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Samedi 14 avril 2012 6 14 /04 /Avr /2012 18:25
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beaubourg insoumis Et pour cela il fallait nécessairement une volonté forte et honnête de tous ceux qui tenteraient l'aventure. Arthur se sentait parfois sélectionneur. Il sélectionnait ses relations en fonction de ce qu'il supposait d'honnêteté et d'absence de volonté dominatrice, rejetait beaux parleurs et exhibitionnistes.

 

Mais ce n'était pas simple, les rusés avaient beau jeu, les simulations de confréries se désolaient sur le marché des trahisons multiples. Aucun territoire n'était tenu étanche, le traitre se masquait de bonhomie et le corrompu de principes absolus et impossibles à suivre, presque tous suivaient.

 

Arthur ne voulait pas être le meneur. "Si tu ne veux pas être meneur il te faut trouver qui suivre" l'avait gentiment provoqué Dominique Premier, il avait sept ans de moins et s'extrayait douloureusement de l'adolescence. Depuis tout ce temps il se faisait la même réponse, ni suiveur ni suivi.

 

Par contre il n'entrevoyait toujours pas le système idéal permettant à l'être humain et à son espèce en général de changer les donnes et de permettre à tous d'avoir une place utile au sein de sa communauté, tous les savoirs faire valorisés et concourant à l'utilisation maximum d'un potentiel faramineux.

 

Pour Arthur il n'était pas possible que cela ne puisse pas se produire massivement sur terre, un jour chacun comprendrait l'inutilité des haines et des massacres, chacun protègerait chacun des risques des violences, il ne pourrait plus y avoir de guerre, les intérêts y menant seraient prohibés.

 

Arthur pensait que la planète et sa population la plus remuante étaient de taille à satisfaire les besoins de tous, les richesses accumulées étaient suffisantes pour autoriser des destins harmonieux à tous. C'était le sens de cette vie dont l'humain semblait être le développement le plus abouti.

 

Au lieu de cela jamais la réplique de Georg Büchner n'était plus juste : "Il nous manque quelque chose, je n'ai pas de nom pour le nommer. Mais nous ne le trouverons pas en nous fouillant dans les entrailles les uns des autres." Arthur était en quête de solutions pour l'humanité et sa planète.


Pour Arthur l’autonomie n’était pas un comportement à promouvoir, elle était en actes et non en paroles, et ces actes exprimaient ce qui paraissait naturel dans l’exploitation générale ,agir d’abord par soi-même et pour soi-même et rien n'avait changé depuis les premiers temps du capitalisme.

 

Il lui fallait bien tenter de se trouver une sorte de métier, de mission, puisqu'il réfutait tout l'ordonnancement mondial des sociétés productives de consommation et gestionnaires de consommateurs. Arthur avait cette utopie de vouloir changer le monde en n'y participant pas, en reniant ses règles.

 

On a beaucoup parlé d’autonomie dans les trente ou quarante dernières années comme s’il s’agissait de la naissance d’un mouvement spécifique, voire d’un courant de pensée, comme s’il s’agissait d’une revendication à inscrire dans un programme, d'un regroupement nouveau de partisans.

 

Arthur considérait que beaucoup de manières de faire se valaient et n'étaient pas en concurrence réelle mais étaient complémentaires, concourraient d'égale importance à faire advenir enfin cette société sans classe, où l'ordre des taches à accomplir serait décidé par tous au même degré d'autonomie.

 

Les punks faisaient cela un peu partout en France, ils véhiculaient chez les plus conséquent quelques unes des critiques et des solutions les plus radicales de ce qui fut historiquement les revendications de là classe ouvrière en pleine recomposition mondiale sous la férule de la haute finance internationale.

 

Il était bien clair que ni Arthur ni le moindre de ses compagnons du collectif U.S.I.N.E. n'avaient la plus petite intention de finir dans la tête et la peau d'un prolétaire exploité, mais ils n'allaient pas attendre que tous s'y mettent pour transformer les conditions de leur existence .

