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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert



Il rangeait le chaos causé par les intempéries nocturnes, s’il y en avait eu, à
l’extérieur de sa Yourte comme à l’intérieur, s’il avait plu, venté, il redressait,
mettait à sécher, secouait, relevait, rangeait, consolidait, décontracté et tenace, il
saisissait la puissance première des âges.
 
Puis il se dirigeait vers l’eau du bidon, l’eau de pluie, il lui aurait suffi de disposer
d’un tuyau de polypropylène et d’arranger un captage depuis la rivière, mais il
n’avait jamais eu suffisamment d’argent depuis qu’il avait emménagé dans ces
parages, de toute façon, il devait partir, nomade. 
 
Chaque coin de terre abandonnée étant dûment cadastrée, le propriétaire des cent
mètres carrés occupés par son jardinet et sa tente Mongole était venu lui rappeler
la règle en vigueur, en compagnie de deux gendarmes confus mais requis, il
n’avait rien à faire là, ce n’est pas ça-vôtre.
 
Cela pouvait être dangereux, il n’en prenait pas le risque judiciaire, s’il n’avait pas
où dormir il pouvait aller voir une assistance sociale, s’il se passait quoi que ce
soit, il ne voulait pas en être tenu pour responsable, il faut vous secouer mon
vieux, bougez-vous, on n’a rien sans rien. 
 
Les gendarmes avaient interrompu la diatribe malsaine en négociant pour lui un
mois de répit, mais vous comprenez bien que nous nous engageons pour vous, oui
merci messieurs, c’est promis, au revoir messieurs, les questions cessèrent, la
montagne avala les malaises, l’air souffla.
 
Alors l’eau de pluie c’était bien, le bidon était rouillé, le haut lui arrivait à la taille,
l’eau croupissait gentiment par temps de sécheresse, mais alors il pouvait le
renverser dans le jardin et le remplir de nouveau au seau, directement d’eau
courante de pluie différée, fraîche de rivière.
 
Et il s’accroupissait de nouveau, ses différentes tâches effectuées, dans la position
fière des peuples observant défiler leurs vainqueurs orgueilleux, soupesant leur
degré incertain de valeur, leur utilité dans le défilement ininterrompu des mondes,
et crachant à terre, d’un jet puissant et ajusté.

Il était bien, sereinement bien, il se sentait être au démarrage d’une histoire encore
inconnue même des limbes du ciel, il se relevait, du tonneau écartait de main vive
et légère les impuretés flottantes de la nuit, poussières et feuilles, puis plongeait le
nez directement dans l’eau fraîche et claire. 
 
Le dénuement superficiel de son train de vie n’était rien d’autre que le choix de ne
pas être encombré des oripeaux superflus de l’apparence de la vie, et de dire, nous
ne sommes pas là pour cela, de la nature et de son mystère nous sommes,
l’univers et les étoiles ne nous attendent pas.
 
Il prenait le temps que la masse liquide s’infiltre dans les moindres recoins de son
visage, humectant les sueurs séchées et les muqueuses desséchées, réveillant la
circulation sanguine, s’extrayant d’un bref coup de tête, s’essuyant le visage et les
cheveux dans un vieux maillot de corps.
 
Parfois la fraîcheur de l’eau le brûlait à vif, le suffoquant, il reprenait son souffle,
s’écartait du bidon, soufflait, crachait, se mouchait en soufflant fortement au sol,
puis il se rinçait longuement la bouche en happant un peu d’eau d’une séculaire
louche ronde et usée d’aluminium. 
 
Il se vêtait selon la saison et ce qu’il entrevoyait des possibilités météorologiques
du jour, pour le moment, il était chaudement couvert, la journée s’annonçait
fraîche,peut-être venteuse, il prenait grand soin de n’être pas dépourvu, pauvre,
certes, mais en rien misérable, fier.
 
Il lui semblait possible de vivre ainsi des millénaires dans un état stupide de
latence, avant de déferler soudainement dans l’histoire des Hommes avec une
nouvelle contribution, consacré au déroulement harmonieux de la journée, il
attendait, les signes viendraient se montrer.
 
Il lui fallait encore sauver, restaurer, épauler, continuer à être d’une utilité, pour
cela il lui fallait une bonne dose d’énergie, il lui fallait bouger, aller blêmir du
regard des gens installés et indifférents pensant que l’on occupe la seule place
méritée par ses efforts, se foutre de tout cela.

Il était bien, sereinement bien, il se sentait être au démarrage d’une histoire encore
inconnue même des limbes du ciel, il se relevait, du tonneau écartait de main vive
et légère les impuretés flottantes de la nuit, poussières et feuilles, puis plongeait le
nez directement dans l’eau fraîche et claire. 
 
Le dénuement superficiel de son train de vie n’était rien d’autre que le choix de ne
pas être encombré des oripeaux superflus de l’apparence de la vie, et de dire, nous
ne sommes pas là pour cela, de la nature et de son mystère nous sommes,
l’univers et les étoiles ne nous attendent pas.
 
Il prenait le temps que la masse liquide s’infiltre dans les moindres recoins de son
visage, humectant les sueurs séchées et les muqueuses desséchées, réveillant la
circulation sanguine, s’extrayant d’un bref coup de tête, s’essuyant le visage et les
cheveux dans un vieux maillot de corps.
 
Parfois la fraîcheur de l’eau le brûlait à vif, le suffoquant, il reprenait son souffle,
s’écartait du bidon, soufflait, crachait, se mouchait en soufflant fortement au sol,
puis il se rinçait longuement la bouche en happant un peu d’eau d’une séculaire
louche ronde et usée d’aluminium. 
 
Il se vêtait selon la saison et ce qu’il entrevoyait des possibilités météorologiques
du jour, pour le moment, il était chaudement couvert, la journée s’annonçait
fraîche,peut-être venteuse, il prenait grand soin de n’être pas dépourvu, pauvre,
certes, mais en rien misérable, fier.
 
Il lui semblait possible de vivre ainsi des millénaires dans un état stupide de
latence, avant de déferler soudainement dans l’histoire des Hommes avec une
nouvelle contribution, consacré au déroulement harmonieux de la journée, il
attendait, les signes viendraient se montrer.
 
Il lui fallait encore sauver, restaurer, épauler, continuer à être d’une utilité, pour
cela il lui fallait une bonne dose d’énergie, il lui fallait bouger, aller blêmir du
regard des gens installés et indifférents pensant que l’on occupe la seule place
méritée par ses efforts, se foutre de tout cela.   

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