Et pour cela il fallait nécessairement une volonté forte et honnête de tous ceux qui tenteraient l'aventure. Arthur se sentait parfois sélectionneur. Il sélectionnait ses relations en
fonction de ce qu'il supposait d'honnêteté et d'absence de volonté dominatrice, rejetait beaux parleurs et exhibitionnistes.
Mais ce n'était pas simple, les rusés avaient beau jeu, les simulations de confréries se désolaient sur le marché des trahisons multiples. Aucun territoire n'était tenu étanche, le traitre se masquait de bonhomie et le corrompu de principes absolus et impossibles à suivre, presque tous suivaient.
Arthur ne voulait pas être le meneur. "Si tu ne veux pas être meneur il te faut trouver qui suivre" l'avait gentiment provoqué Dominique Premier, il avait sept ans de moins et s'extrayait douloureusement de l'adolescence. Depuis tout ce temps il se faisait la même réponse, ni suiveur ni suivi.
Par contre il n'entrevoyait toujours pas le système idéal permettant à l'être humain et à son espèce en général de changer les donnes et de permettre à tous d'avoir une place utile au sein de sa communauté, tous les savoirs faire valorisés et concourant à l'utilisation maximum d'un potentiel faramineux.
Pour Arthur il n'était pas possible que cela ne puisse pas se produire massivement sur terre, un jour chacun comprendrait l'inutilité des haines et des massacres, chacun protègerait chacun des risques des violences, il ne pourrait plus y avoir de guerre, les intérêts y menant seraient prohibés.
Arthur pensait que la planète et sa population la plus remuante étaient de taille à satisfaire les besoins de tous, les richesses accumulées étaient suffisantes pour autoriser des destins harmonieux à tous. C'était le sens de cette vie dont l'humain semblait être le développement le plus abouti.
Au lieu de cela jamais la réplique de Georg Büchner n'était plus juste : "Il nous manque quelque chose, je n'ai pas de nom pour le nommer. Mais nous ne le trouverons pas en nous fouillant dans les entrailles les uns des autres." Arthur était en quête de solutions pour l'humanité et sa planète.
Pour Arthur l’autonomie n’était pas un comportement à promouvoir, elle était en actes et non en paroles, et ces actes exprimaient ce qui paraissait naturel dans l’exploitation générale ,agir d’abord par soi-même et pour soi-même et rien n'avait changé depuis les premiers temps du capitalisme.
Il lui fallait bien tenter de se trouver une sorte de métier, de mission, puisqu'il réfutait tout l'ordonnancement mondial des sociétés productives de consommation et gestionnaires de consommateurs. Arthur avait cette utopie de vouloir changer le monde en n'y participant pas, en reniant ses règles.
On a beaucoup parlé d’autonomie dans les trente ou quarante dernières années comme s’il s’agissait de la naissance d’un mouvement spécifique, voire d’un courant de pensée, comme s’il s’agissait d’une revendication à inscrire dans un programme, d'un regroupement nouveau de partisans.
Arthur considérait que beaucoup de manières de faire se valaient et n'étaient pas en concurrence réelle mais étaient complémentaires, concourraient d'égale importance à faire advenir enfin cette société sans classe, où l'ordre des taches à accomplir serait décidé par tous au même degré d'autonomie.
Les punks faisaient cela un peu partout en France, ils véhiculaient chez les plus conséquent quelques unes des critiques et des solutions les plus radicales de ce qui fut historiquement les revendications de là classe ouvrière en pleine recomposition mondiale sous la férule de la haute finance internationale.
Il était bien clair que ni Arthur ni le moindre de ses compagnons du collectif U.S.I.N.E. n'avaient la plus petite intention de finir dans la tête et la peau d'un prolétaire exploité, mais ils n'allaient pas attendre que tous s'y mettent pour transformer les conditions de leur existence .
Un regroupement des punks les plus virulents du moment s'était créé à Lyon l'année d'Orwell, 1984, et s'était nommé la Fraktion Rock Terroriste, formé de plusieurs groupes de musique, Les Haines Brigades, les Krapos Noirs, Kalashnikov, Purge 37, des dessinateurs, des photographes, des militants.
Rapidement ils autoproduisent un fanzine Kanaï dont le représentant permanent au squat U.S.I.N.E. se faisait appeler tout naturellement Kanaï, il était en permanence vêtu d'un pull over noir et rouge, tricoté par sa grand mère aux couleurs de ses convictions politiques, il faisait la liaison.
Lorsque l'on n'a pas de gros moyens financiers tout est bon pour gratter le nécessaire à son action. Kanaï venait donc régulièrement à Paris en "grillant le dur. Des TGV avaient été inaugurés triomphalement trois ans plus tôt, il fallait bien s'en servir, il participait aux réunions plusieurs fois par mois.
Kanaï venait s'installer à U.S.I.N.E. avec ses papiers et ses interviws, tapaient coupait collait et portait aux restes des imprimeurs libres, des communistes libertaires gérant des coopératives ouvrières , et qui trouvaient toujours une place au milieu des affiches de leurs autres cliens.
Le Fanzine ne coûtait donc rien à l'impression, puis il était diffusé a travers la France en utilisant les nouvelles possibilités ultra rapides, téléphoner au récepteur du colis une heure ou deux avant en donnant le numéro du TGV et de la voiture où se trouve le colis, récupérer le colis en gare d'arrivée.
Kanaï était donc radical. "Les nouveaux Ravachol ont abandonné la bombe pour la guitare ! Le terrorisme est devenu musical, la violence est dans les décibels !" Kanaï, dans ses pages, parle des groupes musicaux anarcho-punks, y mèle des articles politiques et un dossier : racisme, armée, etc...
"Il y a beaucoup à faire face à toutes ces crevures kakies, face à cette racaille gradée, face à leur ordre de merde, face à leur connerie immense, face à leur drapeau-torchon ! L'armée pue la bière mais elle pue surtout la mort, le sang, l'anéantissement de la vie !", ils étaient insoumis.
"Les défilés du 14 juillet ne sont que de viles mascarades tricolores derrière lesquelles se cachent la mort et sa faucheuse. Les monuments aux morts sont un culte à la charogne qui ne peut que nous prouver que l'Etat veut garder tout son pouvoir et avoir le dernier mot. "




Que pouvait donc bien construire
Mendes, mis au banc de toutes les qualifications nécessaires à l'exercice d'un métier ou d'une occupation, exclu des réseaux de socialisation ordinaires aux enfants de son âge, il avait pour
préoccupation de toujours revenir à la maison où il n'était pas attendu.
Le groupe Total devenu une arme de corruption
massive
La crise, comme une parade à Mai 68, donna le coup de grâce, et en convainquit plus d'un de choisir le sens de la progression sociale et à la mise à l'abris dans
l'environnement professionnel le plus élevé possible pour se tenir à l'écart de cette populace de travailleurs pauvres et bientôt précaires.