 

Un regroupement des punks les plus virulents du moment s'était créé à Lyon l'année d'Orwell, 1984, et s'était nommé la Fraktion Rock Terroriste, formé de plusieurs groupes de musique, Les Haines Brigades, les Krapos Noirs, Kalashnikov, Purge 37, des dessinateurs, des photographes, des militants.


Rapidement ils autoproduisent un fanzine Kanaï dont le représentant permanent au squat U.S.I.N.E. se faisait appeler tout naturellement Kanaï, il était en permanence vêtu d'un pull over noir et rouge, tricoté par sa grand mère aux couleurs de ses convictions politiques, il faisait la liaison.

 

Lorsque l'on n'a pas de gros moyens financiers tout est bon pour gratter le nécessaire à son action. Kanaï venait donc régulièrement à Paris en "grillant le dur. Des TGV avaient été inaugurés triomphalement trois ans plus tôt, il fallait bien s'en servir, il participait aux réunions plusieurs fois par mois.

 

Kanaï venait s'installer à U.S.I.N.E. avec ses papiers et ses interviws, tapaient coupait collait et portait aux restes des imprimeurs libres, des communistes libertaires gérant des coopératives ouvrières , et qui trouvaient toujours une place au milieu des affiches de leurs autres cliens.

 

Le Fanzine ne coûtait donc rien à l'impression, puis il était diffusé a travers la France en utilisant les nouvelles possibilités ultra rapides, téléphoner au récepteur du colis une heure ou deux avant en donnant le numéro du TGV et de la voiture où  se trouve le colis, récupérer le colis en gare d'arrivée.

 

Kanaï était donc radical. "Les nouveaux Ravachol ont abandonné la bombe pour la guitare ! Le terrorisme est devenu musical, la violence est dans les décibels !" Kanaï, dans ses pages, parle des groupes musicaux anarcho-punks, y mèle des articles politiques et un dossier : racisme, armée, etc...

 

"Il y a beaucoup à faire face à toutes ces crevures kakies, face à cette racaille gradée, face à leur ordre de merde, face à leur connerie immense, face à leur drapeau-torchon ! L'armée pue la bière mais elle pue surtout la mort, le sang, l'anéantissement de la vie !", ils étaient insoumis.

 

"Les défilés du 14 juillet ne sont que de viles mascarades tricolores derrière lesquelles se cachent la mort et sa faucheuse. Les monuments aux morts sont un culte à la charogne qui ne peut que nous prouver que l'Etat veut garder tout son pouvoir et avoir le dernier mot. "

Par Christian Hivert - Publié dans : Les chevaliers ivres : II Destin majeur - Communauté : les anti-capitalistes - Ecrire un commentaire
Samedi 14 avril 2012 6 14 /04 /Avr /2012 16:10
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fs Que pouvait donc bien construire Mendes, mis au banc de toutes les qualifications nécessaires à l'exercice d'un métier ou d'une occupation, exclu des réseaux de socialisation ordinaires aux enfants de son âge, il avait pour préoccupation de toujours revenir à la maison où il n'était pas attendu.

 

Le squat U.S.I.N.E. et ses occupants ou animateurs réguliers formeraient ils de manière informelle un embryon de projet alternatif pour la construction de sa vie future, avait il déjà suffisamment de ressources personnelles pour s'en emparer comme d'une opportunité nouvelle, ou bien les comparer.

 

Combien d'entre eux étaient ils prêts en toute conscience à détourner leur attention habituelle sur le gringalet mal grandit nommé Mendes, qui ricanait sans vraiment parler, qui regardait de loin sans jamais s'approcher, quelle place lui ferait-ils dans leur quotidien ? Arthur n'était sûr de rien, il fallait convaincre.

 

Le mouvement punk est tout entier marqué au sceau de la violence, qui apparaît notamment lors des concerts, impressionnants l'énergie qu'ils mettent en jeu, par la haine de ce qui est chanté, par le volume du son, par les rapports de conflit qui semblent exister entre spectateurs et musiciens.

