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Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 12:51
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Même eux le disent : corps

Mal-logement : "C'est la lutte des places"

Créé le 19-01-2012 à 18h37 - Mis à jour le 01-02-2012 à 16h20 3 réactions

Par
Journaliste

Alors que la Fondation Abbé Pierre rend son rapport sur le mal-logement, "Le Nouvel Observateur" consacre une journée spéciale à cet enjeu, qui touche désormais 3 Français sur 4.

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Mal logement à Saint-Ouen (Valinco - Sipa)
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La Fondation Abbé Pierre a rendu public son 17e rapport annuel consacré à l'état du mal-logement en France mercredi 1er février, à quelques semaines d'une échéance électorale importante. Candidats à l'élection présidentielle, Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou, François Hollande et Nicolas Sarkozy ont d'ailleurs été invités ce mercredi à réagir sur le "Contrat social pour une nouvelle politique du logement" présenté par la Fondation.

Le chef de l'Etat avait bien tenté d'anticiper cette intrusion du logement dans les débats de la présidentielle en ajoutant au pied levé ce sujet à son sommet social transformé en sommet de crise. Il s'est même fendu d'une première série de proposition à l'occasion de son intervention télévisée de dimanche 29 janvier. "Il aurait mieux fait de lire notre rapport", souligne, ironique, Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation qui, dans ce rapport, analyse 20 ans de politique du logement en France, avec une attention particulière sur les cinq dernières années.



 

700.000 personnes privées d'un domicile personnel

De page en page, on y découvre qu'en 2011, pour trois Français sur quatre, il est devenu difficile de se loger : "Jamais on aurait imaginé qu'aujourd'hui on serait dans une telle situation", commente Christophe Robert, délégué général adjoint de la Fondation. En pleine crise, les solidarités familiales se mettent en place et jouent un rôle d'amortisseur quand 700.000 personnes sont aujourd'hui privées d'un domicile personnel. Parallèlement, plus de 130.000 personnes sont sans domicile.

 

 

Les autres sont de plus en plus contraints à réduire la surface de leur logement et à s'éloigner de leur lieu de travail. Il manque sur l'Hexagone entre 800 et 900.000 logements. La concurrence pour l'accès au logement est de plus en plus exacerbée. Dans un secteur où le privé représente 80% du marché, les propriétaires sélectionnent les candidats qui présentent les meilleures garanties. Les autres doivent se tourner vers un secteur public déjà surchargé. "Des miettes pour les plus pauvres, le déclassement pour les classes moyennes", la Fondation Abbé Pierre décrit une véritable "lutte des places".

Loyers en hausse et salaires en berne

 

Alors que le coût des logements explose, les revenus stagnent. Selon une enquête de l'Insee, 4,2 millions de ménages se retrouvent avec moins de 500 euros pour vivre un mois une fois le logement payé. "Certaines personnes ne se soignent plus pour pouvoir payer leur loyer", s'insurge Christophe Robert. Pour la Fondation Abbé Pierre, cette très forte augmentation du coût du logement est à l'origine d'une véritable "insécurité sociale", au moment où de nouvelles situations familiales viennent ajouter à la précarisation des ressources, la monoparentalité notamment.

10% des plus riches possèdent 50% du patrimoine

La question du logement met aussi en évidence une explosion des inégalités. En quelques années, la France est ainsi passée de 47% de propriétaires à 37% chez les 20% les plus pauvres alors que, dans le même temps, ce pourcentage est passé de 65 à 76 pour les 20% les plus riches. En 2010, 10% des ménages les plus riches possédaient 50% du patrimoine national.

Hausse des loyers, chômage, situation familiale, santé : plus de 5 millions de personnes se trouvent actuellement en situation de fragilité de logement en France. "Les limites de l'inacceptable ont été franchies", estime Christophe Robert, "on ne voit pas la même France que nos responsables politiques."

 

Par
Journaliste
Par Christian Hivert - Publié dans : Autonomie - Communauté : les anti-capitalistes - Ecrire un commentaire
Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 17:46
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cervordiLOGIQUE DE LA MACHINE ET LOGIQUE DU VIVANT, par Un Belge

30 septembre 2011  
par Paul Jorion | Print LOGIQUE DE LA MACHINE ET LOGIQUE DU VIVANT, par Un Belge

Billet invité

On se souvient de la scène célèbre dans le film 2001 : Une Odyssée de l’espace, de Stanley Kubrick : le superordinateur d’un vaisseau spatial en a pris les commandes et tente d’expulser dans l’espace le dernier astronaute vivant.

