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Publié par Christian Hivert

Fernand (de l'Huma) Nouvet (du Robert)
Fernand (de l'Huma) Nouvet (du Robert)

Sur Montray Kreyol

 

Les tablées conviviales et festives nous rassemblaient et, au milieu de nos fous rires, nous explorions nos différences et nos ressemblances, nos indignations étaient similaires. Un de mes amis d’enfance — la mienne puisqu’il avait 20 ans de plus que moi en 1973 et déjà remisé sa carrière de chanteur — Pierre Selos — qui m’a permis de passer le pont difficile de mes douze ans coutumiers du Pont Mirabeau à Paris : regarder couler la Seine, se demander si on mourait vite après avoir sauté, si l’eau était froide et comment faire pour sauter sans en être empêché ou pire, repêché — me disait que la famille de naissance pouvait être très décevante ou asphyxiante mais on pouvait s’en défaire et se choisir sa famille de cœur ; je choisissais de plus en plus Fernand comme frère, ayant renié le mien, violement harceleur, depuis bien longtemps.

Nous avions des similarités bien étranges, lui aussi avait eu un frère asphyxiant à son corps défendant puisqu’il était mort d’une grenade de garde mobile prise en pleine tête lors des échauffourées et de la féroce répression liée à la venue de Messmer en Martinique le 13 Mai 1971 ; Gérard Nouvet était un lycéen brillant et non engagé, du témoignage de Fernand il ne se rendait même pas à la manifestation et ne participait pas non plus aux courses poursuites entre jeunes et policiers dans les rues de Fort de France, il sortait avec une permission du lycée Schœlcher, ses cours en bandoulière, et suivait ses amis pour aller au Sénat, rue de la République, là où les jeunes ont l’habitude de se rencontrer, lieu d’attraction où l’escalator « dernier cri » du nouveau grand magasin Le Prisunic-ville attirait les groupes.

Une explosion de grenade à tir tendu plus tard, Gérard gisait au sol la tête en sang et murmura selon le témoignage de Henri Melon, professeur : « Nou té là, nou pa menm dit çé missié a ayen » ; Gérard mourut à l’hôpital… Le tir meurtrier ayant été commis par un garde mobile, l’injustice républicaine se défausse sur le tribunal militaire qui ne statuera jamais. Le 22 mai 1972, lors de la commémoration de l’abolition de l’esclavage, Aimé Césaire, maire de Fort-de-France (Parti Progressiste Martiniquais), évoque le lycéen, symbole de « la jeunesse martyre, victime des exactions colonialistes ». Il annonce la décision de donner à une rue le nom de Gérard Nouvet, puis un centre culturel toujours existant.

Si nos deux frères ne nous avaient pas devancés en âge, en fait nous ne nous serions sans doute pas rencontrés : Fernand porta toute sa vie le poids de ce frère assassiné par l’État et auquel il lui était lourdement sommé de ressembler voir de suppléer, encore de surpasser. Son père : « Ah mais bien sûr tu n’es pas Gérard, si Gérard était en vie, mais tu ne sauras donc jamais faire aussi bien que Gérard », et Fernand, mon aîné, grandissait dans l’asphyxie d’une fureur et du sentiment d’une injustice non réparable, tandis  que moi à des milliers de kilomètres de là je grandissais dans l’injustice de la fureur d ‘un frère teigneux, jaloux et bien vivant dont j’eus beaucoup de mal à me défaire.

