Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Ne peut être vendu

écritures

la vie s'écoule la vie s'enfuit

 

Texte libre d'acces

 

Romans (Kahina, Destin majeur, De l'autre côté de la rivière, Ne peut être vendu)

Assemblée

Les mémoires d'un poilu de 14, par Gaston HivertLes mémoires d'un poilu de 14, par Gaston Hivert

brochure-comite-des-mal-log-s-1991Comite des Mal Logés:1991

DAL : les mensonges Dal : les mensonges

Les liens Opac du DAL Les liens Opac du DAL

 Réquisitions inflammables Réquisitions inflammables

NE-PEUT-ETRE-VENDU.doc NE PEUT ETRE VENDU:1984

de-l-autre-c-t--de-la-rivi-re.site.pdf De l'autre côté de la rivière

Pierre Selos

Les-cons-sont-la.mov Les-cons-sont-la.mov

19 Tout s'arrange Tout s'arrange

06 Piste 06 12 Deux

Quinze-ans.m4a Quinze-ans

Mon amour Mon amour

        Le passage, élté et Pierre

Possible n°9 Possible n°9

Bertrand Louart..etc

QECSI.pdf Quelques Elements d'une Critique de la Société Industrielle.pdf

Guerin-Pour-le-communisme-libertaire Guerin-Pour-le-communisme-libertaire

libre service

Publié par Christian Hivert

 

mort d'un comité

Sans doute ce corps plein et arrondi de volupté les émouvait. Cette manière de l’exposer au vent, au soleil, aux yeux envieux et aux regards fiévreux. Cette nonchalance molle, alanguie ! Est-ce qu’elle marchait ? Est-ce qu’elle glissait ? Était-ce ce corps qu’Arthur aimait ? Rien d’autre ?

L’insouciance affichée de cette fille aux trois quarts nue, dont les vêtements éclairaient ce qu’ils abritaient plutôt que de le masquer, semblait annoncer avec une force souterraine et terrible le peu de cas qu’elle pouvait faire de l’opinion générale. Son ivresse délicieuse la protégeait.

Sans souffler un mot, sa prestation publique claironnait à qui voulait l’entendre « Mon corps me plaît, s’il vous plaît, venez tenter votre chance, si vous me plaisez, nous aurons quelques moments de plaisir et d’abandon. » Ce corps tant désiré et tant offert, ce créateur de tant de vertiges !

Arthur l’avait-il aimée ? L’aimait-il pour son corps subtilement dévoilé et omniprésent ? Comme une braise résiduelle sous des cendres chaudes ! Ou bien y avait-il un peu de ce qui faisait son essence ? De sa désinvolture ? Son esprit libertin, sa gentillesse, son humour et son ironie ?

Dans les vitres et les miroirs des magasins, elle avançait émue comme pour une Première fois. Jouant avec ses échauffements et ses souplesses, au-devant d’aventures langoureuses, du coin de l’œil elle surveillait l’apparition d’un petit mâle inédit, pour une après-midi ou plus.

Ce faisant, tous la connaissaient ou la connaîtraient. Et ils n’en étaient pas peu fiers ! Prêts à beaucoup d’entorses à leurs habitudes paisibles et ordinaires pour figurer l’espace d’un instant dans son ombre et, selon son humeur du jour, se fondre en ses bras, ses reins ou sa bouche.

Kahina avait une cour disséminée dans toutes les rues, ruelles, courettes et passages du vingtième arrondissement et au-delà, dans les frontaliers. Il ne lui manquait que le droit régalien de battue monnaie et de lève-armée pour lancer son petit royaume à l’assaut du monde connu.

Ne lui restait comme préoccupation centrale de ses jours que l’organisation de la libre jouissance de ses heures. En échappant au maximum à l’obligation commune du salariat ! Verrait-on une Kahina à l’atelier ? Sa troublante flânerie chassait ses pas sur l’asphalte, l’excitant.

