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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

Alors, ne pouvant prendre le contrôle d’un comité de lutte efficace sur la question du logement social, les Gens Bons se sont choisi un chef, un seul référent, et ils l’ont tous aidé à créer une association concurrente, de gestion des dossiers des familles, sans réunion ni assemblée générale.

 Le terrain était prêt pour la grande offensive médiatique et policière, deux immeubles expulsés le même jour et cinquante familles à la rue, cinq mois de lutte sur le sable de la place de la Réunion, de quoi laisser le temps au chef de reprendre toutes les rênes en main, en respectant l’ordre alphabétique.

Terminées les longues prises de paroles, le programme de relogement des plus démunis va pouvoir démarrer sans opposition notable, les constructions de logement sociaux sévèrement ralenties, les augmentations de loyers faramineuses, les taudis infects vite repeints et gérés.

Les associations de Gens Bons administrent des entassements hétéroclites de pauvres dans des immeubles délabrés, lorsque ces immeubles brûlent comme Boulevard Vincent Auriol, personne ne se sent responsable, les irresponsables du comité refusaient ces taudis.

 Arthur s’était peu à peu écarté de tout et rapproché de sa compagne, le Comité des Mal-Logés s’était auto dissous, l’objectif des Gens Bons était atteint, les mal-logés ne prendraient plus eux-mêmes les décisions les concernant, on pourrait les soutenir de nouveau.

Et puis les classes moyennes avaient racheté les taudis expulsés du quartier Vignoles-Haies, ils allaient enfin pouvoir posément valoriser leurs opérations et se réinventer une vie de quartier, en toute sécurité pour leurs enfants, la convivialité sociale dans la mixité.

Passé la déception et la rancoeur, pour Arthur rien n’était jamais posé, son sac encore moins, il faisait partie des nomades de la Terre et se devait de vivre plusieurs vies dans le temps d’une seule, l’Ardèche ressemblait à la Chine, et puis les chèvres, c’est bien, c’est classique.

Le vent se leva avec une force du fond des âges que rien ne semblait pouvoir arrêter, la Yourte tint le coup, elle était conçue par des nomades habitués depuis des millénaires aux tempêtes du désert des steppes d’Asie Centrale, même adaptée par l’utilisation de matériaux locaux, elle tiendrait.

Quelques ustensiles mal rangés volèrent à basse altitude, pour finir en piqué dans les ronces à mûres avoisinantes, la mélodie de la tempête locale modula ses soupirs et ses engouements dans la force d’une symphonie romantique surannée, c’était terrifiant et paisible.

 Résister à cela c’était résister au vent de toutes les tempêtes de l’histoire, se mettre à couvert, ne pas chercher à opposer force contre force, ainsi ils avaient fait au comité, se dispersant comme les feuilles mortes devant la tempête de fin d’hiver, la résistance aux infamies est toujours de nature discrète.

Vingt ans plus tard, il manquait toujours quelques logements sociaux pour abriter les enfants des Gens Bons, on vit alors des centaines de tentes de camping fleurir le long des berges des canaux parisiens, c’était très coloré, les responsables des Gens Bons s’en occupent.

 Un vent chasse l’autre, une tempête c’est une suite de vents, cela permet de savoir si l’on tient debout, aux dernières nouvelles les décisions des mal-logés sont à nouveau prises en assemblées générales par les intéressés, et le porte-parole choisi par les Gens Bons s’est perdu en chemin.

Arthur est bien loin de tout cela maintenant, la lucarne étincelante lui donne des nouvelles, avant chaque élection importante les banderoles s’agitent sans conviction, et chaque hiver ils sont de plus en plus à dormir à la rue, le porteparole est terriblement efficace.

Ils étaient venus sans haine et sans crainte, avec peut-être dans l’idée de poser le sac une bonne fois, l’Ardèche a une tradition d’accueil séculaire, ils s’en étaient aperçus, ils avaient été bien reçus, il leur fallait juste un nouvel abri, ils avaient l’habitude de chercher, et de trouver.

Les Braves

Le vent souffla les pensées néfastes de son esprit, les narines frémissantes et résistantes aux poussées fraîches et vives, les feuilles mortes, au loin des pelles, tourbillonnaient et meublaient l’espace de leurs hésitations voltigeuses, le vent le fit se sentir fort.

L’être humain se lève et se tient droit, en appui sur ses jambes, la tête en avant, tel un marin têtu face aux flots, ce qu’il faut de bravoure et d’humilité, il se tient là, il tiendra plus loin, la vie avance dans le temps et les saisons se succèdent, l’humain survit et conquiert.

Arthur savait ce que Brave voulait dire, il était né encore d’avant les temps de misère où cela devint déprécié d’être un Homme droit, un être juste, de toutes ces qualités dont aucun ne se déparait sans perdre la fierté de traverser le village tête haute, sans la honte.

Au fil des temps historiques, ses souches familiales avaient suivi les cours d’eau le long des trains flottants de bois descendant des montagnes du Morvan vers Paris, les cousins s’étalaient du Cantal à l’Yonne, certains avaient fait de bons Parisiens, le temps d’une paire de générations.

Dans ces temps anciens que l’on voudrait nous faire croire maudits et oubliables, ses souvenirs baignaient, comme un ancrage, dans toutes les histoires familiales, référence essentielle, temps des connaissances partagées et des connivences conviviales, douceur d’une attache.

Brave dans le vent, campé, hardi et fier, il évoquait les dignités douces et les attentions chaleureuses ennoblissant le vivant, le portant aux confins mystérieux des énergies primales de l’univers, justifiant sa présence parmi tous, arrondissant son espace, le nommant Brave.

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