 

Les paroles des chansons sont un appel à I' insurrection permanente, à la destruction de la société. Les jeunes punks de U.S.I.N.E. cultivaient une haine massive et exubérante à l'égard de tout ce qui pouvait représenter une norme ou une autorité, ils étaient fatiguant, se trompaient d'ennemis.

 

Ils semblaient être des adolescents n’ayant jamais connu de limites, fugueurs et rebelles par incapacité de supporter les frustrations de la vie adulte intégrée, ces privations ordinaires subies par leurs parents et tous ceux qui leur ressemblent, en échanges des plaisirs fades de la consommation organisée.

 

Bien peu avaient un discours de construction collective, ils voulaient vivre l'éclate en permanence, écouter la musique qu'ils aiment à en abasourdir toute vie avoisinante, entrer sans payer aux concerts des copains, respirer des solvants forts pour ne plus être sur la même planète que tous ces soumis.

Dans quelle promiscuité avec ces punks en posture de rébellion Mendes allait-il se trouver ? Et dans quelle case allaient –il le ranger, ne pouvant le relier à aucun membre d'aucune bande fréquentée ? Allaient-ils l'exclure ? Allaient-ils  le considérer comme un étranger ? Certains l'avaient regardé de haut.

 

Mendes encore là, au cœur des zones de révolte contre les injustices, risquait fort de ne pas être accepté, il leur était trop différent, tout ceci revenait à se demander quelle était la demande et qui la formulait, donc penser que Simon réclamait une chambre à U.S.I.N.E. pour s'occuper de son protégé.

 

Arthur pouvait-il couvrir cela, avec l'assurance du juge pour enfants, il n'était plus responsable, c'était sous l'autorité du père Arthur et du juge, il n'était qu'une personne digne de confiance, le môme devait habiter avec lui, ni plus ni moins, et il habitait U.S.I.N.E., et Maria restait la mère,

 

Le père Arthur faisait office de substitut parental, et Simon faisait l'éducateur sauvage plus ou moins grand frère, les services des éducateurs de la protection judiciaire auraient alors le temps de trouver une solution, un placement d'où le jeune Mendes ne déguerpirait pas, enfin.

 

Arthur vit la camion de Simon se garer dans la rue, il l'attendit, puis ils se commandèrent deux nouvelles Sagres, l'air était frais, le soleil chaleureux et Arthur sentait la ouate douce de l'alcool l'envahir, il ne manquait plus que le petit pétard pour flotter tranquillement dans  les aléas du monde.

 

En général Simon avait tout ce qu'il fallait sur lui, le pétard était sans doute déjà prêt dans sa poche, dès qu'ils sortiraient du bistrot ils fumeraient tranquillement le long du canal tout en se dirigeant vers la masure de Maria, maman de Mendes. "Salut Simon"  "Salut la révolution"

 

"Dis donc, j'ai le camion pour tout le week-end." "Ah oui, c'est intéressant…tu penses à quoi?" "Boh on verra, des petits déménagements, je suis passé à la Courneuve… j'ai un bout…" La Courneuve c'était la cité des quatre milles, plaque tournante du deal de cannabis en demi gros, donc plus rentable.

Les jours à venir étaient donc assurés et Arthur pourrait noyer l'incertitude permanente qui le minait dans un foisonnement d'activités hétéroclites et dérisoires, il avait hâte de rencontrer Maria, hâte de fumer un pétard, hâte de tromper son ennui, hâte de se perdre dans une conscience mollissant.

 

Lorsque rien ni personne ne venait le solliciter et le forcer à agir, ne serait-ce qu'en suivant, Arthur présentait de forts troubles de sa capacité à agir, il ne parvenait à prendre des décisions, il lui fallait les opportunités des hasards, jetait souvent une pièce en l'air dont le sens de la retombée le dirigeait.

 

Arthur sans cesse se demandait quel était son rôle, si les changements souhaités de la société et des comportements humains seraient au rendez-vous, s'il était apte à faire progresser cette idée générale de transformation sociale pour l'épanouissement de tous, ne perdait il pas son temps ?

