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Publié par Christian Hivert

bienUne chanson du siècle dernier mobilisa l’esprit de Landru.

Le temps qu’il avait mis à restructurer sa mémoire explosée n’avait pas été dépensé en pure perte. Il se souvenait parfaitement bien, maintenant que tout était revenu en ordre utilisable. La dernière fois qu’il avait été en vie dans un corps d’homme, il avait un casque sur le crâne et une aiguille très fine avait serpenté au milieu de ses lobes cervicaux, aspirant toute sa substance mémorielle et la refoulant dans la gigantesque machine où il était désormais enfermé.

Quand il y repensait, il était furieusement fier de son coup. Ca lui avait demandé deux mois de travail acharné pour trouver la parade, mais il l’avait trouvée. C’était tout simplement fabuleux. Toute sa conscience et ses souvenirs étaient là intacts. Il lui fallait maintenant éffectuer quelques opérations de vérification, mais le simple fait de savoir encore qu’il se nommait Ernest Landru et qu’il se souvenait de tout ce qu’il avait fait jusqu’à présent de sa vie, était en lui-même la meilleure preuve qu’il avait réussi au delà de toutes ses espérances.

Son esprit vivait à travers sa mémoire conservée et son corps était mort, c’était la plus fabuleuse aventure humaine qu’il n’ait jamais été donnée à vivre à qui que ce soit. Tout simplement prodigieux !

Au tout début, à la seconde où ses substances mémorielles étaient passées dans la machine, cela avait été la plus totale des confusions. Il se demandait d’ailleurs combien de temps il avait pu rester aussi confus.

Tous ses souvenirs s’étaient en effet libérés des petites cases neuroniques et mélangés, si bien qu’il n’y avait plus eu, pendant un certain temps, ni ordre, ni priorité, ni hiérarchie dans ses pensées. Mais le principal avait été évité, ses souvenirs n’avaient pas été rincés, les souvenirs des blêmes déconnectés non plus donc.

La neutralisation des composants du logiciel d’éffacement des mémoires avait été éffectuée, c’est là le point absolument primordial, autour duquel toute sa stratégie avait reposé. En effet les substances mémorielles, puisqu’elles n’avaient pas été rincées, conservaient tous les souvenirs des milliers de blêmes qui avaient été déconnectés.

L’ordinateur organique ne pouvait donc s’en servir comme capacité de mémoire en stock. Ce putain d’ordinateur de gestion était bloqué. Il ne pouvait emmagasiner aucune information. La neutralisation était parfaite.

Tous ses fichiers organiques étaient saturés par les souvenirs des blêmes dépouillés. Et au milieu de tous ces souvenirs, de tous ces fichiers, le fichier qui correspondait aux substances mémorielles d’Amélie Dupont, jeune blême raflée, avait été détourné et emmagasinait désormais l’esprit de Landru.

Et maintenant qu’il avait enfin réussit à réorganiser sa mémoire, ce fichier allait progressivement prendre la commande de la machine entière. Landru était désormais immortel.

Tant que la machine serait alimentée en énergie, et il pouvait être sûr que ses anciens collègues, aussi bien que les psychopols n’étaient pas prêts à la débrancher, tant qu’ils n’auraient pas compris où était la panne qui empêchait ce fabuleux ordinateur de faire le travail de gestion pour lequel il avait été construit.

Ernest Landru prépara son plan de bataille. En dehors de la machine, une centaine de chercheurs de toutes disciplines s’agitaient. De multiples précautions avaient été prises afin d’éviter tout incident majeur.

Tant que le logiciel d’éffacement des mémoires n’était pas programmé, il était hors de question de connecter les fichiers entre eux. Cela risquait de rendre l’ordinateur fou, tout simplement.

 Avec deux mille trois cent cinquante six mémoires de deux mille trois cent cinquante six personnalités différentes, le conflit interne que cela provoquerait était tout simplement inimaginable pour le moindre des psychiatres de haut niveau qui plancherait sur le projet. Il fallait rincer les mémoires absolument.

Ensuite le projet de réensemencement, de formatage unique des deux mille trois cent cinquante six fichiers vierges d’information pourrait être lancé. Mais pas avant. Car le plus fabuleux encore dans ce projet d’ordinateur organique était qu’il serait doté d’une personnalité.

Comme le but final était que l’ordinateur soit autonome au niveau de sa réflexion et qu’il puisse prendre des décisions, il fallait absolument l’éduquer auparavant. Lui imprimer, sur tous les fichiers rincés, toute une série de règles de réflexion, d’organisation de pensée, de priorité d’intérêts, une éthique.

Et surtout une morale très stricte de soumission au gouvernement Européen. Il serait le « Super-collaborateur » du gouvernement, mais pas le roi. Enfin pour le moment tout était bloqué! Les substances étaient bien là dans leur bain de glucose et d’hormones synthétisées, bien séparées les unes des autres par des parois de verre électro-poreux, prêtes à être remplies de toutes les informations nécessaires à la gestion des ressources de l’Espace Européen.

Landru se demandait encore comment il allait faire pour sortir de son petit bac sans se faire repérer. Puis il se souvint, et puisque ce souvenir lui était revenu, cela voulait dire qu’il était désormais parfaitement au point. Il pouvait se réveiller. Il tenta de ne penser à rien d’autre que le code d’accès aux circuits imprimés de l’ordinateur qu’il avait mis au point avant de se faire déconnecter volontairement.

Il y était presque. Sa mémoire des sensations enregistra une activité électrique de faible intensité similaire aux souvenirs qu’elle conservait des frissons de plaisir de Landru. Le contact avait eu lieu. Si ce qu’il avait mit en place avant sa déconnectation n’avait pas été découvert, la mémoire de Landru allait dans quinze secondes avoir discrètement accès à toutes les possibilités des puces intégrées et des appareils de vision, de détection et de calcul de la machine qui l’emprisonnait.

