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Publié par Christian Hivert

Un poilu de 14 raconte… (2)

A mes neveux et nièces Jean et Jeanne Marie et à leurs enfants Christian et Dominique en témoignage de la grande affection que j’ai pour eux. Gaston Hivert le 21 Décembre 1969

—Baptème du feu —

Puis nous reprenons notre route en colonne de compagnie (c’était le samedi 22 Août 1914) nous passons un pont de chemin de fer avant d’entrer dans un village appelé Signeules ; à gauche de Virton.

Les Belges nous reçurent à bras ouverts, bourrant nos musettes, de provisions tabac etc et nous disent, les boches ne sont pas loin, car des patrouilles de « uhlans » sont passées cette nuit dans le patelin… Après une petite pause, par un brouillard « à couper au couteau »nous sortons de ce village, toujours en colonne de compagnie et l’arme à la bretelle. Quand soudain, un crépitement intense de coups de fusil se fait entendre sur notre gauche et les balles sifflent à nos oreilles. Les gradés surpris nous crient : Approvisionnez ! En tirailleurs ! Dans le fossé ! Feu à volonté ! ! ! Un copain reçoit à mes côtés, une balle qui lui traverse la joue, et de sa main, tenait la partie pendante sanguinolente, c’était ma première vision d’un blessé. Il fut dirigé avec d’autres blessés vers l’Eglise du pays, que nous venions de quitter. Et nous, nous continuions à tirer dans le brouillard, en direction d’où venaient les coups de feu. Ces compagnies s’étaient infiltrées les unes devant les autres, on se tirait dessus mutuellement et vers 11 heures nous commencions à battre en retraite… Nous avons rencontré vers midi l’artillerie qui prenait position pour nous soutenir. Le brouillard étant tombé, leurs batteries étaient à peine en place, qu’elles sautaient comme des souches dans leurs caissons ? C’était vraiment le sauve qui peut ! Les allemands étaient bien supérieurs en nombre et en matériel !

—Retraite de Charleroi —

Après des heures de marche forcée, nous nous arrêtons le soir, dans des fossés au bord d’une route. Bilan :A ma compagnie sur 270 hommes, nous nous retrouvons le soir à 45, commandés par un sergent, les autres étaient tués, blessés, ou prisonniers, (d’où la légende du 4e d »débineur ») et pour cause, sur un effectif de 4000 hommes nous n’étions plus que 1200. Nous avons appris plus tard que nous faisions parti de la fameuse bataille et retraite de Charleroi. Nous avons vu sur la route de Longwy à Longuyon, notre Général du 5e corps, compulsant sa carte d’état major, le Général B…, baissant la tête entendant les murmures et même des protestations des déchets des troupes qui passaient à ses côtés. Il fut limogés et remplacé dans les 48 heures par le Général M… qui commandait la place de Paris, et cela par ordre du Général Gallieni.

Nous avons donc battu en retraite, pendant plusieurs jours, ayant toujours à notre réveil les boches à quelques centaines de mètres de nous, et ce jusqu’à « Rembercourt aux pots » où la pression allemande s’arrêta de se faire sentir. Les restes de nos régiments étaient mélangés, nous étions sans ravitaillement d’aucune sorte : Nourriture, munitions ou victuailles, on volait ce que l’on pouvait dans les fermes abandonnées ; un pauvre mulet qui errait dans un pré fut abattu à coup de Lebel, et pour éviter de se faire eng… on n’hésita pas à en donner une cuisse à la popote des officiers, qui l’acceptèrent joyeusement. Parfois nous nous heurtions entre nous, pour bondir sur un morceau de boule de pain, souvent moisi que les artilleurs avaient jeté dans le fossé. Puis enfin, nous fûmes reformés par régiment et divisions ; cette opération terminée nous avons été dirigé sur Dan-sur-Meuse que les allemands coupaient rive gauche, et nous, rive droite. Comme on dominait la ville, on voyait ces messieurs aller aux corvées d’eau ; mais on ne tirait pas dessus, par crainte de représailles. Cela dura plusieurs jours plutôt calmes, puis vint l’ordre de se retirer ; paraît-il nous étions menacés d’encerclement ; la division qui était à notre gauche, avait cédé sous la pression ennemie ?