 

D'autant que beaucoup semblaient souhaiter la même chose et n'arrivaient pas à se mettre d'accord sur la manière d'y parvenir. Bien souvent chacun ne cherchait que la possibilité de dominer les éléments pour la valorisation de son égo. Au détriment d'une empathie collective génératrice de solidarités.

 

Le Pouvoirs de tous les petits pouvoirs se renforçait constamment de petits calculs de prédominances individuelles ou collectives. Mêmes les dernières organisations à se prétendre révolutionnaires ne se mettaient pas d'accord sur un minimum commun, la question était encore de parvenir au Pouvoir.

 

Or Arthur se fichait pas mal de savoir celui qui serait le plus rapide à s'emparer du Pouvoir, l'important était ce qui se passerait ensuite, et cela forcement c'était la guerre civile, le révolutionnaire contre les réactionnaires, l'histoire avait démontré suffisamment que le Pouvoir échappait au peuple.

 

La transformation, si cette possibilité existait, semblait plus à Arthur faire partie d'une évolution constante et dialectique entre les transformations des consciences individuelles et les réelles transformations des échanges et de la répartition de nouvelles possibilités, dans une gestion commune.

Par Christian Hivert - Publié dans : Les chevaliers ivres : II Destin majeur - Communauté : les anti-capitalistes - Ecrire un commentaire
Vendredi 13 avril 2012 5 13 /04 /Avr /2012 15:53
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ane Le groupe Total devenu une arme de corruption massive

LE MONDE | 13.04.2012 à 14h48

Par Eva Joly, candidate EELV à l'élection présidentielle

 
 

Christophe de Margerie, je n'ai pas le plaisir de vous connaître. En tant que PDG de Total, vous évoluez dans un milieu, le pétrole, qui n'est pas le mien. Mais vous n'en influencez pas moins ma vie de tous les jours et celle de millions de gens en France et dans le monde. Vous polluez les rues des villes où je respire, vous empoisonnez les côtes de l'Atlantique où j'aime vagabonder. Vous soutenez des régimes, en Birmanie ou en République du Congo, que je combats. Bref, nos chemins se croisent mais pas pour le meilleur.

Alors qu'une scandaleuse décision de la Cour de cassation pourrait annuler votre condamnation, les habitants des côtes de Bretagne et de Vendée sont encore sous le choc provoqué par la marée noire de l'Erika le 12 décembre 1999 : des dizaines de milliers d'oiseaux mazoutés, des plages souillées, le tourisme décrédibilisé, des milliards de dégâts. Elle laisse une population encore traumatisée par ce qu'elle considère, à juste titre, comme une agression contre son territoire et son identité. L'Erika n'est pas un accident. De l'affréteur au donneur d'ordres, de l'armateur au bureau de recrutement, tous sont responsables et coupables... Y compris vous. La moitié de la flotte internationale, tous transports confondus, navigue sous pavillon de complaisance du Panama, de Malte, des Bahamas, du Liberia ou de Chypre.

C'est la chaîne de la souffrance humaine où des marins venant de pays surexploités sont asservis dans des bateaux rouillés qui vont dégazer et s'échouer sur nos côtes. Ces crimes ne vous empêchent pas, bien au contraire, de continuer à vous enrichir. Les Français savent que Total affiche chaque année les plus gros profits jamais réalisés par une entreprise française. Le bénéfice atteint, pour 2011, plus de 12 milliards d'euros.

Dans le même temps, Total payera seulement 300 millions d'euros d'impôts sur les sociétés en France, soit à peine 2,4 % de ses bénéfices ! En 2011, le groupe n'avait pas payé d'impôts sur les sociétés, car ses activités françaises étaient "déficitaires" ! Pourtant, vous n'hésitez pas à licencier vos salariés sacrifiés comme à la raffinerie de Dunkerque ou à vous dégager de vos responsabilités dans des accidents industriels, comme celui d'AZF à Toulouse en 2001.

