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Publié par Christian Hivert

Arthur était le petit parisien dont la famille était cousine à divers degrés avec les familles du cru, il n’était pas un petit de l’assistance, dit petit paris, accueilli par les familles pauvres du Morvan, encore très nombreux, depuis le temps des grandmères, avant que l’on écrive leur vie.

Sa famille venait d’ici et on lui racontait ses aïeux, oncles et cousins, toute une lignée, répartie depuis les vallées Chablisiennes jusqu’aux hauteurs rudes de l’Auvergne, semblant suivre le chemin historique du bois de chauffage flottant vers Paris, pour chauffer les bourgeois.

Les grands-mères connaissaient bien Paris, certaines d’entre elles y avaient passé le plus clair de leur jeunesse, à nourrir de leur lait, puis à élever les petits des nobles et des bons bourgeois, elles étaient nourrices sur lieu, le chemin de fer avait permis de voyager.

Dans les beaux salons dorés et brillants, on s’échangeait les adresses des villages où les femmes paraissaient les plus saines, si elles avaient un petit, il serait confié à de la famille et élevé au lait de chèvre, les Morvandelles égalaient les Bretonnes, la médecine moderne aidait le lait à venir.

Lorsque Arthur et sa compagne eurent fini de se dégoûter de la vie parisienne, deux dizaines d’années plus tôt, ils eurent envie de retourner s’installer en province, par là-bas vers leurs racines rurales, ils atterrirent de l’autre côté du Massif Central, en montagne Ardéchoise.

Précédemment, ils avaient déserté, ils s’étaient remplis de l’air du monde, ils avaient fait l’année sabbatique, munis d’économies longuement réunies, ils avaient arpenté la terre des antipodes, ils avaient passé un an en Chine, avec une escapade en Mongolie pour les visas.

Là-bas aussi on trayait les animaux, non pas pour surconsommer, non pas pour éponger les surplus de production, pas plus pour vendre à perte un produit subventionné ou suivre une politique agricole, mais pour vivre et se nourrir, simplement, au rythme de la Terre.

Lorsqu’ils étaient ressortis de la Yourte de Tuya et Borlnorma, après les usages de bienvenue, et les remerciements d’avoir fait un si long voyage pour nous connaître, les gamins curieux les précédant, ils les avaient regardés vaquer à leurs activités du soir, dans la paix des mondes.

Tuya, revêtu de son manteau à manches longues en pointes, arborant la ceinture de soie de couleur de son clan, prit la longe d’un petit cheval sur la longue corde tendue entre deux poteaux, sauta lestement sur son dos, et fièrement droit s’en fut trottiner au loin, le désert était son espace.

Borlnorma, aidée de ses fils, réunissait les juments entre les deux poteaux et les attachait au plus court, elle s’était pourvue d’un seau, et ses enfants commençaient à jouer à la lutte Mongole en observant du coin des yeux ces deux voyageurs étonnés, ils ne savent pas, ils ne connaissent pas.

Puis un galop survient amorti par la steppe gelée, Tuya traîne un petit poulain caracolant, Borlnorma l’attrape par la crinière et l’approche d’une jument, les deux se regardent énamourés et se lèchent le museau, le petit commence à téter sa mère, à petits coups de naseaux dans le flanc.

Borlnorma, sans laisser douter sa présence se glisse entre les deux et prend place sous la jument, un genou à terre, le seau tenu d’une main sur l’autre genou, et commence à traire avec sa main libre, tandis que Tuya tire le poulain, tête maintenue baissée, la jument ne peut voir sous elle.

Les dix juments seront rusées ainsi tout au long de la corde, chacune à l’aide de son propre poulain, que les enfants présentent les uns après les autres, rapprochés qu’ils étaient par leur père, puis tout le troupeau est relâché, chaque petit museau dans les flancs de sa mère, tétouillant les restes.

Le seau est plein, Borlnorma est contente, suivie de ses voyageurs invités, elle rentre sous la Yourte, et agit prestement en expliquant, Nassan, la guide, traduit en anglais, et fournit toutes les informations nécessaires à la découverte de son pays, le plus beau du monde, et vous ?

Le seau est vidé dans la grosse outre en peau de mouton cousue, la forme de l’animal est encore présente, et à l’aide d’un bâton épais, battu jusqu’à la mousse, le bâton reste en permanence, et tout Mongol entrant dans la Yourte aère le liquide énergiquement, il n’y aura pas de perte.

Le lait animal prévu pour des estomacs de bestiaux n’est pas digeste pour l’Homme, tant qu’il n’a pas fermenté un certain temps, nos anciens le savaient et ne donnaient aux nourrissons privés de mère que le lait de chèvre, moins nocif, les peuples de la terre savent toujours.

Le lait des vaches et des chèvres sera caillé, au minimum longuement bouilli pour le thé ou la soupe à la viande séchée, distillé à l’aide d’une marmite renversée pour le arkhi, le lait de jument sera longuement fermenté pour fournir le complément alimentaire essentiel à la vie nomade, l’aïrak.

Borlnorma est fière, ils possèdent trente chevaux, dix chameaux de Bactriane, à deux bosses, vingt vaches et une centaine de moutons et de chèvres mêlés, ses enfants lorsqu’ils auront quinze ans iront à la ville apprendre à lire et à compter, en attendant ils s’occupent des troupeaux, à cheval, droits, fiers.

Le jour s’achève et la danse de l’aïrak commence, assis sous la Yourte, à la droite du chef de famille Tuya, place d’honneur, les deux voyageurs sont entraînés dans les coutumes, les explications de chaque geste, les règles de leur savoir-vivre, chaque geste ayant une position dans l’échelle de la dignité.

L’aïrak trône en maître, Tuya trempe un doigt dans le bol, et jette la goutte pardessus son épaule, pour les dieux de la montagne, puis du ciel, puis de la terre, puis du vent, les voyageurs croient-ils aux dieux, non, lui non plus, il éclate de rire, mais il faut les nourrir quand-même.

La veillée est cérémonielle, les voisins de la Yourte distante de trois kilomètres viennent saluer les voyageurs, le convive recevant le bol d’aïrak doit chanter, sous la Voie Lactée, au milieu du désert de Gobi, une Yourte blanche résonne de chants et de rires, sans déranger.

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