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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

bien

Il s’en rendait bien compte maintenant, il le faisait surtout pour passer le temps. Pour se désennuyer de cette longue attente. Attente de quoi ? Attente de qui ? Il attendait d’oublier les souvenirs de ses émois. On n’efface pas sa mémoire comme cela. Les Premiers troubles sont inaltérables.

Il avait déjà aimé des jolies filles depuis Dominique Premier, ayant refusé ses sentiments. Et s’il allait agir de même avec Kahina, maintenant ? Les présentations étaient largement faites. Au Premier abord, elle ne semblait pas vouloir de lui, ne pas s’intéresser, distante, froidement sereine.

L’avait-elle remarqué ? Elle était toujours si nonchalante, absente, elle également. L’avait- elle seulement vu ? Il ne pouvait vraiment se persuader. Cela ne faisait pas plus d’une semaine depuis la rencontre. Et que lui arrivait-il ? Une simple fièvre hormonale du plus éminent naturel.

Atteint de la même convoitise que tout homme croisant la route de Kahina. Avait-il une proposition supérieure à ce désir ? Ce désir rencontré chaque jour dans les yeux des mâles frôlés ? Ils avaient le même âge. Il la sentait, voulait la sentir si proche de lui, d’une aimance lointaine, en attente.

Par sa fenêtre ouverte, la fraîcheur de la nuit saccadée des clameurs des chats en rut ne parvenait à lui procurer le repos dont il avait besoin. Il aurait voulu être fort, brave, sensible, pouvoir la conquérir sans coup férir, mettre genou à terre devant elle, l’enlever, la soustraire, la faire frémir.

Juste elle et lui. Si proches, si complices, librement affectueux. Il l’imaginait là, présente à ses côtés, penchée sur son épaule tandis qu’il écrirait des merveilles jamais lues auparavant. Ou bien ce serait elle, griffonnant de main de maître, alerte et gracile, un dessin éclatant de richesse.

Ensemble, ils bouleverseraient la vie. Ils seraient le couple de rêve. S’autorisant, s’excusant, se comprenant, sans secrets. D’une confiance totalement pénétrante. Il l’avait tant attendue. Elle le libérerait de son angoisse. Elle garnirait ses vides, absorberait sa matière, l’adouberait homme.

Le transformerait en être fabuleux, sauvage étoile, chevalier ivre, amortirait ses doutes, respirerait ses souffles, répondrait à ses envies. Il se retourna brusquement. Son paquet de Gauloises sans filtre traînait à terre, à côté de ses frusques. Il en prit une et il se mit à fumer, les yeux mi-clos.

Le souvenir malheureux de cette Dominique Premier – elle avait ri aux éclats en réponse à sa maladroite lettre de déclaration – vint à nouveau le percuter. S’il en était toujours ainsi ? Que ce qu’il souhaite le plus au monde s’éloigne de lui à jamais, à chaque respiration, chaque pas ? Non.

Dominique Premier ne voulait pas d’attaches, ne pas être attachée à quelqu’un, avait-elle précisé, mutine. Et ne pas subir de chantage affectif, ça, c’était le pire, poursuivit-elle. Arthur en avait pris son parti. Il n’était pas question qu’il insiste. Il n’était pas un mâle violeur, sûrement pas.

Arthur eut été consterné de devoir la moindre parcelle de bonheur à une stratégie de conquête, donc de mensonge et d’affabulation, de flagorneries et de séduction. Il souhaitait Dominique Premier libre et fière, dusse-t-il la perdre à l’infini de toutes ses vies. Et il l’avait perdue, libre.

Par moments, de longs moments, il se refaisait sa vie. Il se remémorait les moindres détails de cette rencontre constitutive de son existence, de cette tristesse permanente en découlant. Il rapprochait les pièces du puzzle. Et il arrivait à la même conclusion, elle l’avait aimé. Elle l’aimait.

Pourquoi ? À l’infini des éternités, pourquoi l’avait-elle sacrifié ? Ignoré sa passion amoureuse, frimé, entourloupé ? Serait-ce toujours ainsi ? Bien sûr elle devait se concentrer sur ses études et faire ce qui s’appelait à l’époque « réussir sa vie ». C’est-à-dire se soumettre à l’ordre dominant.

Elle l’avait repoussé. Kahina ferait-elle de même ? Était-il condamné à vivre en continuelle répétition le rejet et l’exclusion ? Cette source de ses souffrances les plus horribles à supporter. N’avait-il pas d’autre destin, d’autre avenir que de n’être jamais accepté ? Solitaire au milieu des foules ?

La lune éclairait sa chambre d’ombres arrondies. Qui était-il pour mériter cette vie espérée ? Qu’avait-il donc à proposer de si rare qu’il ne puisse en obtenir, en juste retour, l’apogée de ses rêves ? Il se désespéra, il n’était rien qu’un crétin, un jeune puceau éperdu devant l’amour de sa vie.

Un pauvre gars n’ayant jamais réussi à intéresser la moindre jeune fille. Un type malsain se permettant de juger des désirs animaux des autres, et n’assumant même pas les siens. Tous les hommes étaient pareils, lui de même. Qu’est-ce qui pouvait bien faire sa différence ? Comment apparaître ?

Comment pouvait-elle le voir autrement ? Un homme, encore un, voulant coucher avec elle, et se faisant son film. Il écrasa sa clope à moitié fumée, son réveil marquait 10 h 30. Il s’était couché trop tôt et ne dormirait pas. Il se releva, s’assit nu sur sa chaise. Écrirait-il ?

Ah, le sacré écrivain ! Incapable de vivre, gribouillant des évidences. Il se leva et s’habilla. Autant sortir, marcher, puis il verrait bien. Il commença sa promenade nocturne en remontant la rue en escaliers du passage Cottin. Deux chats se chicanaient violemment dans un arbre proche.

Arthur avait vu les formes fermes et arrondies de Dominique lors d’une après-midi passée à la piscine de la Butte-aux-Cailles, perlante dans son maillot une pièce. Et en montant dans le bus, l’avait vue embrasser sur la bouche un gars plus âgé. Il en avait conclu qu’elle n’était pas pour lui.

Il en avait été si longtemps triste. Puis avait pris sur lui, il serait son ami. Il voulait son bonheur et son plaisir. Il avait abandonné tout sentiment de jalousie, toute avidité de possession antique. Il voulait la liberté en toutes choses, un jour peut-être se lasserait-elle de ce gars, le verrait-elle ?

Et il n’aurait rien compris ? Il ne comprendrait jamais rien aux manœuvres des jeunes filles désirant se faire désirer ? Il déclinait ce genre de frivolité. Ce n’était pas l’autonomie ni le respect de la personne. L’amour ? Ce n’était que ruses guerrières et tromperies. Il s’y refusait énergiquement.

Il se dirigea tranquillement en direction du Sacré-Cœur. Sur les marches, peut-être y trouverait-il Patrice ? Kahina devait être en train de se coucher entre les bras de son amant. Comment pouvait-il être ? La nuit des bars était mollement animée. Près de la place du Tertre, il y avait du mouvement.

Mais c’était l’usine à touristes. Patrice et lui ne s’arrêtaient jamais dans ces bars ostentatoires. Il reconnut une silhouette au loin, il n’était pas sûr. Il pressa le pas. Ils étaient deux. C’était elle ! Rosalie était avec le jeune homme mince habillé en noir. Il vivait généralement dans les squats de Berlin.

 

 

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