Les prix flambent, les profits aussi, mais les peuples trinquent. Mais vous vous obstinez à continuer dans cette voie sans issue jusqu'à la dernière goutte de pétrole. Aujourd'hui vous n'arrivez pas à stopper la fuite de gaz sur la plate-forme Elgin, en mer du Nord. Au Canada, mais aussi au Venezuela et à Madagascar, Total investit dans la manière la plus chère et la plus sale de produire du pétrole : les sables bitumineux. Au Canada, l'exploitation des sables bitumineux a déjà détruit 3 000 km² de forêts.

Mais vous n'êtes pas seulement redevable de comptes sur vos crimes environnementaux. Vous êtes poursuivi pour complicité d'abus de biens sociaux, corruption et complicité et recel de trafic d'influence, pour corruption d'agents publics étrangers en Irak, en Iran ou au Cameroun. La première entreprise de France est devenue une arme de corruption massive. La corruption est intrinsèque à l'exploitation du pétrole depuis la naissance de cette industrie.

Pratiques douteuses

Les commissions occultes, les pots-de-vin au grand jour, le financement politique sont des spécialités qui ont permis de structurer une industrie qui repose sur le pillage des matières premières et les échanges inégaux avec des Etats du Sud. Au lieu d'investir dans la recherche des énergies renouvelables, vous avez gaspillé votre temps et votre énergie à garder et à conquérir des parts de marché et des zones de forage partout dans le monde, au mépris de la vie des peuples concernés. Je m'intéresse à Total depuis longtemps. Dans une autre vie, le procès de Roland Dumas et d'Alfred Sirven m'avait instruite sur les pratiques du groupe pétrolier Elf, qui a été absorbé depuis par votre groupe.

Face à vos pratiques douteuses, noires comme la couleur de votre pétrole, nous devons en finir avec l'impunité des entreprises de criminels en col blanc. Il faut en France créer un pôle environnemental au sein de la justice, chargé de regrouper l'ensemble des affaires concernant les entreprises qui commettent des délits et des crimes écologiques. Nous devons aussi créer une organisation mondiale de l'environnement, dotée d'un pouvoir de sanction, et instaurer, au sein de la Cour pénale internationale, une section jugeant les crimes écologiques pour réprimer le type de délinquance dont vous vous rendez coupable.

Vous ne pouvez continuer à bénéficier de l'impunité totale. Le seul principe que vous appliquez dans la réalité, c'est le principe de complaisance qui consiste à masquer sa responsabilité derrière une irresponsabilité fabriquée de toutes pièces et garantie par l'Etat. Je vous oppose les principes de responsabilité et de précaution. Un mot nous sépare : l'éthique. Mais ce seul mot crée un fossé entre votre monde, celui d'un Madoff planétaire de l'environnement, et le mien.



Candidate EELV

à l'élection présidentielle

Eva Joly, candidate EELV à l'élection présidentielle

Par Christian Hivert - Publié dans : Autonomie - Communauté : les anti-capitalistes - Ecrire un commentaire
Mercredi 11 avril 2012 3 11 /04 /Avr /2012 16:02
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petiteespagne La crise, comme une parade à Mai 68, donna le coup de grâce, et en convainquit plus d'un de choisir le sens de la progression sociale et à la mise à l'abris dans l'environnement professionnel le plus élevé possible pour se tenir à l'écart de cette populace de travailleurs pauvres et bientôt précaires.

 

Pierre et d'autres faisaient régulièrement le choix inverse, le choix des qualités de vie hors le monde marchand. Il fallait se débrouiller, c'était fait de roublardises et de grosses rigolades, de solidarités et d'empathies fortes, de souvenirs puissants, de déroulements surprenants, d'aboutissements inattendus.

 

Pour Arthur le développement d'U.S.I.N.E. correspondait à l'un de ces déroulements inattendus, et cela lui semblait être dans le prolongement de tout ce que son adolescence avait pu conserver da sa rencontre structurante avec Pierre Selos, c'était la même critique globale, pas les mêmes gens.

 

Arthur et tous ces compagnons punk, anarchistes et autonomes se sentaient être la relève, la continuation et la rénovation de la révolte légitime et de sa culture, il fallait changer le monde et le mental humain, l'homme ne devait plus être un loup pour l'homme, le communisme devait se vivre maintenant.

