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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

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D’autres restaient de longues périodes en silence. Puis tout à coup, en bloc, se livraient et disparaissaient. Un groupe de quatre personnes venait de s’asseoir à une table pour manger. Hop, plus le moment de rêver. Ne sont pas en retard ceux-là.

  • Messieurs-dames. cela commençait.

Jean-Louis, par son statut de serveur, était un des personnages locaux auquel beaucoup s’adressaient, se revendiquant d’une éphémère amitié. Cette attitude était constante à nombre de vieux cafés. Le client habituel réclamait une marque d’attention personnalisée avec le patron ou le serveur.

Jean-Louis passait les messages, écoutait les histoires, proposait ses solutions, entremettait les uns avec les autres. Il était encore de cette époque aux bavards coiffeurs, révolue, où nombre de métiers s’exerçaient en parallèle constant avec d’autres échanges de voisinage plus intriqués.

Le soir avait fini par venir et Patrice était là, le dos tourné au Sacré-Cœur, debout sur les marches à humer l’atmosphère. Pour le moment il ne pensait à rien, rien de précis. Il avait toujours faim. Il se sentait fatigué, lessivé, ne pensait qu’à son estomac vide le torturant. Il voyait l’escalier.

Il le regardait, flairant, humant, observant de loin les différents groupes. Découvrir le nouveau branchement possible ; les copines de gauche rigolaient, elles étaient bien jeunes, encore chez leurs parents ; qui donc partagerait avec lui sa pitance du soir et ses envies de rencontre ?

Il laissa échapper un pet malodorant et changea de place. Son ombre ramassée au sol indiquait un réverbère tout près de lui sur le côté droit. Il n’avait pas la force de lever les yeux au ciel pour vérifier. De toute façon, vérifier la réalité ne l’intéressait pas. C’était là, cela suffisait bien, il avait faim.

Il pensa à son pote coursier à l’Huma, Marcel. Il passerait le voir à Montreuil quand il serait rentré du boulot. Patrice passait sa journée dans les transports en commun, à nomader d’une rencontre à l’autre, d’une opportunité de bonne chère à l’autre. Chez Marcel, c’était toujours accueillant.

Marcel venait de sortir de l’Huma. Toute une journée sur sa mobylette, il en avait plein les pattes. En plus il y avait eu un cocktail et il était resté, avait bu jusqu’à la fin. Cela lui donnait l’occasion de croiser tout le personnel de l’Humanité, les journalistes, les secrétaires, le staff technique.

Cette fois-ci, cela allait, pas encore trop saoul, il arrivait à se tenir droit. Il se dit qu’il allait marcher jusqu’à Strasbourg – Saint-Denis. Cela le dégriserait un peu. Une langueur étrange qu’il connaissait bien l’envahit. Le spleen des îles, le désespoir de ses rêves inaboutis. Il voulait exister, comment, quand ?

Il avait un sentiment d’impuissance devant les saloperies de ce monde subi. Enfin, il avait quand même mieux à faire que se foutre en l’air. Il lui fallait tenir coûte que coûte, faire la preuve de ce qu’il valait, se battre. Il s’était roulé un pétard. Il allait fumer et irait mieux, comme à l’habitude.

Enfin, d’habitude il allait mieux. Son univers sentait le renfermé. Il lui fallait ouvrir ses fenêtres intérieures toutes grandes, laisser l’air neuf le pénétrer et commencer à faire le ménage dans sa vie. Il ne pouvait plus continuer à se poser sans fin toujours les mêmes questions, il devait vivre.

Rosalie venait de se réveiller. Un bruit dans la cour. Le concierge bourré venait encore dégueuler bruyamment dans les chiottes. Quel porc ce mec, complètement facho, en plus ! Elle se leva furax sans allumer la lumière. Elle ne voulait pas se faire importuner. Elle fuyait sa muflerie. Gros con !

Elle marchait de long en large dans sa petite pièce, en prenant garde à ne pas buter dans son fourbi épars çà et là. Elle rencontra la chaise où elle avait jeté en vrac ses affaires. Elle farfouilla un moment, retira de l’amas un paquet de cigarettes et un briquet. Une porte dans la nuit claqua.

Elle renonça, jeta le tout au sol et se recoucha. En fermant les yeux, elle se concentra sur le visage de Ian McCulloch. Si elle se concentrait fort avant de s’endormir, peut-être viendrait-il lui tenir compagnie, dans ses rêves au moins ? Une respiration régulière emplit la pièce d’excitation.

Il y eut un léger grattement à la porte, suivi d’un raclement de pas puis d’un nouveau grattement. Les pas s’éloignèrent. Le concierge renonçait pour cette fois-ci. Rosalie n’entendait plus rien et Ian, chanteur de son groupe préféré Echo & The Bunnymen, viendrait fréquenter ses fantasmes.

Le concert battait son plein. Il avait fallu aller sous le chapiteau de la Porte de Pantin pour se payer une bonne tranche de fraternisation libertaire et cela valait franchement les cent francs de participation aux frais demandés. Les concerts organisés par les Libertaires étaient ainsi, effervescents.

Mal organisés, plein de flops, de larsens stridents, de « Tu ne pourrais pas augmenter le retour sur la basse ? », d’interventions militantes pleines de trémolos. Tous souhaitaient un jour vivre un monde de frères humains affranchis. Ça t’a fait du bien ? Dominique, fine occupante des interstices.

Cela faisait pas mal d’années qu’Arthur n’avait mis les pieds dans un endroit pareil. Il ne le regrettait pas. Il pressait un peu le pas, histoire de ne pas louper le dernier métro, la tête emplie des dénonciations, des appels à lutter, des indignations et des textes des chanteurs proches des causes.

Jean Guidoni, suivi de Jean-Roger Caussimon, l’avait ébloui, et Font et Val, plié de rire. Le final avec Rachid Bahri avait la patate. Cela avait été grandiose. Un type aux cheveux longs, petit et au sourire tordant sa bouche en grimace, ralentit le pas de manière à se retrouver à son niveau.

Tiens, un branchement ! se dit Arthur. N’était-il pas venu pour cela, entre autres ? Pour rencontrer des gens. Pour se sortir de l’isolement dans lequel il marinait depuis plus d’un an. Un an déjà, les blessures étaient profondes, mal refermées encore. Il respira fort, voulut oublier. Quoi ?

 

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