Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Ne peut être vendu

écritures

la vie s'écoule la vie s'enfuit

 

Texte libre d'acces

 

Romans (Kahina, Destin majeur, De l'autre côté de la rivière, Ne peut être vendu)

Assemblée

Les mémoires d'un poilu de 14, par Gaston HivertLes mémoires d'un poilu de 14, par Gaston Hivert

brochure-comite-des-mal-log-s-1991Comite des Mal Logés:1991

DAL : les mensonges Dal : les mensonges

Les liens Opac du DAL Les liens Opac du DAL

 Réquisitions inflammables Réquisitions inflammables

NE-PEUT-ETRE-VENDU.doc NE PEUT ETRE VENDU:1984

de-l-autre-c-t--de-la-rivi-re.site.pdf De l'autre côté de la rivière

Pierre Selos

Les-cons-sont-la.mov Les-cons-sont-la.mov

19 Tout s'arrange Tout s'arrange

06 Piste 06 12 Deux

Quinze-ans.m4a Quinze-ans

Mon amour Mon amour

        Le passage, élté et Pierre

Possible n°9 Possible n°9

Bertrand Louart..etc

QECSI.pdf Quelques Elements d'une Critique de la Société Industrielle.pdf

Guerin-Pour-le-communisme-libertaire Guerin-Pour-le-communisme-libertaire

libre service

Publié par Christian Hivert

bienSes anciens lui avaient laissé l’héritage de cette fierté modeste, pouvoir présenter le résultat de son travail sur une table et contenter les corps et les appétits, surprendre les palais, satisfaire les envies, générer une convivialité détendue, donner l’envie de s’y promener.

Pourquoi cette paix particulière, ce savoureux oubli de tout souci, ce silence animé de frémissements et de bruissements annonciateurs, le jardinier se sent parfois si protégé qu’il n ‘est pas rare de l’y avoir vu nu, sans la moindre impudeur, sifflotant et heureux.

Aux envies indistinctes de la matière devenue vie se disputait des injonctions despotiques, les impératifs instinctifs de la mise en forme du sol dirigeaient les emplacements de chaque élément vivant ou inerte, des lois naissaient de l’observation de chaque configuration.

Arthur se pencha lentement vers les végétaux à ses pieds, scrutant, attentif à chaque espèce plantée, d’un coup guilleret, magiquement happé par l’expression de la vitalité la plus simple, le potager d’une saison l’avait nourri, il lui devait un dernier entretien, une révérence.

Après son passage, les insectes et les oiseaux, les arbustes et les fleurs, les plantes les plus diverses se répartiraient l’espace comme bon leur conviendrait selon une logique aléatoire née de l’équilibre des besoins de chacun, mais il n’était pas encore parti, il saisit un outil.

Il se glissa dans son bien-être, et ne pensa plus, sa journée était gratuite, il ne se servirait plus des fruits de son travail, un autre que lui se servirait, ou bien non, peu importe, il fit comme s’il devait rester toute sa vie, il n’avait plus de regrets, l’espace était à lui, était lui.

Comme à chaque fois que son corps effectue une tâche souvent accomplie, sans qu’il n’y prenne garde, les gestes s’accordent automatiquement avec l’impératif de la réalisation, et son esprit vagabonde, sous l’azur changeant des saisons égrenées, la paix revient sur ce coin de la Terre.

Pendant des heures, seule la fatigue physique s’accumule, dans une véritable osmose avec l’environnement, sans chercher le moindre gain, la nature est toujours dispendieuse de nourriture, il s’ébroue de ses amertumes, Arthur redescendra dans les vallées ,renouvelé.

Parfois, il se relève et reprend son souffle, regarde au loin, plus près, il y aura cela aussi à faire, mais plus tard, il tient son outil, s’y tient, se penche à nouveau sur le labeur, une mésange nonette zinzinule en pitchés éclatants, le crapaud froisse les herbes en bordure, il sourit.

 La saveur des futurs légumes a transmis son odeur à la terre que mouille déjà la brume du printemps se déployant dans sa majesté neuve, le végétal dont la pousse n’est encore qu’embryonnaire marque la prairie de ses effluves naissants, son travail avance bien, il est content.

Il ne cherche pas à produire pour son estomac, c’est le domaine carré et redoutablement ordonnancé de l’agriculteur, il ne cherche pas moins que de créer un lieu paisible, un morceau de ce monde où il prendrait goût à se délasser, une nature recomposée par ses soins.

 Alors ses constructions n’ont pas d’allure parfaitement logique, sauf pour luimême, il ne fouille ni ne retourne la terre selon des codes normés ou des recettes éprouvées, pas partout, et le légume se plaît en ce désordre composé, parfois il se recule en silence, pour mieux voir.

Beaucoup de travaux peuvent se réaliser à plusieurs, c’est même souvent un choix d’entraide fortement prisé parmi les pauvres ses frères, mais le jardin se fait seul, le jardin c’est soi-même dans le monde, un monde en petit, mais un monde à sa mesure, selon ses goûts.

Le jardin ensuite se discute à l’infini autour de la grande table où les victuailles apprêtées, rôties et mijotées, enfantent les gosiers tonitruants et émotionnent les palais réjouis, mais il se fait seul, dans l’alchimie secrète des humeurs de son créateur, et son bouquet orne la table.

On s’attable, les fumets émoustillent, les carafes scintillent de leur reflet liquide, entre deux mastications savoureuses, chacun présente son jardin intérieur, tous attentifs au bien être de tous, les éclats de rires et la tendresse partagée annoncent les rêves de la nuit, les draps parfumés.

Le jardinier a l’honneur et la fierté de préciser l’origine de ce succulent met, les échanges de produits et de procédés font vivre les relations voisines, tard dans la nuit, on goûte encore le fruité des préparations maison, les rires crépitent plus fort que les feux des passions échangées.

Puis lorsque la nuit se pose sur les paupières sommeillantes, la fraîcheur nocturne d’un été permet de se livrer à une dernière promenade avant de se coucher, l’arrosage, au rythme paisible de notre évolution, pour que chacun puisse offrir le meilleur de lui et s’enrichir du meilleur des autres.

Un jardin, cela sort de soi-même, on y met ses goûts et ses couleurs, on le bichonne pour le plaisir, l’attente d’une éclosion, l’accueil d’une fragrance, la découverte d’une texture, le frisson d’un frôlement, la surprise d’un pépiement, la dégustation de tant de soins.

On se change pour aller au jardin, avec un panier et quelques outils à main, on se porte à la rencontre des surprises du jour, fleurs écloses, légumes et fruits mûrs, les herbes sauvages enrichiront le compost, les médicinales et ornementales légitiment leur présence au milieu du carré de salades.

Entrer dans un jardin, c’est entrer chez quelqu’un, c’est percevoir un peu sa personnalité, le jardinier entretient, ausculte, nettoie, plante, sème, chacun se ressource et se calme, l’énergie est palpable, transmissible, tous ces lieux portent la paix à leurs visiteurs.

Dans un jardin, l’imagination est sans arrêt sollicitée pour faire éclore de nouvelles idées d'aménagement, il y a création perpétuelle et renouvellement au gré des saisons et des années, il dépend de sa propre disponibilité et de sa volonté, le jardin est celui qui le fait.

Commenter cet article