 

C'était tout un mouvement dont les bataillons égosillés et tapageurs de la salle de défouloir du squat U.S.I.N.E. n'étaient qu'une partie visible, une foison de fanzines tout juste ronéotés pour la plupart, les débuts de beaucoup de groupes Punk-Rock, ska, dub et autres qui deviendront célèbres par la suite.

 .
Les fanzines défendaient des positions politiques, l'un d'eux se déclarait "pour une presse libre, c'est-à-dire libérée des contingences commerciales et culturelles, nous n'aurons pas, dans cette revue, l'hypocrisie de cacher nos convictions, nous nous référons en effet à une idéologie : l'anarchisme. "

 

"Cependant, les sujets traités concerneront plus particulièrement la culture dans laquelle nous (et beaucoup d'entre vous sans doute) baignons : celui du bouillon de culture underground. Que ce soit celui du rock, de la BD, de la SF, du roman noir, du graphisme..."

"Ce qui ne nous empêchera pas de traiter, sous un angle différent, des sujets historiques ou ayant trait à l'actualité... Une culture souterraine existe tant bien que mal au milieu du show-business et des marchands ; nous voulons la défendre, la développer, la communiquer, la partager et l'échanger."


"Faire son fanzine c'est construire son combat punk, engagé dès son entrée en punkitude : "Etre punk n'était plus le fruit d'une longue réflexion mais plutôt quelque chose de viscéral. Ma punkitude je l'ai pleinement assumée dans la vie de tous les jours (travail compris)."

 

"L'Alternatif demeure fort de tous les individus qui oeuvrent dans l'ombre. (...) Après la révérence de Bérurier Noir, les médias et big brother vont devoir se tourner ailleurs et laisser l'alternatif poursuivre son travail de fond à l'abri des regards cupides et indiscrets. "

 

"La finalité n'est pas de vivre de l'alternatif mais de le réaliser sur des bases durables et sérieuses tant au niveau social, économique et politique. Beaucoup de travail en perspective, mais en espérant qu'un jour le soleil noir ne brillera pas que dans nos têtes". "Notre kultur est rebelle."

 

"Elle rassemble au delà des frontières... punk alors ? Oui mais ni le punk de ces faux rebelles d'avant hier devenus les exploiteurs d'aujourd'hui, ni le punk looké docs et crête. Oui si le punk signifie attitude novatrice, façon de penser et de vivre en rupture avec le système habituel (show-biz, presse)."

 

"Oui notre fanzine est politisé car dans notre société qui elle-même l'est, nous ne manquons pas de sujets pour réagir et faire réagir. (...) Nous ne visons d'ailleurs pas un public en particulier mais des gens de tous horizons pouvant se retrouver dans un certain état d'esprit."

 

"Leur punk rock est radical, ils le considèrent comme un instrument du changement social. Il faut inventer, trouver de nouvelles alternatives aux sociétés capitaliste et dites communiste, mais capitaliste d'état. Les messages et luttes anti-autoritaires sont bien les mêmes qu'avant. "

"Tous les anti : anti fasciste, anti raciste, anti sexiste, anti vivisectionniste, anti milititariste. Moins d'apathie, plus de speed, plus d'autogestion ! On veut se donner les moyens de ce changement, s'auto organiser ! Il faut se réveiller. 1984 c'est de surcroît l'année du roman de George Orwell"

 
"Aujourd'hui, quelques voix se font entendre, d'autres alternatives ont repris la relève, ont repris la voix des dissidents de l'Ouest : radios vraiment libres, squats, fanzines, punks, anars, pacifistes, etc. Parce qu'il y en a toujours, et c'est heureux, qui ne veulent pas attendre 10 000 ans pour qu'on ait tout."

