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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

NE PEUT ÊTRE VENDU

Quelqu'un l'interrompit d'un coup. C'était un jeune de l’îlot insalubre, à la périphérie des cités, vers les champs et les forêts : "Mais qu'est ce que ça peut nous foutre qu'ils soient là, on sait que c'est leur rôle de se mettre en avant pour nous canaliser et nous étouffer, mais putain, c'est pas parce qu'ils sont là qu'on doit disparaître et ne pas s'organiser.

Le problème de la bouffe, posé comme ça a été, on sait très bien à quoi ça va leur servir : ça va leur permettre de démobiliser les travailleurs les plus indignés, de faire jouer une fausse solidarité, de donner bonne conscience à certains pour ne rien faire, ça va permettre à beaucoup de continuer à se sentir supérieurs aux autres et comme ça on sera toujours un peu plus divisés, certains penseront qu'ils ont fait ce qu'ils ont pu et n'iront pas plus loin et les autres leur cracheront dessus et ne feront rien non plus.

Alors moi, je demande à tous ceux qui sont ici et qui sont les premiers à être touchés par ces rafles si on n'a pas envie d'autre chose que de continuer lentement à pourrir, si on peut pas utiliser ces premiers regroupements de travailleurs productifs et s'unir à eux pour constituer l'ébauche d'une force, continuer à s'assembler au dessus de nos divisions et reprendre collectivement notre avenir en main. On pourrait par exemple..."

Il ne put aller plus loin, le brouhaha submergea sa voix. Certains criaient : "Manipulation, Manipulation ! " D'autres : " On n'a rien à foutre avec les travailleurs qui nous lâchent leurs chiens et nous expulsent de leurs territoires ". Et Ricks, surmontant toutes les voix : "Pourquoi tu dis pas que tu fais partie de l'organisation, c'est où qu'il faut prendre sa carte ?" Le tumulte commençait à s'échauffer. Des applaudissements fusaient sans savoir à qui ils s'adressaient, des indécis changeaient de bannière sans certitude.

Les mains et les poings rageaient de ne pas dire leurs mots eux aussi ! Alors Jacques s'élança fébrile et hurla : "Ecoutez, Ecoutez..." Ricks railla: "Tiens, le curton ! " Au milieu des ricanements et des quoliquets la voix de Jacques se fraya un chemin, se posa, s'affirma, s'affermit, roula et exprima : il parla sans être interrompu près d'un quart d'heure et se tut dans le silence retrouvé. Ricks furieux quitta la salle et la bande à Samira le suivit en partie. Jacques avait gagné la première manche, restait la mise en pratique, la partie la plus dure !

Déjà ceux du quartier Est : "Les dogues" comme ils s'appelaient, d'autres les nommaient la bande des Milles du nom de leur chef mythique Emile, mort l'an passé au cours d'une soirée de trop grande défonce. Certains laissaient supposer qu'il s'était fait empoisonner par ses lieutenants en raison d'un partage indélicat de butin. Eux disaient que les Milles, c'était leur nombre, ils étaient mille, mille dogues combattants !

Même s'ils étaient redoutablement efficaces et nombreux et qu'aucun groupe n'avait jamais réussi à se confronter à eux, personne n'avait jamais vu les mille d'un coup. Cela faisait partie du mythe. Miro, apparemment leur nouveau chef, venait de faire une proposition : Il s'associait à tout ce qui pourrait se tenter, mais comme son groupe était le plus nombreux et le mieux organisé, que son territoire couvrait le plus grand espace d'îlots défavorisés à l'est de la cité, il réclamait la gestion de la distribution des vivres "D'autant plus que les blêmes ne sont pas les seuls à être dans la dèche".

Nombre de familles sans travail n'ont plus les valeurs nécessaires à leur survie quotidienne. Nous autres on s'en tire comme on peut, on magouille, on détourne, c'est pas le grand luxe, mais on s'en tire, y en a beaucoup qui sans s'être fait rafler et lobotomisés ne vivent guère mieux que les blêmes et faut pas les oublier non plus !"