Nous étions à la fin de l’année 1984, et il nous arrivait bien de parler d’Orwell et de littératures, de toutes les littératures. Fernand collectionnait les livres. Coursier à l’Huma, il ambitionnait de monter les étages du siège du journal de Jaurès — en ce temps Bd Poissonnière face au grand Rex (cinéma célèbre) — pour autre chose que de se charger d’une course ; tandis qu’avec mes camarades de l’autonomie parisienne je m’efforçais de squatter divers petits lieux, repères d’assemblées subversives et contestataires. Ce fut dans le même moment que nous ouvrîmes l’un et l’autre un bar sauvage : Fernand squatta les escaliers du journal face aux ascenseurs, non loin de l’angle du récepteur de dépêches de l’AFP qu’il avait la charge de trier et répercuter aux différents rédacteurs, ce fut le « Chope Club », il y fut question, en dehors des sujets d’actualité, de bières, Fernand aimait la Jenlain et les trappistes ; mon bar aux « Vignoles » vieille rue pauvre bordée de venelles taudiesques et squattées, agita tous les désœuvrés des impasses du quartier Réunion et s’appela « PROjet GRands ESpaces : PRO.GR.ES », nous y causions de divers sujets mais de bières également : nous avions un tarif extrêmement préférentiel par  « Bootlegger » dans le 14ème, grand spécialiste et grossiste en bières du monde entier, au milieu des fameux squats de la rue de l’Ouest de l’époque.

Fernand adorait les contes créoles, Rue Case-Nègres était son film culte, Orféu Négro un chef d’œuvre jamais égalé, il m’avait fait connaître Frantz Fanon en me prêtant « Peaux noires et masques blancs » qu’il ne fallait pas que j’aille perdre « dans tes squats de punks ». Lorsque je l’ai rencontré, la première fois, il venait d’emménager dans son Hlm de la cité Jean Moulin à Montreuil, et ses nombreuses lectures — perles précieuses à ses yeux — gisaient dans des cartons mal  refermés : il amenait souvent des épreuves et remportait de nouvelles publications des Éditions Sociales non loin de l’Huma, des livres lui étaient offerts. Un jour, au volant de sa 304, avec vitesses au volant, nous avisons un bon stock de planchettes prêtes à être jetées, on demande, on nous donne, bon mais comment les fait on tenir pour en faire des étagères pour pas cher, sa paie n‘était pas grosse, j’avise un tas de briques rouges un peu abimées vendues un franc pièce, je fais vite le calcul, il en faut quarante, le break résiste à la charge ; deux heures plus tard nous calons les planchettes avec les briques d’un mur à l’autre de l’appartement, et commençons à ranger ses trésors : « Espèce de bourgeois et ça se dit coco avec sa bibliothèque princière à quarante briques ».

« Quand j’étais chez moi, sur mon île, ma perle du pacifique, j’étais un fou furieux, j’étais en colère, mais une colère tu ne peux pas savoir, un jour ma moto qui me servait à traverser l’île et à faire un peu le con — mon père me bassinait trop avec les résultats scolaires, jamais je n’avais le droit de me croire à la hauteur, un fantôme y trônait — cette moto ne voulait plus démarrer, je n’ai même pas essayé de comprendre, je l’ai soulevée au dessus de ma tête et je l’ai jetée dans le ravin, et ils sont profonds là-bas, j’ai une mitraillette dans la tête, », j’acquiesçais, j’en avais une moi-aussi… « alors j’ai commencé à faire du karaté, je suis ceinture noire, je passe les Dan, », j’avais fait du judo à un niveau moindre… « mais ce qui me calme le plus c’est de faire du théâtre, tu sors de toi un moment, j’ai joué Othello, un rôle pour un noir habituellement joué par un blanc passé au cirage, va falloir attendre encore pour que la palette des rôles de nègres s’étoffe un peu, mais Shakespeare m’inspire, on m’a trouvé très bon, c’est un petit cours de théâtre rue Montorgueil, il y a une sacrée ambiance. » Fernand était un bon vivant et on peut être sûr que où il se trouvait personne ne s’endormait.