On pouvait dire qu’Ernest Landru avait trouvé là la meilleure planque possible pour son esprit rebelle. La connexion s’établit et Ernest Landru eut accès au calendrier central du planning général. Cela faisait trois mois que son esprit se battait pour remettre en ordre ses souvenirs. C’était beaucoup plus que ce qu’il avait prévu, mais cela s’était produit. Il avait réussit.

Encore quelques discrètes opérations pour verrouiller tous les circuits d’alimentation énergétique et il serait le premier ordinateur organique de gestion vivant. Lui, Ernest Landru, première machine à composants organiques au monde.

Son esprit, à moins d’une panne électrique générale était assuré de durer aussi longtemps que la machine qu’il habitait. Alors il se dit qu’il n’avait aucune urgence à en prendre le contrôle et décida d’aller rendre discrètement visite aux esprits emprisonnés qui lui tenaient désormais compagnie.

Les images du premier étaient trop violentes, il s’en retira précipitamment. Les images du deuxième étaient trop confuses, cela ne ressemblait plus à rien. Il s’inquiéta. Tous ces blêmes avaient été déconnectés dans un moment de stress horrible à supporter pour l’esprit humain. Il était possible que cela ait détruit des capacités de restitution des cellules. Mais il ne le pensait pas.

C’est vrai que lui Landru avait particulièrement bien supporté le choc, parce qu’il s’était placé volontairement l’appareil sur la tête et qu’il était conscient et informé de ce qui lui arriverait. Ce qui n’était pas le cas des autres. Le traumatisme pouvait être irrémédiable. Il poursuivit sa recherche, jusqu’à tomber sur un esprit qui s’était déjà réorganisé. Ainsi donc, ils n’étaient pas tous complètement foutus.

Dés que Landru aurait repris le contrôle de l’appareil il pourrait procéder à quelques restitutions, ce serait toujours cela. L’esprit dans lequel il était était l’esprit d’une jeune fille. Cela intéressa grandement Landru. Lui qui avait toujours eu du mal à comprendre les femmes, le voilà qui se trouvait en contact avec l’esprit de l’une d’entre elle, une aubaine. Il explora lentement, passant des souvenirs affectifs, aux souvenirs événementiels, qui souvent étaient associés en chaînes, c’était impressionnant.

Il venait de glisser sur une zone de réminiscence de plaisir sexuel. La vache, ça n’avait rien à voir. La méthode d’organisation des pensées non plus n’avait rien à voir. Il n’avait pas le temps d’analyser plus longuement ces nouvelles informations. Mais il se promettait bien de revenir, ça l’amusait. Il prit une journée complète pour inventorier tous les fichiers. Puis il en isola une dizaine qui devraient être sacrifiés, malheureusement.

Il les choisit en fonction de l’horreur des souvenirs majoritaires qui traînaient en surface. Ce n’était sans doute pas la meilleure méthode de sélection, mais il lui fallait malgré tout faire vite. Car maintenant que son esprit était réveillé et que les connexions en sommeil qu’il avait mis en place avant de se déconnecter étaient réactivées, il risquait à tout moment que les psychopols qui contrôlaient toutes les opérations s’aperçoivent que quelque chose d’insolite se passait et qu’ils ne puissent le contrer.

Il pouvait maintenant passer à la phase de prise de contrôle. Dans un premier temps, après avoir vérifié que la bretelle qu’il avait installée n’avait pas été retirée, il débloqua le système de rinçage des mémoires. Les dix mémoires sacrifiées étaient sélectionnées pour passer en premier au rinçage.

Les chercheurs éffectueraient toutes les vérifications prévues sur cet échantillon et s’assureraient qu’elles étaient bien redevenues inertes. Ensuite seulement ils programmeraient le rinçage général, dix par dix ; c’est là qu’intervenait la bretelle. Le système de rinçage serait bloqué, les mémoires seraient sauvegardées et n’apparaîtraient sur les écrans de contrôle que les dix premières qui auraient été rincées.

De la sorte, toutes les mémoires sauf dix pourraient être restituées. Malgré tout il angoissa avant de verrouiller définitivement le rinceur. S’il s’était trompé, si la bretelle sautait, il disparaissait et les psychopols disposeraient de leur ordinateur dix-mille fois plus performant que tous ceux qui existaient à l’heure actuelle. Mais le sort en était jeté. Trois jours plus tard, Landru sut qu’il avait gagné.

Il pouvait tout verrouiller et se dévoiler. Les premières informations qui avaient été stockées dans les mémoires disponibles étaient tous les secrets de tous les services d’administration et de répression du processus.

Puis, sous le contrôle des psychopols, les chercheurs avaient rendu irréversible les connexions de tous les fichiers centraux des services financiers des banques du processus et des services de maintien de l’ordre. Puis ils avaient doublé toutes les structures de transfert d’informations et blindé l’alimentation énergétique de l’ordinateur.

De telle sorte qu’il soit invulnérable. C’est quand ils s’apprêtèrent à entrer les logiciels de personnalité qu’ils eurent la surprise de leur vie. En effet l’écran de contrôle géant de la salle de commande affichait : « Je vous remercie pour tout et vous prie de bien vouloir prendre de nouvelles instructions auprès de l’imprimante centrale. » Ernest Landru.

Alors ce fut l’agitation la plus désordonnée et la plus rocambolesque jamais vue de mémoire de chercheur.

extrait de  Ne peut être vendu, paris squat 1986, chine 1995

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