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Publié par Christian Hivert

 

L'Argent est-elle la seule valeur dans notre société ?

Pessimisme sur l'Humanité

 

Par Benoist Rousseau

 

Depuis quelques jours, je ne rencontre que des personnes qui parlent d'argent. C'est le seul prisme de leur existence, leur seule motivation, leur seule valeur. Je me retrouve parfois désarçonné par temps de vide et surtout par la certitude qu'ils ont que tout le monde ne peut penser que comme cela. Toute action humaine est jugée selon leur seule grille d'identification monolithique, l'argent. Un acte gratuit, la volonté d'aider l'autre, de partager leurs semble totalement étranger et même louche, cela cache une volonté de faire de l'argent, c'est forcé il y a un truc. Même les actes les plus anodins sont source de méfiance, aider une personne âgée à porter ses sacs trop lourds (je dois les rassurer, je ne vais pas m'enfuir avec leurs courses), tenir la porte à une personne pour la laisser entrer... Les gens sont sur la défensives, méfiants... les valeurs que j'ai reçu par mon éducation forte classique n'ont plus court ou elles sont perçues comme une duperie (vais je abuser de la personne âgée sans défense ?, si je tiens la porte c'est que je veux draguer la fille...). J'avais reçu des valeurs qui n'ont plus courts, aider l'autre était la plus belle récompense, où est passé l'esprit chevaleresque, l'honneur, la dignité ?

 

J'avais déjà rencontré ce style d'incompréhension quand par exemple j'avais quitté mon poste de formateur informatique au siège social de Renault (j'ai pu former personnellement tous les cadres dirigeants de l'époque, de Louis Schweitzer à Carlos Goshn alors numéro 2, j'étais leur formateur personnel, je rentrais dans leur bureau directement alors que les sous directeurs devaient patienter dans la salle d'attente (façon de bien réaffirmer la hiérarchie ce qui me valait une "aura" au siège social (ridicule)), bref un poste en or, protégé, très lucratif. Cela ne m'a pas empêché de démissionner, pour gagner deux fois moins en travaillant comme professeur d'histoire en ZEP dans le 93, je potassais le capes et l'agrégation en candidat libre après mes journées de boulot au siège. Mais j'avais encore des gens autour de moi qui pouvaient comprendre qu'il vaut mieux avoir un boulot que je pouvais estimer alors utile à la société qu'un boulot bien payé sans intérêt social. C'était il y a 13 ans.

Aujourd'hui, quand je regarde autour de moi, je ne vois plus beaucoup de personnes qui essayent d'être heureuses, de remplir leur vie par une activité intéressante, une passion même si elle n'est pas spécialement lucrative. Je reçois des emails qui me disent mais pourquoi tu trades pas plus, pourquoi tu ne fais pas que cela ? Parce que l'argent n'est pas un but, la liberté oui et on peut-être très libre avec peu d'argent. Je préfère passer une journée à bouquiner, à faire la planche à la piscine que trader pour me dire super j'ai gagné 1000€, mais j'ai rien fait de ma journée juste gagné de l'argent qui va s'accumuler sur un compte. Encore plus, encore plus... pourquoi ? Une nouvelle voiture ? Triste...

J'ai essayé de comprendre pourquoi la société a ainsi évoluée, pourquoi elle est devenue plus cynique, plus dure et totalement tournée vers le veau d'or, pourquoi l'argent est le seul but d'une existence qui finira entre 4 planches.

Je pense que c'est une conjonction de plusieurs facteurs : la crise économique a permis d'angoisser la classe moyenne par l'instauration d'une précarité économique et psychologique. Son emploi est une "chance", un bien précieux qu'il faut défendre, préserver quitte à enfoncer ses collègues pour ne pas être le premier à partir à la charrette de licenciement.Pour bénéficier de cette chance (?), pour garder son travail, les employés ont tout accepté, augmentation des cadences, de la pression, heures supplémentaires non payées, déclassement... ce qui fait que de nos jours, l'entreprise n'est plus un lieu de travail, mais de compétition, de pression, malheur à celui qui craque, qui n'atteint pas son objectif, qui semble fatigué...

Les gens finissent même parfois à s'identifier à leur emploi, ce qui provoquent des désastres quand ils peuvent le perdre. Au delà, d'un revenu fixe, c'est carrément leur identité qu'ils perdent... Le dernier mois où j'ai travaillé chez Renault, j'avais discuté avec un collègue qui partait à la retraite. Je le sentais mal, très mal, angoissé malgré ses sourires et jeux de mots classiques lors de la fête organisée pour son départ. Il s'est confié, j'ai tenté de le rassurer, 3 semaines après il se suicidait... il n'avait aucun projet, aucune identité autre que son travail.

