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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

À l’automne 1986, en trois mois de temps, six ou sept immeubles brûlèrent dans des conditions non élucidées à ce jour, il y eut un affreux bilan de dix-neuf morts dont six enfants en bas âge, et bien peu d’indignation, pas de banderoles pour les incendiés, de juteux profits.

Libération, déjà aux mains de l’ultralibéralisme, ne put omettre de se fendre d’un titre explicite, Paris brûle-t-il, les coïncidences chiffonnées sentaient trop le pétrole inflammable pour pouvoir être écartées au nom d’un réalisme pragmatique de bon aloi, il fallut rendre compte.

D’autres traces et faisceaux concomitants d’indices et de faits de nature à entraîner l’intime conviction de chacun dans le secret et l’honnêteté de sa conscience existaient en nombre, personne ne fut inquiété ni même inculpé, la pauvreté est auto génératrice de désastres.

Il en faut beaucoup moins pour enfermer un pauvre sans statut social bien établi, mais le feu, c’est sain, c’est propre, les propriétaires n’étaient pas tenus de reloger, les assurances n’étaient pas tenues d’indemniser, après reconstruction, le quartier serait de nouveau salubre.

Une chose était certaine, ces immeubles habités par des pauvres gênaient l'exécution de projets de construction aux profits inévitables, et pour les sociétés promotrices de ces grands travaux, la destruction par le feu économisait le coût d’un rachat, d’une expulsion, d’un relogement.

Pour le relogement des rescapés de ce petit holocauste sans guerre, chacun se renvoyait la balle et les responsabilités, les sinistrés, comme les Gens Bons devaient les surnommer, étaient désormais à la merci du froid et de l’entassement dans les taudis des voisins solidaires.

La préfecture ne relogerait personne, les occupants des immeubles vétustes payaient en liquide sans quittance de loyer, et les locataires des hôtels meublés étaient de passage, quand bien même ils y étaient depuis dix ans, forte du respect du droit, elle renvoyait aux services municipaux.

Les services municipaux renvoyaient aux assistantes sociales débordées de dossiers en souffrance tous plus impérieux les uns que les autres et sans solutions institutionnelles, hormis les morts, les sinistrés pouvaient passer l’hiver dans la rue et attendre leur relogement.

De rares familles possédant une quittance furent relogées en hôtel sur les fonds d’urgence du bureau d’aide sociale à raison de cent euros par jour, bien qu’ayant des revenus suffisants pour s’acquitter du loyer d’un logement social, ils n’étaient pas assez prioritaires.

Car tous étaient des travailleurs réguliers, la plupart salariés des services de voirie de la ville ou des services de nettoyage des transports parisiens et devaient habiter Paris pour se rendre à leur travail à l’aube, bien avant le départ du premier métro, cela même n’était pas suffisant.

À l’approche des grands froids, aucun relogement stable et garanti n’avait été débloqué, les Gens Bons pourtant s’étaient émus, réunis, assemblés, avaient débattu, interpellé, manifesté, rien n’y fit, les enfants scolarisés dormiraient chez leurs camarades d’école.

La précarité ne pouvait durer indéfiniment, un des responsables auto proclamé du squat associatif, culturel et artistique, expulsé de la rue des Pyrénées deux ans auparavant, était toujours présent dans ce dernier petit village pauvre et populaire de Paris, il cherchait un rôle.

Il fit appel à Arthur, en raison de ses connaissances et de son efficacité reconnue dans la pratique de l’ouverture de squat, et le fit venir à une réunion très secrète, au premier étage d’un bistrot associatif, La mouette rieuse, place de la Réunion, au coeur d’un quartier populaire.

Sur le chemin pour s’y rendre, il frissonnait d’excitation, quelque chose allait se passer, les Gens Bons avaient adopté la mine soucieuse seyante à des conspirateurs et chuchotaient pour ne pas se faire entendre, leur heure était grave, Arthur sourit, pour une fois.

Les Gens Bons ont un rapport assez particulier avec la loi, ils la respectent parce qu’ils sont bons, mais ils tremblent d’envie de l’enfreindre lorsqu’elle les contraint, en secret ils sont admiratifs pour les voyous osant la transgresser, mais ne dîneraient pas avec eux.

Heureusement, ils ont toujours les moyens d’échapper à cette tentation, n’ayant ni faim, ni froid, jouissant d’une qualité de vie paisible et d’un capital de considération dû à leurs mérites, sans conteste, ils pouvaient frissonner devant l’aventure, ce n’était pas la leur.

Mais là, ils tremblaient physiquement, pourtant le lieu était chauffé, on présenta Arthur comme quelqu’un de responsable et d’efficace, compliments plaisants à entendre si ce n’était leur incongruité de la part d’individus habitués à le fuir, à le rendre invisible à leur monde.

Arthur eut nettement l’impression d’être le plombier appelé en urgence pour déboucher les toilettes débordantes, il passa outre, il s’agissait de permettre à des travailleurs à la rue de passer l’hiver au chaud avec leurs femmes et leurs enfants, l’urgence réclamait son efficacité.

Face à l’assistante sociale du secteur, l’institutrice de l’école voisine, le responsable du bistrot associatif, le militant culturel, le responsable du MRAP local, le curé de la Paroisse se lança en marmonnant, il faut ouvrir un squat, comme s’il eut dit, ils ne savent ce qu’ils font.

Arthur demanda alors où étaient les personnes concernées et quel était leur avis sur la question, et il rappela un principe élémentaire, seules les personnes concernées par l’occupation pouvaient en prendre la responsabilité, et respecter les règles nécessaires de prudence.

On lui promit alors que tous les occupants seraient parfaitement conscients des risques, et qu’ils étaient tous d’accord, il fallait seulement ouvrir le maximum de logements d’un coup, un immeuble entier laissé à l’abandon depuis trois ans avait déjà été repéré dans le quartier.

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