle voulait conserver ses libertés choisies et en prendre soin. Elle devait être ferme au moment des ruptures, elle n'appartenait à personne, sans attaches, la liberté était son prix.

 

Elle s'efforçait de communiquer simplement avec ses camarades de jeu. Elle abandonnait le mensonge, la tromperie et la manipulation. Elle cultivait un esprit de gratitude pour le plaisir qu'elle prenait et plutôt que d'exiger quoi que ce soit d'eux, les oubliait, recevant l'hommage des envies.

 

Elle voulait bien se confronter à l'incompréhension, la désapprobation et au jugement. Que lui importait la honte? Elle s'en jouait rayonnante devant plusieurs partenaires. Parfois en effet ils se croisaient. L'intensité des souvenirs ne se partage pas. Elle se démultipliait, les satisfaisait tous.

 

Kahina était perdue dans ses pensées, du coin de l'œil elle avait bien perçu l'intérêt que le petit gars en face d'elle lui portait. La bouteille de Jeanlain fut vidée, bue, remplacée. Nora parlait des talents artistiques cachés que chacun possédait, Kahina esquissa un sourire, encore un.

 

Kahina passait rarement par cette petite rue des Vignoles, c'était sympa, bien pauvre, les gens se parlaient, se connaissaient. Là ils étaient en train de jouer aux cartes avec le patron du bistrot d'à côté, le vrai petit village de gaulois, des rebelles, je vous dis, Kahina s'amusait des séductions.

 

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