« Tu sais quand j'habitais dans le squat à côté du foyer de jeunes travailleurs de la rue de Tlemcen, je connaissais Momo le frère de tes deux amoureuses, Nora et Kahina, avec ses jeans volés et ses combines, je venais d'arriver en direct de la Martinique, je me sentais seul, j'étais toujours dans les bouquins au squat. Les gars ils étaient toujours à monter un coup, moi, on savait que je n'étais pas doué, c'est tout juste si on me demandait de faire le pet, et là c'est les jeunes communistes qui sont venus me parler en premier, dans la rue, je partageais leur avis, et ça m'a fait un bien fou, j'ai pris ma carte. Depuis je travaille à l'Huma, c'est ma manière de militer à l'intérieur du parti, les choses changent, l’Huma peut redevenir un grand journal comme du temps de Jaurès en ouvrant ses colonnes à toutes les tendances jusqu’aux anars, on me paye une formation continue pour devenir secrétaire de rédac, on ne peut être partout,  je suis avec vous bien sûr, je souhaite que vous réussissiez ! »

Pour l'heure cela faisait bien trois mois — tout l’hiver, et Février était glacial — que notre projet grands espaces — un lieu d’agitation culturelle et politique en espace occupé — ne prenait pas forme faute d'avoir encore le lieu idéal pour l'abriter. Je venais de passer la nuit avec notre pote commun Régis et Fernand à écrire à trois dans le petit Hlm de Montreuil. À chacun son tour devant l’antique et véritable Remington, avec un rouleau continu de papier de récepteur de dépêches en trois épaisseurs stencils, ainsi qu’il se doit en clin d’œil à Kerouac, un petit verre d’alcool à la vipère — la vipère est entrée dans la bouteille et recouverte de gnôle de pays, dans ses convulsions elle crache son venin dans la bouteille et on l’y laisse, elle ne peut pas se décomposer, on remplit à chaque fois qu’elle se découvre — une cigarette de cannabis, le clin d’œil doit être juste dans le détail, et la nuit durant le cadavre exquis se déroula : « bon c’est mon tour, on avait dit pas plus d’une phrase… ».

Je les avais laissé se réveiller, il fallait que je trouve, je quittais la cité Jean Moulin et filais dans les rues serpentantes de Montreuil-sous-bois, désertes et maladives. Il faisait une caillante à couper les doigts vifs et j’étais mal fagoté, me recroquevillant dans ma veste de paletot décousue comme un escargot dans sa coquille. Je décidais d'y passer la journée s'il le fallait mais de trouver le lieu avant la réunion du soir. Les troupes du début s'amenuisaient et ne résistaient pas à l'attente. Il fallait maintenant absolument agir très vite avant qu'ils ne soient lassés par des recherches toujours infructueuses, par leurs déplacements nocturnes en nombre devant des ruines. Et c'était bien le choix du lieu qui posait problème. Mais avoir un toit au dessus de soi, promouvoir des activités. Et plus, c'était bien de cela qu'il s'agissait : ne plus payer de loyer, ne plus aller perdre sa vie à la gagner, renverser l'ordre du monde, constituer les forces de réserve d'une humanité libérée peu à peu de ses chaînes, de ses massacres et de la domination de peu sur tous, s’extraire de la production, la choisir ! Filant vite dans les ruelles industrielles du Bas Montreuil, je levais les yeux vers les baies vitrées, les rideaux de fer, les lourdes fenêtres ou les portes cochères, guettant patiemment le moindre signe d'un abandon entretenu.

Des lieux vides  et en bon état, spacieux et correctement éclairés, le bijou quoi. Tout ce que je voyais au gré des rues arpentées ressemblait à une vaste friche industrielle entrecoupée de pavillons modestes et de petits immeubles pauvres. Quelques terrains vagues indiquaient le chemin aux bulldozers. La rénovation ne tarderait pas, quelques années, le temps d’une restructuration industrielle. Des centaines de mètres de locaux désaffectés très dégradés, portes ouvertes aux quatre vents. Une vraie rue fantôme à cinquante mètres du métro et deux cent du supermarché. Et d’un coup je sus que j’avais trouvé, c'était là, le numéro 15 de la rue Kléber, l’immeuble paraissait propre. J’entamais la discussion sur les rues fantômes trouvées aux alentours, dans un petit bar voisin. J’eus bientôt plus de renseignements qu'il n’était possible de noter sans attirer l'éveil. Tout concordait, les lieux étaient vacants depuis plus d'un an. Je notais les coordonnées du propriétaire. Le lieu était compact, fermé, facile à défendre contre vigiles, fachos, flics, propriétaires en colère.

