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Publié par Christian Hivert

Merde aux barons de l'apartheid…

France. Les explications de Wiam, la prof d'anglais qui a défié Alain Finkielkraut

dimanche 24 janvier 2016

Jeudi 21 janvier. Il est un peu plus de 21h30. Alain Finkielkraut et Daniel Cohn-Bendit sont invités, comme trop souvent (on ne voit qu'eux), à débattre de l'avenir de la France sur le plateau de "Des paroles et des actes" sur France 2. L'émission est en direct. Ça frite un peu entre les deux, mais on sent bien que ce sont de vieux amis. On se tutoie, on s'appelle Alain, Daniel... David Pujadas, qui anime l'émission donne la parole à Wiam Berhouma. Personne ne s'attend à une telle intervention de la part de cette professeure d'anglais de 26 ans qui travaille dans un collège de Noisy-le-Sec (93).

Dix minutes où elle s'adresse avec panache uniquement à Alain Finkielkraut, lui reprochant ses différentes déclarations sur l'Islam et les musulmans. « Je souhaite dénoncer les actes racistes envers les musulmans, l'islamophobie, les discriminations, explique ce soir-là, Wiam Berhouma. Ces attaques sont nourries, alimentées et encouragées par des discours politiques, par des pseudo-intellectuels qui en parlent et en font des analyses et par des médias qui traitent l'information de manière totalement biaisée de sorte de faire du musulman l'ennemi de l'intérieur ».

Ajoutant : « Là où votre rôle d'intellectuel était d'éclairer les débats, vous avez au contraire, obscurci nos pensées, nos esprits avec tout un tas de théories vaseuses et très approximatives, je tiens à le dire ». Avant de conclure : « Vous vous êtes permis, vous vous êtes octroyé le droit de parler de l'Islam, des musulmans, des quartiers populaires alors que vous n'en avez ni les compétences ni la légitimité ».

Embarrassé, David Pujadas mettra un terme à cette discussion. Sans doute regretta- t-il, alors, de ne pas avoir invité Hassan Chalghoumi (l'imam de Drancy ) à la place de Wiam Berhouma. L'histoire aurait pu s'arrêter là. Mais très vite la fachosphère se réveille : insultes en tout genre, attaques, propos misogynes... Puis quelques médias prennent le relais, reprochant à l'enseignante son absence de neutralité.

David Pujadas avait précisé au préalable que Wiam Berhouma n'était affiliée à aucun parti et avait simplement participé à une "liste citoyenne" aux dernières élections. Mais pour quelques médias, dont Marianne, Wiam Berhouma aurait menti : pour eux, elle serait liée au Parti des Indigènes de la République. Le PIR qui se présente comme "un mouvement autonome antiraciste, décolonial et qui lutte contre l'impérialisme et le sionisme".

Wiam Berhouma a voulu rétablir la vérité.

LCDL : Êtes-vous proche du Parti des Indigènes de la République (PIR) ?

Wiam Berhouma: Non. Si c'était le cas, je l'aurai dit.

Le magazine Marianne vous reproche d'avoir participé à la Marche des femmes pour la Dignité (MAFED), le 31 octobre dernier, où le Parti des Indigènes de la République (PIR) était également présent.

Oui, j'ai participé à la Marche... comme des milliers d'autres citoyens. Comme certains élus de gauche aussi, comme ceux du Front de gauche ou d'Europe Écologie les Verts. Donc, si on suit le raisonnement de Marianne, eux aussi sont proches du PIR ? C'est ridicule.
Je croyais qu'être journaliste, c'était vérifier l'information. Croiser ses sources. Ils auraient pu au moins m'appeler.

Vous attendiez-vous à un tel buzz ?

Je me doutais bien qu'on relèverait certaines choses mais je pensais que ce serait sur le contenu, pas sur la forme ni sur des liens fantasmées avec telle ou telle organisation. Surtout, je ne m'attendais pas à un tel niveau de haine. Les insultes que j'ai reçues prouvent juste à quel point le climat est délétère dans notre pays. J'ai revu mon intervention. Mes propos ne sont pas extrêmes pourtant.

Certains vous ont aussi encouragée...

Oui, énormément. Beaucoup m'ont dit que ça changeait de ce qu'ils avaient l'habitude d'entendre. On donne souvent la parole à des gens qui caricaturent les musulmans.

Vous enseignez à Noisy-le-Sec. Quelle a été la réaction dans votre collège ?

J'en saurai plus lundi je pense. Je n'ai eu que trois heures de cours vendredi, et je n'ai vu quasiment personne. Certains élèves m'ont félicitée et j'ai eu quelques emails positifs, émanant de certains de mes collègues.

Si c'était à refaire ?

Je n'hésiterais pas une seconde. Les polémiques ont estompé mon propos, mais c'est pour ça que je suis intervenue. Comme beaucoup de citoyens français de confession musulmane, j'en ai juste assez que notre parole soit confisquée. Que ce soit toujours les mêmes qui parlent à notre place et que l'on soit constamment des objets de discours. Et je voulais rappeler le rôle des médias dans le climat délétère que subit notre pays. C'est quand même incroyable qu'une intervention de 8 min, la mienne, ait davantage fait parler que les deux heures qui étaient données à Finkielkraut...

Propos recueillis par Nadir Dendoune

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