 

Tout se passe froidement et en silence car l’ordinateur n’agit pas par vengeance, ambition ou cruauté : il a simplement calculé que le facteur humain était devenu un obstacle à la réalisation optimale de son programme.


Cette scène me hante depuis longtemps car elle révèle ce qui se joue aujourd’hui, à chaque seconde, non seulement dans l’espace socio-économique mais dans le cœur et le système nerveux de chacun d’entre nous : ce duel (à mort) entre la logique de la machine et la logique du vivant.

 

Combien de fois par jour suis-je amené à vivre en tête-à-tête avec un programme, officiellement conçu pour m’offrir confort et liberté, mais dont je dois suivre à la lettre les instructions?

 

Il ne s’agit pas seulement de mon ordinateur, de mon smartphone, de ma voiture, du distributeur de billets, ou de la caisse auto-scanning du supermarché. Il ne s’agit pas seulement des rendements planifiés et exigés par mon employeur ou mon client, de ma feuille de route, de mes prestations contrôlées en temps réel.

 

Il s’agit aussi de moi-même, seul(e), face à mes propres programmes de production et de conformité, de moi-même, seul(e), face à mon propre manager intérieur, avide de résultats. Sachant parfaitement ces choses, pourquoi continuons-nous à les subir ?


 Au début des années ’60, le psychologue américain Stanley Milgram réalise ses fameuses expériences sur la soumission à l’autorité… Dans le cadre d’une expérience rémunérée, des sujets volontaires (monsieur et madame Tout-le-Monde), placés sous l’autorité d’un scientifique, se voient demander d’appliquer des décharges électriques à d’autres quidams tirés au sort, prétendument pour « vérifier leurs capacités d’apprentissage ».

 

Ces derniers sont en réalité des comédiens, mais les sujets l’ignorent et appliquent consciencieusement le programme d’apprentissage et de sanction, parfois jusqu’à envoyer des décharges mortelles dans le corps de leur vis-à-vis.

 

Après de nombreuses variantes et une analyse serrée des résultats (voir MIilgram, Soumission à l’autorité, Calmann Levy, rééd. 1994), Milgram conclut que le sujet, soumis à une tension intolérable entre ce que l’autorité demande et ce que sa conscience lui ordonne, est le plus souvent incapable de remettre en cause l’autorité.

 

Il entre plutôt dans un état second, nommé « état agentique », devenant le simple « agent exécutif » d’une volonté autre que la sienne. A ce stade, son attention fébrile est rivée au tableau de commande ou bien à l’examinateur. Les cris de souffrance de son « élève » ne sont plus identifiés ou considérés comme des données pertinentes.

 

S’il les perçoit, il n’y réagit plus. Seules comptent la poursuite de l’expérience dans les règles et la satisfaction gratifiante de l’Autorité. La psychologie ou la morale individuelles ne sont pas en cause: la situation a transformé l’individu, qui peut être très sympathique, plaisant, sensible dans une situation ordinaire.

 


Serait-ce cet « état agentique » qui est à la manœuvre en Grèce par exemple, où le pays est saigné à blanc au nom d’impératifs budgétaires intangibles, sous l’impulsion d’experts résolus, précipitant la population dans une misère et un désarroi croissants? En Grèce, mais aussi au coin de la rue, mais aussi sur son lieu de travail, ici, maintenant, partout ?

 

Est-ce l’état agentique qui commande à nos muscles et cordes vocales de se tenir tranquilles en toutes circonstances, même les plus écœurantes ? Si oui, la première révolution consiste à en prendre conscience, au lieu de se croire libre, parfaitement éveillé et maître de ses choix. Bien-sûr, l’Autorité n’a plus des bottes et un képi (quoique…).

 

Mais elle tient dans un graphique, dans une série de chiffres et se niche dans nos propres cerveaux transformés en disques durs. Dans 2001, Odyssée de l’Espace, l’astronaute survivant débranche le superordinateur. Dans l’expérience de Milgram, quelques rares participants refusent les injonctions et mettent un terme à l’expérience.

 

En 2011, à bord du vaisseau Spatial Terre, dans le grand laboratoire européen, rien de tel. Chacun est à son poste et applique le programme prévu. Et à toute vitesse, pour ne rien voir, ne rien penser, ne rien ressentir. S’arrêter ?