—Les gros noirs ! —

C’est en nous retirant de cette position que nous connurent « les gros noirs ! » comme on les appelaient ! Jusqu’à ce jour nous ne connaissions que les « Sehrapnels » qui étaient des petits obus de 77 et qui éclataient à 2 ou 3 cent mètres au dessus de nos têtes, répandant leurs projectiles ou leurs éclats plus ou moins dangereux, ayant notre casque et notre sac sur le dos. Mais les « gros noirs » c’était de gros fumants de calibre 150, qui éclataient dans un vacarme épouvantable, démoralisant et déversant des kilos de ferraille et de projectiles de toutes sortes. C’est sous cette avalanche que nous nous sommes retirés de la Meuse, jusqu’à Varennes-sur-Argonne ; en passant par Montfaucon, Douleon et Vauquois. Là je reçu ma première blessure par une balle qui m’a effleuré le bras gauche, peu de choses, mais comme je souffrais d’un crise de dysenterie aiguë, comme beaucoup de copains, le « toubib » en a profité pour m’évacuer, je fus donc dirigé vers l’arrière. J’ai appris pendant mon évacuation que le « Kronprinz » avait arrêté sa marche en avant, et avait fait retirer ses troupes dans les Hauts de Meuse, ce qui amena la guerre de position dite de « Tranchées », qui par la suite se généralisa sur tout le front.

—Retour au front —

J’appris que les allemands s’étaient retirés sur les Hauts de Meuse et avaient commencé la guerre de tranchées. Je fus envoyé à l’hôpital d’Auxerre où après avoir été soigné et guéri, je suis allé en convalescence huit jours, puis dirigé sur mon dépôt à Vermonton (Yonne). Plusieurs contingents partirent pour le front, par ci, par là, n’importe où, les départs se faisant par ordre d’arrivée au dépôt. Lorsque j’ai senti (renseigné par le fourrier) que mon tour approchait, je me suis fait inscrire comme volontaire pour retourner au front, soit pour le quatrième ou pour le 204e où je connaissais des camarades. Heureuse initiative, car les copains partaient pour une destination inconnue, alors que moi j’attendais qu’il y ait un renfort de demandé pour les deux unités que j’avais choisies. Je suis reparti au front qu’au début de Novembre pour le 204e d’infanterie, que je rejoignis dans le secteur de Soissons. Notre division tenait le secteur de Guffry, Vauznot et Crouy, c’est ici que je fut affecté à la 24e Cie du 204e , nous étions sur la gauche du chemin des Dames…

—L’affaire de Crouy —

C’est là que j’ai connu la guerre des tranchées, ma Compagnie était à une pointe avancée de cette crête qui défendait la ville de Soissons, et la vallée de l’Aisne, nos tranchées étaient à 150 ou 250 mètres des tranchées allemandes. Une nuit étant à mon tour au petit poste avancé avec 3 ou 4 camarades, nous entendîmes un ronflement de moteur devant nous. Aussitôt nous envoyons des fusées éclairantes, et nous vîmes devant nous de grosses masses noires roulant doucement dans notre direction. Alertés par nous les premières lignes déclenchèrent un feu nourri sur ces engins qui aussitôt éclatèrent comme une bombe entre nos lignes, au milieu d’un bruit infernal et d’une épaisse fumée noire… Ce fut un échec pour les Allemands qui ne recommencèrent jamais cette expérience. Mais, notre Etat-major renseigné sur les intentions allemandes, nous fit renforcer par des troupes de couleur. En effet quelques jours plus tard, le 9 Janvier après un bombardement relativement court sur les tranchées et sur l’arrière. Ces messieurs passèrent à l’attaque, heureusement, nos renforts noirs spécialistes de « la fourchette » se heurtèrent sans ménagement aux boches. Entre les lignes, ce fut une tuerie sans précédent, et le soir, de part et d’autre, les rescapés rejoignaient leurs tranchées de départ.

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