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Publié par Christian Hivert

Comme un loup farouche

De mémoire d'homme, même si certaines formes s'étaient modifiées au cours des âges, cela c'était toujours plus ou moins passé ainsi et le schéma de l'exploitation, avec son corollaire l'acceptation de la domination, s'était toujours déroulé selon les mêmes principes ; la folle texture humaine l'avait toujours souffert, comme si une implacable alchimie interne lui dirigeait ses mouvements et ses angoisses, pire qu'une destiné, une aventure prédestinée.

Et pourtant il avait envie de hurler, tel un loup farouche sous la lune, solitaire dans ses tourments, et sûr dans ses incertitudes "Non ce n'est pas cela, tout est faux, il faut se secouer et briser le charme !" "Il faut tout mettre à l'envers pour comprendre l'endroit" Mais il ne trouvait ses mots de rage. Mais il ne trouvait ses trous de page. Mais il ne savait exprimer ce qu'il ressentait dans ces instincts. Et la violence eut, comme à l'habitude, tendance à lui servir de message universel. Il se rua sur un side-car chromé qu'il réduisit en bouillie.

Les ondes flottantes du plaisir de l'adrénaline avaient picoté sa vie. La vision des morceaux épars de l'engin mécanique, au sol, à ses pieds, lui fit du bien et le rassura quant à sa puissance interne. Il se sentit bien comme après avoir pleuré. Et il se dit qu'un jour viendrait où il se réconcilierait avec Samira. Lorsqu'elle deviendrait vieille, laide et toute ridée, qu'elle ne plairait plus et qu'enfin elle deviendrait elle-même ! et non le pâle reflet d'un miroir ! Du désir des mâles ?

Il lui en faudrait du temps et du temps pour pouvoir commencer à respirer au lieu de haleter. Marcher au rythme paisible des êtres ou des choses qui peuvent se passer de courir ou de fuir pour vivre et exister. Tel un vieux lutteur éreinté il aspirait au repos. La paresse était furieusement en lui, s'étalant dans son corps, voluptueusement obscène. Il paraissait que c'était un des moteurs principaux de l'évolution humaine. La paresse ?

Si l'homme n'était pas paresseux, il n'aurait pas découvert le progrès ni l'idée du bonheur. Il ne se serait pas asservi lui-même à la mécanisation de sa vie. Il ne se soumettrait pas à l'ordre figé de l'évolution industrielle. Il n'aurait inventé ni le fouet, ni le licol, ni les instruments de contrainte qui émaillaient son histoire et ses plaisirs seraient restés fades. Manger, boire, dormir et se reproduire.

Mais il avait inventé le plaisir des siestes langoureuses et des gestes improductifs. C'est cette paresse ou l'espoir de vivre paresseusement quelques instants qui permettaient à tous de courber l'échine. Malheureusement dans ces cités, très peu avaient la chance de cet espoir tant il fallait survivre avant tout. Tant il manquait de structures qui leur auraient permis de se laisser bercer, aller à la paresse.

Par moments, rares il est vrai, après un beau coup de détournement de valeurs, lorsque les trocs et palabres avaient réveillés ou fait veillés tard un îlot de barres, les placards et congélos emplis, alors des fêtes impromptues secouaient les torpeurs, les têtes, se vidaient des soucis, les gônes et les blêmes se laissaient aller sauvagement, paresseux splendides, ils semblaient vivre un instant. Le temps que la mémoire revienne s'installer lâchement au fauteuil de commande.

Alors tout était à recommencer. Les partages n'avaient pas été justes. Les trocs déséquilibrés.

Il fallait se battre à nouveau pour ne pas se faire avoir, pour en avoir plus, pour qu'ils en aient moins, pour qu'ils ne nous maquent pas la vie, pour qu'on leur apprenne à vivre, pour défendre notre territoire, pour agrandir notre territoire, pour consolider notre territoire, pour survivre à nouveau et pouvoir un jour se payer un bon moment de paresse, pour ne pas se déshonorer à ne pas leur ressembler, pour s'imaginer admirables, et s'admirer, en toute estime.

Alors il fallait bien que certains s'estiment plus que d'autres, sinon c'en était fini de l'auto-admiration, et du "droit" d'en avoir plus, et de la certitude de ne pouvoir faire autrement.

Comme un siècle sans fin, comme une vie d'homme, comme un univers peuplé de vide. Et alors, il faudrait bien continuer à mettre un pas devant l'autre sans haleter et s'inventer de nouveaux rêves. De nouvelles vies ! Qui en ferait jamais le compte ? Et puis s'arrêter de délirer! Il eut envie tout à coup de se construire un rêve glacé où tout irait comme sur des roulettes, où les questions ne se poseraient plus, dans l'engrenage de faits millimétrés, emboîtés, ajustés.

Une lente construction d'un système infaillible et parfait. Où il pourrait s'ébattre en toute quiétude bourgeoise. Ignorer ce qui ne colle pas, ne s'enrouage pas. Lubrifier d'une conscience finie, d'une certitude reposante ses angoisses miséreuses de survivant. La tristesse emplissait son cœur sans qu'il ne puisse en dessiner le contour exact. Ses habitudes hormonales l'hébétaient.

Comment, avec des mots, changer le sens des échanges chimiques intercellulaires qui commandaient ses émotions, ses réactions ; aussi bien ses goûts et ses dégoûts, ses attirances et ses répulsions, ses ennuis et ses motivations lui dictaient comme une sorte de double vie. Il ne faisait pas ce qu'il disait, il ne pensait pas ce qu'il existait. Il en avait parfaitement la conscience et simultanément n'en connaissait pas les raisons.

Comme si quelque chose en lui, plus fort que lui, échappant à sa volonté, menait sa vie propre, nouait et dénouait ses fils, arrangeait, colmatait ou oppressait ses souffles lents, se moquait éperdument de ses aspirations, de ce qui pourrait être de l'ordre de ses rêves, de ses fantasmes, tourbillonnait ses espoirs entêtés, emberlificotait ses attentes enfiévrées, empêchant ses pas de vaquer où sa conscience lui dictait d'aller, omniprésent dictateur, pourtant invisible, inaudible, impalpable.

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