Par Christian Hivert - Publié dans : Autonomie - Communauté : les anti-capitalistes - Ecrire un commentaire
Vendredi 4 mai 2012 5 04 /05 /Mai /2012 16:11
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hicheur.jpg Adlène Hicheur condamné à cinq ans de prison, dont un avec sursis

Créé le 04-05-2012 à 16h01


PARIS (AP) —

 

L'ancien ingénieur du Centre européen pour la recherche nucléaire (CERN) Adlène Hicheur, jugé pour avoir évoqué des projets d'attentats par mail avec un membre supposé d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), a été condamné vendredi à cinq années de prison, dont un an avec sursis.

 


Son maintien en détention a été ordonné, mais il devrait être remis en liberté prochainement selon son avocat en comptant d'éventuelles remises de peine et le temps passé en détention provisoire.


Lors de son procès les 29 et 30 mars devant le tribunal correctionnel de Paris, six ans de prison avaient été requis à l'encontre du physicien. Il est reproché à Adlène Hicheur d'avoir échangé plus d'une trentaine de mails au premier semestre 2009 avec un membre supposé d'AQMI, Mustapha Debchi, dont l'identité et le statut réels suscitent les doutes de la défense.

 

Les deux hommes avaient notamment évoqué des projets d'attentat, Adlène Hicheur citant ainsi, dans un message, le 27e bataillon de chasseurs alpins d'Annecy, à Cran-Gevrier comme cible possible.


Dans son jugement, le tribunal estime "qu'Adlène Hicheur, en servant de relais et de soutien logistiques et médiatiques à diverses structures terroristes de la nébuleuse islamiste radicale, en participant à des discussions via des flux internet avec un membre d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (...) a commis le délit de participation à une association de malfaiteurs ayant pour but de préparer des actes de terrorisme".


Me Patrick Baudouin, l'avocat d'Adlène Hicheur, a trouvé cette "peine scandaleuse", "abusive" et a estimé que ce procès était "joué d'avance". "Ce jugement traduit un malaise du tribunal puisque le procureur avait requis six ans", a souligné l'avocat.

 

Selon Me Baudouin, "avec les remises de peine, M. Hicheur devrait sortir assez rapidement". Adlène Hicheur, 35 ans, est en détention provisoire depuis deux ans et demi.


Son conseil ne savait pas encore si le Franco-Algérien allait faire appel de cette décision. "Mon client sera certainement partagé entre la volonté d'obtenir justice, et puis aussi le manque d'illusion qu'il peut désormais avoir sur (la) justice" française.


Son frère, Halim Hicheur, a insisté sur le fait que le prévenu n'était "jamais allé dans des pays exotiques. Il n'a jamais cherché à se former, il n'a jamais cherché à acheter des armes. Il n'a aucun contact douteux. Il a tchatté sur Internet, et il est condamné aujourd'hui", a-t-il déclaré devant la presse.


"Comment est-ce que ça se fait que des personnes dangereuses, sous surveillance de la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), n'aient pas été inquiétées, et qu'elles aient pu commettre des tueries, comme ce qui s'est passé à Toulouse?", a-t-il lancé en référence à l'affaire Mohamed Merah. "C'est un scandale, c'est un Guantanamo français", selon lui.


A l'époque des faits, le prévenu, docteur en physique des particules détaché auprès du Centre européen pour la recherche nucléaire (CERN), était immobilisé chez lui à cause d'une hernie discale. Pendant son procès, il a expliqué qu'il était sous morphine et traversait "une zone de turbulences".

 

"Je comprends que certains des passages aient pu inquiéter", avait-il reconnu. AP

Par Christian Hivert - Publié dans : Autonomie - Communauté : les anti-capitalistes - Ecrire un commentaire
Lundi 30 avril 2012 1 30 /04 /Avr /2012 18:37
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à la niche Tous ces jeunes ados qui devant le miroir de la chambre parentale mettaient tout leur temps à travailler leur accoutrement le plus près possible du mode de vie supposé de leurs idoles punks ne pouvaient parvenir à la moindre authenticité si on les comparaient avec Mendes, Mendes était déchet, eux juste punks.