Une petite et discrète escalade par l’arrière et une porte de derrière béante me permit d’explorer l’endroit. L'ancien dépôt de vente de meubles était désaffecté depuis deux ans. L'électricité était en bon état. Au Premier étage des sanitaires et des douches propres nous attendaient, suivis de deux immenses pièces de cent mètres carrés. La plomberie était saine. Au deuxième étage des ateliers potentiels superbement éclairés étaient desservis par un monte-charge descendant aux caves de la même surface. C'était cela, j’avais trouvé. Il ne fallait plus perdre de temps. Je voyais déjà un bar sauvage au rez-de-chaussée près de la petite porte d'entrée. La clé était au sol. Je m’en saisis comme d’un joyau et l'essayai tout de suite. C'était la bonne, l’extase. Derrière moi un garage donnant sur la rue avec un quai de déchargement. Je ressortis  par la porte de la rue, refermai la porte et m'en fus la clé de la future USINE (Utilisation Subversive des Intérêts Nuisibles aux Espaces) de Montreuil dans la poche. J’étais léger.

Un quart d'heure plus tard, muni des croissants adéquats, je sirotais un café chez Fernand et Régis vasouillait en plein réveil. Un pétard au bec Fernand était sceptique et amusé par mon exaltation.

N'oublie pas les nerfs de bœufs au petit matin, petit malin comme à Bagnolet.

Non, Fernand, là c'est beaucoup plus grand que Bagnolet, et nous sommes plus nombreux, c'est géant ! C'est une usine en bon état, huit cent mètres carrés minimum !

Ho là là ! Tu me fais rêver !  Ce n'est pas possible, c'est trop beau ! Si vous y arrivez, c'est génial ! Je n'y crois pas, c'est un conte de fée, vous n'avez pas la baguette magique, elle est où ta baguette magique ?

La force c'est le nombre, ils ne t'ont pas appris cela les camarades de l'Huma !

Laisses tomber mes camarades de l'Huma, occupe toi des tiens, tu verras bien !

Et toi ça ne t'intéresserait pas de participer à ce coup là ?

Non, tu ne vas pas m'embarquer dans un truc qui n'existe pas encore ! Ce que vous faites mes frère Marc et Daniel qui s’installent dans la banane au Robert, eux ils le font au niveau foncier, ils occupent des terres du béké et négocient avec la SAFER pour avoir le droit de s’y installer, alors dans la famille on a donné, ils me représentent… il éclatait d’un rire tonitruant. Quand vous aurez pris le pouvoir, je veux bien vous éclairer de mes conseils, ministre à vie pas moins, tu connais nos pratiques, non ? En plus les camarades du Parti, ils n'arrêtent pas de me tanner pour que j'anime la cellule de la cité. S'ils croient que j'ai le temps, mon travail militant je le fais déjà à l'Huma, ça suffit, après il faut que j'ai du temps pour moi, pour écrire, pour être chez moi, tranquille, l'Autonomie est partout.

On pourra venir taper notre tract d’ouverture sur ton ordinateur ? (Il venait d’acquérir un des tout premiers ordinateurs personnels avec disquettes et imprimante.)

Bien sûr, je vous en ferai 500 copies sur la copieuse de l’Huma, c’est pas de la littérature qui plait au Parti, votre prose, mais mon chef de service n’est pas toujours là ! (Cette générosité et cette ouverture d’esprit furent une constante de sa vie, la jovialité festive en plus.)

Tu passeras nous voir ?

