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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

Il repartit très loin en arrière, il n’avait pas toujours été isolé, des rencontres, il en avait fait, il en avait provoqué, il avait agi selon ses conceptions de la vie, il n’était pas rien, il avait participé à des aventures significatives, avait son sac à dos de rêves, d’espoirs et d’inaboutissements.

 Comme beaucoup, mais il n’en était pas conscient, pas encore, il avait ce besoin, propre à une certaine jeunesse chercheuse et découvreuse, de se sentir l’unique, le pionnier, là où précisément des centaines de milliers de jeunes devenus casés étaient passés avant lui, revenus blasés.

Mais il ne pouvait pas le savoir, les liens de la militance traditionnelle s’étaient rompus depuis trop longtemps, il vivait les affres perpétuelles et renouvelées de périodes historiques en périodes latentes des êtres rares, niés par l’histoire et nés d’elle, trop tard et trop tôt disait Hugo.

A quelques semaines près, il avait eu vingt ans au moment de l’élection triomphale du représentant de toute la gauche unie aux présidentielles, cela semblait si loin, il y avait trois ans à peine, et cela faisait des siècles que les socialistes étaient aux affaires du pouvoir.

Ils étaient en 1984 et tout semblait devoir se comporter comme si le livre d’Orwell prenait une résonance prophétique, on leur avait promis un monde magique pour l’an 2000, et ils n’auraient droit qu’au passé du futur devenu futur du passé, 1984 était réalisé, dans tous ses points néfastes.

Les communistes déjà avaient quitté le gouvernement, des siècles pour abolir la peine de mort, des siècles pour comprendre que toute cette gauche bidon c’était le versant social de la gestion des affaires courantes, rendre les déjà riches plus riches et les pauvres beaucoup plus nombreux.

Délibérément créés et soutenus par des puissances occultes pour accompagner dans la consensuelle paix sociale le démembrement quasi complet du statut social des travailleurs, afin de correspondre au plus vite aux exigences de restructuration des grossières puissances financières mondiales.

La droite usée n’aurait jamais pu aller si loin sans craquement de la société tout entière, depuis tous les journaux de grand tirage traditionnellement lu par la jeunesse subversive bassinaient à longueur de colonnes sur les hideux défauts des militants d’un monde plus humain, plus juste.

Il fallait désormais réussir des coups de fric, foncer dans la débrouillardise concurrentielle et libérale des loups gagneurs et croqueurs, le visage cynique et profondément inhumain des années 80 se mettait impassiblement en place à coups d’images médiatiques successives.

L’image floue et dubitative d’un nouveau pauvre pas encore laissé pour compte tardait à prendre sa place dans le grand show spectaculaire marchand, c’est qu’à ce printemps 84 on n’avait pas encore eu l’idée de marchandiser la misère, les raisonnements étaient toujours anciens.

L’odeur caramélisée et piquante de l’oignon fricassé vint faire un rapide plongeon apéritif dans leurs estomacs creux, c’est bientôt prêt, un canon de rouquin, un p’tit gamay de Touraine étant donné mes origines, c’est ce que je préfère, Patrice hochait du menton et riait.

Ils parlèrent de vins, comme seuls les pauvres savaient le faire de tout temps, imaginant comment ça peut être bon, et finissant par se contenter de l’ordinaire grand public, puis tout en commentant radio libertaire commentant le monde, ils s’emplirent d’ivresse, et d’amitié naissante.

Ils parlèrent toute la nuit, Arthur rentra à son hôtel moins fatigué que d’habitude ce matin-là, son horizon s’était une nouvelle fois dans sa vie zébré d’une ouverture fulgurante dans un monde à découvrir et bâtir à l’image de ses espoirs et de son idéal, quelle histoire, quelle fin?

Son esprit bouillonnait, tout était de nouveau en route, lorsqu’il referma la porte de sa chambre d’hôtel et qu’il s’assit sur son lit d’une place occupant le tiers de l’espace, pour la première fois depuis longtemps, il n’avait plus d’angoisse, l’excitation avait réveillé la lueur de ses yeux.

C’était le matin d’une nouvelle direction dans sa vie, le premier jour d’un nouveau cycle, il allait jeter sa solitude aux orties, sa retraite avait suffisamment duré, il était toujours capable de rencontrer l’autre, à vingt trois ans, sa vie ne pouvait s’arrêter là, il fallait agir, il agirait.

 Arthur avait été matinal ce jour-là, il sortait de son travail, il travaillait dans le douzième arrondissement derrière l’îlot Châlon menacé de destruction et rénovation, véritable cour des miracles médiatisée et abandonnée aux truands de la came, le temps d’évacuer les habitants.

La volonté toute puissante des marchands de mort et de sommeil affiliés à la maffia politique gérait la ville, les forces de l’argent étaient supérieurement organisées, elles laissaient aller le trafic de drogue, et la reptation délinquante débordait des caniveaux, s’installait, bon commerce.

Par l’action stratégiquement planifiée de la préfecture, et des médias, elle concentrait les camés dans l’abcès de fixation l’intéressant géographiquement, les immobiliers blanchissaient l’argent et payaient les politiques, accompagnant la valorisation des terrains, juteux profits.

Les politiques exploitaient le filon de l’insécurité, les couches moyennes peu à peu déménageaient laissant derrière eux des immeubles entiers propres au squat avec tous les trafics afférents, les immeubles étaient rachetés par ruelles entières et laissés à l’abandon, murés, troués, vidés.

 La presse épaulait le biseness en publiant les photos chocs de rues dévastées où erraient des poignées de camés affalés dans les caniveaux, s’étant fait leur shoot sur place et les dealers regroupés, faisant leur négoce avec pignon sur rue manière de dire c’est là, marché ouvert, venez tous.

Quelques programmes de relogement pour les plus pauvres, s’ils pouvaient encore justifier de quittance de loyer, étaient pris en charge au compte-goutte par la préfecture, les autres se débrouillaient pour se reloger par leurs propres moyens, loin, bien loin, plus loin encore, plus loin.

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