 

Mendes était vêtu tel un enfant de pauvre de favelas lointaine, il glissait loin des mondes de la vêture recherchée, loin des mondes des savoirs partagés, des mondes d'espoirs et de justice, de luttes et de victoires, chaleurs et convivialités. Une glissade semblant ne pouvoir arriver à son équilibre retrouvé.

 

Mendes feignait de trouver sa situation enviable et son état général normal, Arthur croyait cela, comment en être sûr, il n'aurait jamais accès à Mendes, Simon non plus, c'était trop tard, le môme avait quatorze ans, ses évolutions étaient garanties, il ne pourrait échapper à rien, les sociologues le savaient.

 

Simon ne se rendait pas compte. Aucun travailleur spécialisé dans les organismes ayant pu avoir Mendes en charge n'avait pu remettre en marche le cheminement de ses pas vers un projet cohérent de vie en société, Mendes était la plante envahissante de la friche de son enfance, pas domesticable.

 

Mendes feignait n'avoir ni peurs ni appréhension, pas d'angoisse non plus, son sourire se préparait toujours à l'hilarité exutoire, tout questionnement figé par la déferlante de pitreries, Arthur croyait cela, comment le savoir vraiment, Mendes était le mystère opiniâtre, la charade recroquevillée.

 

Simon saurait il déjouer les ponts levés et les murailles d'esquives désopilantes. Quel était son intérêt, quelles étaient ses intentions, il disait avoir été moniteur de colonies de vacances, il avait donc un diplôme et un savoir, mais un môme sauvage, un oublié de l'obligation scolaire, un mis au coin à perpétuité?

 

Alors Arthur mit ses possibilités de réflexion et d'interrogation en mode automatique, tira sur le pétard tendu par Simon, il pouvait se sentir une nouvelle importance, il aidait un mineur en fugue à s'en sortir, et puis il lui permettait d'être en sécurité plutôt que de vivre à la rue, pour le reste, plus tard.


"Bon, j'irais bien voir le père Arthur ce soir, comme ça on mets tout en route rapidement, tu crois qu'il lui faudra combien de temps pour avoir un rendez vous avec le juge" "Je n'en n'ai pas la moindre idée, mais comme il s'agit d'un mineur, ils devraient réagir rapidement, bon, ok, on fait  ça…"

 

"De toutes façons pour le collectif, tout le monde est ok, c'est juste histoire de présenter Mendes et de mettre les points sur les i, c'est les jeunes punks de l'après midi qui gueulaient…" "Mais qu'est ce qu'ils ont a dire ceux là, ils ont qu'à retourner chez leurs parents, ils nous font chier…"

 

"Heu, Simon, nous c'est pas comme ça que l'on a prévu de faire, o, écoute tout le monde et en suite chacun tiens compte de ce qui se dit au travers du domaine où il intervient, et les jeunes ados anars ou punks ont leur mot à dire chez nous, ça leur fait comme une formation, une mise en pratique."

 

"Pratique de quoi, tu les as pas vus, toute la journée ils gesticulent sans rien branler si ce n'est de se défoncer, ça va bien qu'ils ont papa maman derrière eux sinon ils seraient comme les clochards du squat à Mendes, qu'ils aillent trouver un boulot s'ils se font chier, j'en ai rien à foutre de leur tronche."

 

"Euh, attends, attends, on ne fait pas des choses rien qu'avec eux, ont fait plein d'autres trucs avec des adultes, des comités de lutte, mais eux ils sont encore ados, ils sont en formation, ils n'ont pas encore choisi vraiment, ils se confrontent, personne ne sait ce qu'ils vont devenir, ils veulent du nouveau."

 

"Du nouveau, mais vous voulez tous la même chose, votre révolution là, mais vous faites jamais rien, que des réunions, vous passez votre temps à vous engueuler, putain avec l'espace que vous avez, vous pourriez vous faire de la tunes." "Non, alors là non, c'est très important pour nous, le non-marchand."

 

"Mais vous êtes cons, sans tunes vous pourrez jamais rien faire, c'est débile votre truc, vous vous ferez toujours avoir, y en aura toujours un parmi vous qui se fera du blé sur votre dos." "Ce n'est pas notre objectif, on veut fonctionner de manière différente, on pense que c'est possible."


"On veux essayer de fonctionner autrement que dans la concurrence permanente que nous propose la société dominante, sans chefs, sans domination, nous ne voulons pas créer un autre ou un nouveau pouvoir, nous ne voulons plus d'aucun pouvoir, que chacun soit son maitre et libre."