 

"1984, on s'attendait à un 1984 à la Orwell, système totalitaire et Big Brother qui cause dans le poste, et puis, l'année est passée, "moins pire" qu'on aurait pu croire, pourtant... Les contestataires se raréfient ; les prolos, conditionnés par la télé, le tiercé où les syndicats baissent l'échine ; "

 

"La presse n'a plus besoin d'être muselée, elle est devenue aseptisée et aux ordres ; la contestation ne fait plus recette. Pendant ce temps, les Etats se renforcent..." Une presse rock alternative importante émerge. Elle soutiendra abondamment Bérurier Noir, groupe phare et fort revendicatif. "

 

"Quant à ceux qui veulent à tout prix nous coller une étiquette qu'ils aillent se faire foutre : les étiquettes ne peuvent servir qu'à nous cataloguer, ficher, embastiller... "Les pays totalitaires disent tais-toi! Les pays démocratiques disent cause toujours".

Arthur suivait ce tumulte de loin, voulait des luttes.

 

Et il attendait toujours devant sa deuxième Sagres presque bue et se demandait s'il en reprenait une autre, Simon était en retard. Patientait il ? Arthur s'était bien imprégné, avait vu les populations les plus pauvres de la capitale aller et venir à ses occupations, faire fonctionner le petit PMU.

 

Beaucoup d'hommes apparemment célibataires et sans occupation fréquentaient bruyamment des bistrots mal éclairés, ressassaient le pays, rêvaient, se plaignaient, toute les peuples asservis et déracinés avaient là leurs plus fidèles représentants, Babel à l'horizontal

Par Christian Hivert - Publié dans : Les chevaliers ivres : II Destin majeur - Communauté : les anti-capitalistes - Ecrire un commentaire
Mercredi 11 avril 2012 3 11 /04 /Avr /2012 15:58
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beaubourg insoumis Et son sentiment d'exclusion avait commencée bien avant, il lui avait toujours semblé débarquer dans des groupes déjà constitués et refusant l'entrée au nouveau venu. Au Lycée Henri IV les autres élèves ne lui parlaient même pas, il s'approchait d'eux, ils se dispersaient pour se reformer quelque pas plus loin de lui.

 

C'était comme de tenter de saisir une savonnette bien mousseuse, le seul à être venu le voir était Elté, il se retrouvait dans le même situation d'exclusion, cela lui avait fait un bien fou au moment où il envisageait de ne pas poursuivre sa vie. Pierre Selos avait fourni quelques pistes de réflexion, que faire en vie?

 

"Si tu veux vivre, ne fais pas semblant, vis pleinement, franchis les barrières, tu verras il y a des tonnes de façons de vivre agréablement en se sentant utile, non pas pour la société qui sera toujours injuste, il y aura toujours des méchants, on est les méchants de l'autre, mais pour l'autre soi-même, librement."

 

Un changement de lycée opportun permit à Arthur de rebondir et de mettre en œuvre cette capacité à devenir parmi les meilleurs de la classe, en un an il passait dans son nouveau lycée du stade de cancre voyant le monde lui tourner le dos à élève favori des professeurs, et des autres élèves.

 

Puis l'exclusion était revenue abruptement. Dominique Premier, l'avait ignoré, l'avait fui, durant des semaines, avait rit en lisant sa lettre, avait moqué ses sentiments, s'était jouée de lui, il revenait à son statut de poupon effrayé et pleurant, aux milieu d'autres poupons abandonnés de leurs parents.

 

L'abandon n'avait été que provisoire, le temps des transformations familiales et de l'agrandissement de son espace vital, il avait duré malgré tout ses trois premières années. L'abandon de Dominique Premier l'avait aussitôt plongé dans le même abîme de menaces et d'effroi, toutes ses moles bouillaient.

 

C'était comme une brume opaque dans son esprit, il avait mal physiquement, il ne pouvait plus rentrer dans une salle de classe, il rendait copie blanche, il séchait de plus en plus, puis la journée durant, jusqu'à la semaine complète, il errait, plongeait dans les miasmes d'inconfort permanent, d'affolement triste.


Pour Mendes la situation n'était pas la même, à quatorze ans il ne savait pas écrire, avait rejeté tout apprentissage scolaire, ne s'était jamais tenu sage dans le fond de la classe plus de quelques mois d'affilé, avant et après une nouvelle fugue, qui rencontrait-il, à vivre toujours dans la rue ?