Il passa souvent, et je faisais souvent le chemin inverse, nous nous sommes toujours suivis ; parfois les aléas nous séparaient : une fois il avait tenté le grand retour tant espéré dans l’île, quelques mois plus tard il revenait, et nous nous retrouvions comme si c’était juste le lendemain. En 1992, quand on lui demanda de choisir un secrétaire de rédaction dont la formation serait prise en charge, il était rédacteur, il me choisit moi, mais je préparais un voyage d’un an en Chine avec ma femme. Je rencontrais ses deux sœurs, Lise et Lisette, et ses trois frères, Marc, Daniel, Claude, et son papa, réconcilié, et sa maman si fine et si douce, lors de leurs passages en « métro ». À notre retour de Chine en 1995, nous nous revîmes souvent, nous étions devenus locataires ; les ti-punchs aidant, nous étions fort joyeux, et puis il y eut ce coup de fil un matin : « Bonjour, j’ai eu votre numéro de téléphone après avoir vu votre nom sur l’Huma, êtes vous Fernand Nouvet de la commune du Robert ? — Oui… — Je suis Jamila… » ; je refermais la porte derrière moi sans la claquer : un amour d’adolescence, un premier amour, un seul amour, tout le reste n’était qu’aventures sans surlendemain.

Des années plus tard c’était encore le lendemain, j’étais parti de Paris depuis 15 ans et j’y avais un rendez vous, Fernand avait dû finir de retaper son petit pavillon à Drancy, je profitais pour passer le voir, c’était en Juillet de l’année de son trépas — merveilleuse après midi avec sa femme Jamila, les deux filles, Vanessa (d’un premier mari) et Elsa (d’une première compagne, dont j’avais vu grandir l’espièglerie à Montreuil 20 ans plus tôt) et ses amis —, il était fatigué mais optimiste, le crabe semblait se retirer. Lorsqu’il me mit sur le chemin du RER, il me raconta comment il dut récupérer Elsa au commissariat de Bobigny : lors d’une fièvre étudiante, sporadique en « métro », elle était montée sur les toits de son université et avait lancé avec ses camarades rebelles quelques petites choses sur les forces de l’ordre venues les délogés ; en éclatant de rire, Fernand me confia sa fierté, les policiers lui avaient dit « mais monsieur c’est vous qu’il faudrait enfermer si vous servez comme cela de modèle à votre fille ! ». Nous nous embrassâmes pour la dernière fois au bout de la rue des Cerisiers, il était fier de sa fille…

Il écrivit un article au souvenir de la grève des ouvriers agricoles martiniquais de 1974, sous la forme d'une évocation qui suit le texte de la chanson de Kolo Barst « Févriyé 74 », accompagnée de sa traduction, le 19 août 2013 dans L'Humanité où vaille que vaille il tentait après chaque chimio d’y aller faire son travail. Ses amis, collègues et supérieurs en ont témoigné en plusieurs articles retraçant son parcours : après avoir suivi une formation continue il était devenu secrétaire de rédaction, puis rédacteur et journaliste, tout cela a été raconté, est consultable sur les archives en ligne de l’Humanité.

« À force de vouloir faire entrer des petits coins de bois dans le cul des nèg, à force ils se rebiffent, et cric, et crac… »

Deux mois plus tard je téléphone aux nouvelles : il est hospitalisé de nouveau ; je l’appelle et lui parle, quelques heures avant qu’il ne lâche l’affaire, le 2 novembre de la même année. Aucune tristesse n’est nécessaire ni utile, aucun chagrin, un soupçon de pleur à son évocation parfois, et mes meilleurs souvenirs, rendant foi même à l’espoir. Trempons nos doigts pour écraser le citron au fond du verre et versons le rhum, à toi Fernand…

Alors voilà, invité sur Montray Kreyol, ce dont je ne doute pas que Fernand (journaliste à l’Huma) Nouvet (du Robert) m’eut félicité, lui qui m’a ouvert ses horizons littéraires et fait connaître sa famille et son île, je voulais un jour dire ce qui n’avait pas été dit, je devais lui rendre hommage sur mon premier papier de bloc-notes après ma présentation, un frère sert à cela.

Christian Hivert Le Libones  le 7-07-2017

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Zephyr 29/09/2017 15:05

Salut christian, je suis tombé sur ton site 0621481785 appel moi à bientot