 

"Oui, bon ben toi tu me sembles sincère, mais tous les autres ils ne viennent que pour s'amuser et se défoncer, ils ne respectent même pas l'endroit, j'en ai vu qui pissaient dans la cage de l'ascenseur, ou dans les couloirs du squat, vous ne pouvez rien construire, vous errez d'un squat à l'autre."

 

"Euh non, errer c’est quand tu sais pas quoi faire, que t’es perdu, que t’arrives pas à t’en sortir... tu vois ! Le clochard de 50 ans plein d’alcool qui veut plus rien... Je ne me suis jamais considéré comme ça ! Moi j’ai choisi de quitter mon hôtel pour ne plus payer de loyer à un propriétaire, c'est une lutte."

 

"Boah, vous allez vous faire expulser et personne ne se souviendra de vous, vous ne pouvez rien faire durer." "Ouais bon, peut-être que tu as raison, mais moi quand j'essaye quelque chose je vais jusqu'au bout, en tout cas maintenant cela nous est utile pour héberger Mendes, alors on en profite."

 

Arthur concevait bien les contradictions de principes et de valeurs, mais pour lui il y avait une grande clarté, c'était dans le domaine de la logique, les faibles doivent s'organiser entre eux pour construire des forces d'opposition aux injustices, les bâtiments ne valaient rien en eux même.

 

Tout dépendait de l'utilisation que l'on en faisait, certains bâtiments étaient occupés par des artistes dans Paris et avaient moins d'ennuis, ce qui se développait là était moins revendicatif, gênait moins. A l'U.S.I.N.E. toutes les valeurs tenues pour garanties par la société dominante étaient foulées aux pieds.

 

Il était bien difficile de faire un tri, il était des valeurs du monde ordinaire qui ne semblaient pas être jetées aux orties si vite, la solidarité entre les membres du collectif, le respect de chaque point de vue, le sentiment de justice partagée, et beaucoup d'autres points faisant débat permanent.

Par Christian Hivert - Publié dans : Les chevaliers ivres : II Destin majeur - Communauté : les anti-capitalistes - Ecrire un commentaire
Lundi 30 avril 2012 1 30 /04 /Avr /2012 16:36
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guantanamo_prisonnier.jpg Non au délit de "pré-terrorisme"

LE MONDE | 30.04.2012 à 14h07

Par Jean-Pierre Lees, Mathieu Burnel, Halim Hicheur, Rabah Bouguerrouma

 
Si nul ne peut croire sérieusement que le 6 mai 2012 puisse altérer quoi que ce soit au cours de nos existences, il n'en va pas de même du 4 mai prochain, date du verdict dans le procès d'Adlène Hicheur. Ce jour-là, nous saurons enfin si le simple fait d'écrire sur des forums virtuels des propos peu amènes pour l'Occident constitue un acte de terrorisme passible de plusieurs années de prison. Ce jour-là, l'autorité judiciaire déterminera enfin si l'on a ou non le droit de considérer que le déploiement des armées occidentales en Irak et en Afghanistan est un acte de guerre, voire un acte d'invasion, et non une simple opération de police menée pour le bien de l'humanité dans une extension récente du territoire américain. Et si une telle opinion constitue en soi l'expression caractérisée de sympathies "prodjihadistes".

Si la juge Rebeyrotte devait condamner Adlène (même à une peine qui se limite à couvrir les deux ans et demi de préventive qui viennent de lui briser le corps), il conviendra d'en tirer toutes les conséquences. On aura alors à coeur d'interdire tous les blogs anarchisants qui appellent à pendre les patrons, voire à bouffer les riches, tous les groupuscules marxistes qui défendaient la "résistance irakienne" contre l'"agression impérialiste US", tous les propalestiniens qui soutiennent ceux qui luttent contre l'"occupant sioniste" ou, dans un autre registre, tous les xénophobes qui appellent sans rire à égorger des Arabes le jour de l'Aïd, comme tous les satanistes en herbe qui étalent une volonté farouche de brûler une à une les églises de notre pays. Avec un peu de persévérance, on se rendra bientôt compte que les forums virtuels les plus anodins sont remplis d'intentions criminelles impunies.