Sillonnant les champs bétonnés de ce qu’il restait des anciens villages, comme le faisait justement Albert, un Duvivier n’aurait manqué de remplir de notes son calepin afin d’enrichir une nouvelle fresque filmée. Albert vadrouillait sur le trottoir, elle le vit à la crête de son sillage.

Sur le terre-plein central du boulevard, aussitôt mue d’une nouvelle promesse, sa route s’enivra dans la danse assouplie de son attente. Celui-là, elle en était quasiment certaine, l’inviterait à boire un pot. Il lui fallait donc la proximité d’un troquet pour le laisser faire sa demande.

Le boulevard entre Père-Lachaise et Ménilmontant disposait au choix d’un certain nombre de ces maisons. Il la rejoignit devant Le Soleil.

  • Mademoiselle, je peux vous offrir un verre ?
  • Ah, ouais ! C’est sympa !

Il lui fit signe d’entrer la Première, un galant aux manières polies.

Le rade était tenu par deux cousins kabyles jeunes et sympas. Dans la journée, le juke-box vidéo beuglait à l’infini les romances d’Oum Kelsoum, les œillades de Farid El Atrache, et les débuts du raï d’Aït Menguelet ou d’Amirouche, devant les bouteilles de bière des habitués oisifs.

Certains occupaient les chambres de l’hôtel au-dessus. Les cigarettes, les épluchures des graines de tournesol et de cacahuètes débordaient des cendriers et des tables garnies de canettes en verre vides.

  • Pourquoi moi ? le provoqua-t-elle.
  • Bé, bé, je vous ai vue de loin, et voilà ! J’ai eu envie de vous parler, tout de suite, ça ne m’arrive jamais, là, il le fallait absolument, c’est très agréable comme sensation, complètement nouveau pour moi, et puis je ne pouvais pas faire autrement, il le fallait, vous me comprenez ?

Sa voix était une supplique bredouillante.

Elle sourit. Les garçons étaient toujours très doux avec elle, avant d’oser, et elle ne s’en lassait pas. Puis il fallait pousser hors de la couche réchauffée les corps assoupis et ronfleurs. Il ne fallait pas tarder à mettre un terme aux espoirs bien masculins et fatigants d’emprise exclusive.

Quasiment aucun garçon ne savait conserver cette timidité sensible, sa candeur naturelle, ni ne savait mieux exprimer l’ardeur de son désir que lorsqu’il n’était sûr de rien. Ensuite, bien peu résistaient à leur injuste prétention de réclamer leur dû, la dentelle, la peau et la viande à demeure.

C’est pourquoi chaque jour Kahina se cherchait de nouveaux sujets. La faim d’une femme éprouvée par la recherche d’un chevalier au service de ses charmes est inouïe.

  • On peut se tutoyer tu sais !
  • Oui, bien sûr, cela viendra de soi-même, ne croyez-vous pas ? Il était chevaleresque.
  • Oh, t’es spécial toi ! Ça me dérange pas, remarque !
  • Mais si ça t’effraye, je peux te tutoyer... voyez-vous, c’est amusant notre rencontre, j’écrivais un poème ce matin, et je vous appelais, je disais, en parlant de vous, elle viendra ce jour-ci s’offrir à mon attention, et je vous ai vue.
  • T’écris des poèmes, c’est super ça !
  • Et ma Kahina, que prendras-tu ?
  • Un café, Rachid, avec un verre d’eau !
  • La même chose, merci...

Un des deux cousins avait toujours une amabilité dans ses propos. Les jeunes filles pénétrant la pénombre de son café étaient trop rares.

Elles en étaient chassées par l’appréciation masculine encore trop répandue chez ses clients habituels, une femme entrant chez les hommes buvant est femme à s’offrir en payant ; selon qu’elle soit jeune ou bien vieille, l’argent ne passe pas dans le même sens, Kahina était sa protégée.

Il ne fallait plus vivre en grands-parents, le monde évoluait. Il fallait en finir avec ces idiots mensonges. L’autre cousin, Mansour, était plus froid. Cette présence féminine émoustillait trop violemment la chair abreuvée d’alcool de ces esseulés dont certains dansaient les bras en l’air.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article