Alors les éternels palabres et trocs de parcelles de pouvoir s'agitèrent jusqu'à passé la nuit, mais la machine était lancée. A chacun de jouer sa partie. Jacques se demandait s'il allait passer voir ceux de Samira pour tenter de les fléchir un peu. Puis il se dit que cela n'en valait pas la peine, ils étaient trop peu nombreux, ceux qui étaient déjà sur la ligne de Ricks n'en démordraient plus, les autres avaient leur propre conscience et il leur faisait malgré tout suffisamment confiance pour ne pas aller trop loin dans leur délire.

Et puis il avait une autre idée, il fallait qu'il profite de cette assemblée pour prendre langue avec ceux des barres détruites et tâter le terrain. Miro et ses compagnons venaient d'exhiber des caisses entières de canettes de bières et invitaient cordialement les uns et les autres à se servir. Une science programmée du despotisme éclairé. Un vrai professionnel !

Ricks était rentré tout guilleret de cette réunion. Il avait laissé les autres suivre leur délire. Ils voulaient tenter un passage sans mic-mac pour aller dépouiller quelques valeurs dans une réception vers Pointville-le-jonc. Avec toutes les astuces à déjouer le long du parcours de contrôle dans les trains inter-villes, c'était une bonne galère en perspective, mais ils étaient nombreux et à certains passages répertoriés la force faisait un petit peu loi.

Puis ils iraient boire et manger à l'oeil dans une de ces réceptions que les travailleurs des villes, (qui étaient mieux lotis que ceux des cités-bidons), se donnaient entre eux pour jouer un peu les parvenus. Là, après avoir bien profité de tous les agréments de la soirée, ils repartiraient en prenant tout ce qu'ils pourraient emmener comme valeurs diverses : blousons, manteaux, vidéonics, laseroreils; cartes de consommation à mic-maquer et tout ce qui pouvait se dérober sans scandale.

Et puis si le scandale faisait partie de l'aventure, ils affûteraient leurs poings et une belle bagarre ne leur gâcherait pas le moins du monde leur soirée bien au contraire. Cela arrivait rarement qu'ils aient le dessous. Si malgré tout tel était le cas, ils seraient livrés à la milice locale qui choisirait alors leur sort aidée en cela par les indications et conseils du juge processoral. Tout dépendrait alors des us et coutumes régionaux.

A Pointville-le-jonc Dédé, qui s'était fait prendre il y a six mois, finissait sa peine de travail sans solde au service d'un des barons locaux. D'après ce qu'il avait réussi à faire communiquer à la bande, si c'était pas le Pérou, du moins était-il bien traité et avait ses petits avantages. On ne tombait pas toujours aussi bien !

Certains, surtout dans les grandes métropoles comme Paris I, l'ancêtre des trois Paris, avaient eu moins de chance. ils avaient été soumis au dur travail de terrassement en profondeur dans des équipes de servants étrangers avec lesquels ils communiquaient par signes, la plupart ne connaissant pas la langue. En dehors du fait qu'ils étaient particulièrement exposés à d'énormes risques d'accidents corporels, ils étaient extrêmement mal nourris et logés dans des grottes collectives suintantes et mal éclairées.

De plus, à l'issu de leur peine, ils risquaient fort de se faire bannir dans une cité-bidon inconnue où ils n'auraient ni soutien, ni contacts. Ce qui équivalait à une lente asphyxie, un lent dépérissement interrompu par les diverses raclées de rencontre et peut-être un jour finissant par une bonne vieille rafle te menant au sommeil de la connaissance humaine.

Mais Dédé lui, verni qu'il était aurait le choix entre revenir dans sa tour pourrie ou bien rester. Oui, rester ! Il avait plu au baron. Il était jeune et, bien nourri, ses fesses avaient fière allure !

Christian Hivert

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Squat U.S.I.N.E. 1985 - Squat Riquet 1991

NE PEUT ÊTRE VENDU
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