 

Quant à savoir ce que ces élèves décrocheurs deviennent, la réponse est vaste. Tout dépend, des alternatives peuvent les aider à se construire professionnellement. Il existe des associations de réinsertion. Mendes en était à refuser ce genre de solutions encore trop encadrées, directives.

 

Alors ils restent sans emploi, sans compétence et dénués d’opportunités de se faire une place. Ce n’est pas sans conséquence et représente un coût pour la société. Mal connu, éminemment complexe, l’absentéisme est une préoccupation de beaucoup de gouvernements, soulève des enjeux sociaux.

 

Son épanchement viral révèle les failles du système scolaire et politique, interroge le devoir des familles et la psychologie des adolescents. Comment s’explique t-il ? Quelles sont les mesures appliquées pour le combattre ? On parle d’absentéisme à partir de trois demi-journées d'absence non justifiées dans le mois.

 

Mendes avait là battu des records. Tous les établissements et les Centres Médico Psycho Pédagogiques avaient été impuissants à trouver des solutions durables lui permettant de retrouver les chemins d'une scolarité, Mendes n'était jamais resté plus de quelques mois dans un placement, toujours il revenait.

 

Maria de Souza ne savait plus à quels saints se vouer, et elle en connaissait beaucoup, elle les conjurait tous d'être témoin, elle ne pouvait pas le prendre chez elle, c'était bien trop petit, il faut lui trouver un établissement en pension complète, moi je ne peux pas, vous voyez bien, c'est trop petit.

 

Mendes en profitait donc pour vivre sa liberté de petit tombé du nid, surnageant à toutes ces formes d'exclusions et de souffrances, se combinant et se construisant de façons diverses. Affrontant seul la faible estime de soi et le rejet de ses copains, Affichant tous les signes de détresse le petit errait dans la ville.


Arthur aussi avait erré dans la ville, son décrochage avait atteint les zones profondes de son psychisme, et sa perception de la réalité s'était augmentée d'une série de délires angoissés, sa douleur intérieure était telle que c'était comme un effervescent puissant lui chatouillant tous les neurones.

 

Arthur captait des messages venus d'étoiles lointaines, conversait avec les poteaux téléphoniques dans les lointaines campagnes terreuses, recevait des signes à déchiffrer et à transmettre au plus grand nombre, il était perdu d'angoisse, ayant sauté dans le bain sans savoir nager, et devoir avancer.

 

Puis la crise de panique existentielle s'était calmée, Pierre Selos avait été à nouveau d'une aide efficace, Arthur avait eu l'impression de sortir d'un noir tunnel engluant, il se souvenait de tous ses délires, toutes ses fièvres, émergeant comme suite à une longue maladie. "Fait quelque chose de ta souffrance, construit.

 

Et puis il faut retrouver ta confiance, la confiance est une attitude fondamentale dans la vie. Elle nous permet de créer un état de détente, de bien-être, et surtout, d’envisager la vie avec optimisme, même si le monde est un désastre. Cette attitude de base n’apparaît pas soudainement, il faut la construire.

 

Elle se construit graduellement au fil des années à travers des relations d’attachement et des expériences significatives. Autant chez l’adulte que chez l’enfant, elle varie au cours de l’existence avec des progressions subites et des régressions temporaires, il faut la faire progresser.

 

Le noyau archaïque de l’estime de soi prend justement sa source dans des relations d’attachements qui suscitent un sentiment de confiance…." Pierre était un peu pédagogue et beaucoup psychologue. Arthur était devenu un marginal rebelle un peu foufou, un autonome sans convictions ni programme.

 

Pierre sans doute du temps de sa courte carrière dans la chanson Française avait du croire à certaines utopies au moment où dans les années 70, les idéaux soixante-huitards sombrèrent dans un militantisme magouilleur ou un babacoolisme nauséeux. Plus d'un s'en dégoûtèrent, les autres finirent leurs études.

Par Christian Hivert - Publié dans : Les chevaliers ivres : II Destin majeur - Communauté : les anti-capitalistes - Ecrire un commentaire

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