On nous dira que le cas d'Adlène est tout de même singulier, qu'on ne peut étendre qu'abusivement sa situation au reste de la population. Certes, Adlène est d'origine algérienne. Son père figurait déjà sur les fichiers antiterroristes français, apparemment pour avoir fait un pèlerinage à La Mecque. Pour aggraver son cas, Adlène, comme tant d'autres de sa cité, a préféré collectionner les diplômes plutôt que les peines de prison. Il est passé par Normale-Sup Lyon, était chercheur en physique fondamentale au CERN (l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire). Voilà qui est peu pardonnable. Ainsi qu'ont pu le constater tous ceux qui ont assisté à son procès, c'est un esprit méthodique, qui sait choisir ses mots, développer une pensée sans se laisser dominer par tel ou tel chantage émotionnel.

On peut épiloguer tant qu'on veut sur le caractère d'"exception" de la justice antiterroriste, sur le renversement des principes mêmes du droit qu'elle contient ; on n'a rien dit tant que l'on n'a pas élucidé la nature de sa cohérence, qui, tout en s'inscrivant dans le champ du droit, le déborde de toutes parts. Cette cohérence est celle de l'actuelle gestion socialisée des affects.


Le terrorisme est le premier crime défini par la nature affective de ses conséquences, le premier crime affectif de l'Histoire. C'est pourquoi on peine tant à le définir juridiquement. Le terroriste, l'acte terroriste, le groupe terroriste, se définissent par ceci qu'ils font peur, qu'ils répandent, dit-on, l'affect de terreur. Et la justice antiterroriste est féroce, comme l'est la police antiterroriste, parce que la peur rend féroce.


Ne soyons pas dupes : rien n'est plus exploitable et malléable que le sentiment de peur, et c'est en cela que la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) est une police éminemment politique. Le hic, bien évidemment, c'est que toute la terreur associée à tel ou tel fait, qu'il ait eu lieu au café Terminus ou à Toulouse, c'est l'appareil gouvernemental qui la produit en exploitant le fait à dessein, et non son auteur. Claude Guéant n'aura pas ménagé ses efforts et Nicolas Sarkozy ses effets pour répandre, et ce jusque dans les écoles primaires, l'effroi lié aux assassinats de Toulouse. Les histoires de terroristes sont les contes cruels, pleins de barbus, de bombes et de sabres, dont on berce le sommeil agité des solitudes démocratiques. Tout souci de vraisemblance y est superflu. On peut rafler des musulmans pour le spectacle à la veille de l'élection présidentielle ; et le refaire une semaine plus tard, pour les libérer tous.


Dans le cas d'Adlène, on se souviendra du directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, se vantant sur France Info d'avoir arrêté in extremis "un individu autoradicalisé qui s'apprêtait à déposer une bombe dans un régiment de chasseurs alpins". Bizarrement, lors de son procès, les journalistes, les amis et les soutiens d'Adlène purent constater que, comme par magie, cette "bombe-à-deux-doigts-d'exploser" avait disparu des débats. Comme il fallait bien parler de quelque chose, c'est-à-dire consacrer le flair et le sérieux sans pareil de la DCRI, on s'acharna à démontrer que le contenu de quelques mails d'Adlène était si terrifiant que cela méritait bien six années de prison. Quelle importance, l'image était déjà dans la boîte, c'est-à-dire dans les têtes.


Nous nous trouvons, avec le procès d'Adlène, à la croisée des chemins. Soit la justice valide la doctrine insensée du décèlement précoce, du "pré-terrorisme", et se lance dans la neutralisation préventive de tous les "individus autoradicalisés", par nature indétectables, qui courent les rues et les forums. Ce qui signifie : basculer dans la psychose sous l'impératif inaccessible de prévoir l'imprévisible, affranchir la surveillance policière de tout prétexte, de toute limite. Soit la justice antiterroriste acquitte Adlène, et renonce donc à confisquer une nouvelle fois ce qu'elle prétend protéger : la liberté. A vous de juger, il n'y va après tout, dans cette affaire, que de ce simple détail.



Jean-Pierre Lees, physicien, directeur de recherche au CNRS
Mathieu Burnel, mis en examen dans l'affaire de Tarnac
Halim Hicheur, frère d'Adlène Hicheur
Rabah Bouguerrouma, porte-parole du Collectif viennois de soutien à Adlène Hicheur

Jean-Pierre Lees, Mathieu Burnel, Halim Hicheur, Rabah Bouguerrouma

Par Christian Hivert - Publié dans : Autonomie - Communauté : les anti-capitalistes - Ecrire un commentaire

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