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Publié par Christian Hivert

clair non

Mais cette angoisse constamment présente, même lorsqu’elle sommeillait, n’était pas reliée à des faits précis. Elle l’accompagnait et, telle une respiration, changeait de volume. Il s’arrangeait d’elle, pestait lorsqu’elle le submergeait, désespérait de s’en séparer jamais, il en était prisonnier.

Le lendemain, la porte s’ouvrit de nouveau à son coup de sonnette, devant une Kahina éberluée.

  • Mais qu’est-ce que tu fous ? Qu’est-ce que c’est que ce truc ?
  • C’est un canapé-lit, je l’avais dans la cave de mon ancien appartement, j’en avais plus besoin, je suis venu te le donner, il est propre !
  • J’ai vu hier que tu dormais sur un matelas par terre, ça m’a donné l’idée de te l’amener, voilà !
  • Mais t’es dingue ! Enfin, merci, c’est sympa, t’as porté ça tout seul ? Tu viens d’où ?
  • Oh, c’était pas loin, juste à Couronnes, maintenant c’est fait, on le met en place, ça t’intéresse ?
  • Qui c’est ? la voix de Nora s’échappa de la salle de bains.
  • C’est Arthur, il vient de m’amener un canapé-lit, il est complètement fou ce gars-là !

Arthur mit le canapé à sa place, sous le matelas, des vibrations encore inconnues de lui le faisaient palpiter intensément, il se sentait fort et béat.

  • Ça tombe bien, on avait un rencard important avec l’imprimeur, pour le journal ça va nous laisser le temps de nous préparer, tiens la cuisine est là, il y a tout ce qu’il faut pour faire le café, tu n’as qu’à regarder dans les placards, fais comme chez toi, moi je file à la douche, c’est super ça !
  • Tu veux un café ?
  • Bien sûr !

Arthur reprenait son souffle, l’exercice l’avait exténué et à sa fatigue s’ajoutaient de pleines volutes d’émotions diverses, l’appréhension folle, la pudeur mise à nue. Jamais de sa vie il n’avait osé témoigner un si grand intérêt pour une personne.

Kahina souriait, la candeur de ce type était phénoménale. Il était passé une seule fois chez elle et il avait vu un matelas par terre. Ça lui avait donné l’idée de ramener un canapé clic- clac, tout seul, sur le dos, et le canapé était de bonne qualité, service à domicile gratuit, sans demande.

Elle se serait trouvée seule, elle aurait éclaté de rire. Elle en était bluffée, c’était bien la Première fois qu’un tel truc lui arrivait. Il s’était intéressé à son lit, se doutait-il bien de l’usage tumultueux qu’elle en faisait ? Il était rouge encore de ses efforts, ou pour une autre raison ? Elle s’attendrit.

Il n’avait pas apporté une table pour remplacer la vieille planche sur ses tréteaux ! Non, le lit ! Cela ne voulait peut-être rien dire ? Il avait apporté le lit parce qu’il avait le lit à donner ! Tous les mecs pensaient bien à la même chose. Elle le soupesa derrière ses paupières mi- closes.

Il était rouge comme un puceau devant une belle et jeune fille. Il y avait fort à parier que ce n’était pas pour les fesses de Nora qu’il s’était éreinté la paillasse, Kahina eut envie ce jour-là de traiter Arthur autrement des autres. Celui-là était amoureux, elle le sentit pur, elle le voulut.

Kahina eut envie de se couvrir un peu plus que les autres jours. Ne pas lui donner d’envies, ni d’espoirs. Le peu qu’elle lui montrait en ce moment était de trop. Elle ramena vivement le pan de son peignoir sur sa cuisse nue et fila dans la salle de bains avec Nora s’habiller d’une robe.

Lorsqu’elle en ressortit en s’ébouriffant les cheveux, Arthur, pour s’occuper, avait disposé sur la table les éléments nécessaires à la consommation d’un café. Il baissait les yeux. Visiblement il était encore troublé et Kahina, dans sa robe noire boutonnée sur le devant, s’avança, crâne, vers lui.

— C’est super-sympa, dis donc, le lit, le café, tu t’occupes de tout !

— Oh, ce n’est rien, j’avais envie de vous voir, comme j’avais le temps, et puis il fallait que je débarrasse mon ancienne cave de ce canapé, c’est les restes de mon appartement quand j’habitais à Belleville, il y a deux ans !

Arthur prenait conscience de son émoi et de ses manifestations. Il était clair que le rouge de ses joues n’avait plus rien à voir avec l’essoufflement dû à la montée de l’escalier. Kahina avait voilé ses rondeurs et sa peau lisse et douce. C’était une aumône, elle lui faisait l’hommage de sa pudeur.

Elle ne chercherait pas à le séduire, c’était visiblement déjà fait. Elle ne voulait pas non plus le rejeter. Ce geste incongru et soudain l’avait fortement impressionnée. Ce gars-là n’était pas comme le tout-venant. Il donnait avant de prendre. Serait-il jaloux ? Il faudrait voir cela !

Kahina servit les cafés en faisant très attention à ne pas le frôler, à ne pas froisser la distance du respect de cet être nouveau dans son monde. Il lui semblait bien que cela allait la changer de tous ces branleurs de quartier devenus camés ou dealers, c’est-à-dire impuissants, ou non baisant.

  • Bon ben, assieds-toi, tiens je vais faire un petit pétard, léger parce que Nora, ma grande sœur, veut que nous soyons claires pour aller voir l’imprimeur et régler les détails pour le paiement des mille Premiers numéros, il va falloir que l’on s’active, fini la rigolade, il y a du boulot ! Et vous ? Votre bar, ça tient ? J’ai croisé Stupé hier, il va peut-être reprendre l’appartement de Nora à Alexandre Dumas, lui il pense que vous ne savez pas le tenir, ça va pas durer longtemps, enfin, c’est ce qu’il dit !
  • De quoi se mêle-t-il, nous n’y serions pas, le local serait constamment fermé !
  • Et lui, il pense que s’il ne vous avait pas présentés, vous n’y seriez pas !
  • La Terre ne nous porterait pas, nous serions ailleurs dans l’espace !

— Et où ça ?

Nora venait de sortir de la salle de bains. C’est-à-dire que dans le même temps, elle avait fait irruption au début de leur romance.

C’était un peu cela de partager le plus clair de ses moments avec ses frères et sœurs. On ne savait jamais bien d’où ils pouvaient sortir ainsi, avec une si grande pertinence, de chaque recoin de sa vie privée. Et Nora venait de sortir de la salle de bains. Elle reluqua Arthur, elle l’aimait bien.

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