L'image que nous renvoie les médias : pour être heureux, il faut consommer, on est bien plus heureux en Porsche qu'en Laguna, c'est une évidence qui ne souffre d'aucune contestation possible, sinon notre société s'écroule. Pour consommer, il faut de l'argent, pour avoir de l'argent, il faut un boulot, pour avoir un boulot il faut avaler des couleuvres, ce qui rend les gens plus agressifs car au boulot ils doivent prendre sur eux, mais en dehors, ils peuvent agresser la personne qui hésite à tourner à gauche ou à droite en voiture. Cette violence interne est tellement contrôlée par l'entreprise que quand un cadre est licencié, il peut se suicider (il culpabilise, s'il est licencié il est un nul...) alors qu'on pourrait s'attendre à ce qu'il prenne un fusil à pompe et qu'il fasse un carton sur son directeur des relations humaines. M^mee pas, il retourne la violence sur lui même et il se tue, cela nous montre la puissance culpabilisatrice de l'entreprise...

La société est beaucoup plus narcissique, le Moi devient le centre des discutions, le nous tends à disparaitre, l'individualisation progresse partout même au sein des couples (qui est pourtant la plus petite unité possible de deux êtres), chacun pouvant revendiquer un bonheur individuel au sein du couple, présenté comme normal et épanouissant, même si le couple peut en pâtir. J'ai envie, je fais, mon conjoint n'est plus terrible, je le jette. Les sites de rencontres en sont la quintessence, c'est le supermarché des rencontres, on consomme, mais on s'attache peu car il y a toujours la possibilité de trouver mieux (plus riche, plus beau, plus intelligent, plus musclé...) car le vivier est sans cesse renouvelé comme les voitures, les écrans télévisions...

L'individualisme a formidablement progressé et l'idée que l'autre n'est pas un ami potentiel mais un danger potentiel de plus en plus marqué.Cet individualisme s'explique à mon avis par cette société de compétition, malheur aux vaincus, je tuerai pour garder mon emploi, mon salaire, mon argent, ma consommation et in fine mon identité dans une société marchande. On a alors l'effet bling bling, l'important dans l’existence est l'argent qui permet d'acheter des biens de consommation qui feront envie aux autres. On pourra alors jouir de sa supériorité consommatrice en vantant sa voiture, son dernier ordinateur et en attendant de son interlocuteur une forme de reconnaissance sociale et de jalousie.

Tout cela pour en arriver à quoi ? A un grand vide... n'exister que pour le regard de l'autre... et rêver d'une Rolex à 50 ans... Les gens me font peur...

Je crois que c'est clair…

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toulouse 14/04/2014 17:02

Compétition, rivalité machiste, pouvoir, domination, supériorité. Ça sert à se rassurer parce que chacun est tellement angoissé sur soi, sur sa valeur, ses capacités, sa virilité. Et quand ce qui donnait une image de nous valorisante disparaît, on n'a plus que la corde pour se pendre. Il faut analyser ce phénomène, le comprendre pour pouvoir l'affronter et le combattre. L'argent est un des marqueurs de la "réussite", mais il n'est pas le seul. Il y a aussi les capacités intellectuelles validées et certifiées pas des diplômes, l'emploi, pour soi, sa famille, sa compagne. Il faut aller plus profond dans l'analyse. Les relations comptent aussi, avoir un réseau c'est exister socialement, être reconnu, respecté. Tout cela (argent, niveau d'étude, emploi, relations) forme un ensemble indissociable. On peut parler d'intégration sociale. Certains sont désintégrés, exclus, à la rue, sdf méprisés et moqués. C'est dans ces situations extrêmes que l'on se pose la question de ce qu'est un être humain, de ce qui le fonde et le valide, lui donne sa dignité ou la lui retire. Mais dans nos sociétés bourgeoises avancées le confort de masse fait oublier les difficultés de la vie. Voire tout simplement la réalité. On appelle cela l'aliénation. Petit à petit le confort, la technique, nous aliènent et nous rendent inhumains. Que faut-il faire ? Comme vous, sortir du cadre rassurant et prendre des risques pour retrouver le goût de vivre et des gens. Ça vaut mieux que de se faire jeter salement après 20 ou 30 ans de bons et loyaux services.

crodul 14/04/2014 19:18

tout à fait Toulouse, est ce toujours un peu rose par là bas… :) bon et puis faire le gros dos en espérant faire advenir des jours meilleurs par nos éclairages et nos interventions plus ou moins pertinentes, c'est ici et maintenant, les solidarités, les indignations, les révoltes… rien n'est vraiment perdu tant que l'idée d'un monde solidaire possible perdure…

crodul 14/04/2014 15:37

effrayant…