"Mendes sera
là?" "Oui, je suis passé au squat de clochards, il n'y était pas mais ils vont lui transmettre, je lui ai filé rendez vous chez sa mère, après on ira à U.S.I.N.E. tous ensemble pour demander au
collectif?" "Oui, bien sûr autant faire cela le plus rapidement possible, je leur en ai parlé."
"Ils veulent voir le môme d'abord et fixer quelques règles, ils ne veulent pas d'histoires, déjà que cela a fait pas mal de foin entre les jeunes punks et le collectif, ils nous disent qu'on fait deux poids deux mesures, leur rêve semble être d'avoir le droit de passer leurs nuits à U.S.I.N.E., des ados."
"Oui, mais eux c'est leur choix de vie, ils peuvent ouvrir un squat, ils pourraient retourner chez leurs parents, retrouver leur petite chambre avec télévision intégrée, c'est pas comme Mendes, tu vas voir, on arrive, c'est vraiment petit, et la mère de Mendes ne veut pas bouger de là, ça fait des années."
"Ils lui ont fait pleins de propositions, mais à chaque fois elle trouve quelque chose qui ne convient pas, elle bouge pas son cul, en fait elle trouve très bien que c'en soit d'autres qui s'occupent de Mendes, elle n'en a rien à foutre de lui." Arthur entendit l'orientation dépréciative du rapport de Simon.
Il ne semblait pas porter la mère de son protégé dans son cœur, mais disait-il également : "C'est Mendes qui s'accroche à elle, faut pas lui parler mal de sa mère, il se fâche, alors qu'elle n'a jamais rien fait pour lui, elle le faisait dormir sous l'évier quand il était petit, quand elle mettait un mec dans son lit."
Arthur avait été concerné par le manque de place dans l'appartement familial, sa mère avait trouvé à placer ses deux enfants dans une pouponnière de la région parisienne, puis, les problèmes de place résolus, Arthur en était sorti, il avait trois ans, il en avait encore des souvenirs, en rêvait.
Ils venaient de pénétrer dans un tout petit passage reliant la rue du Landy à la rue Cristino Garcia, sur un mur au revêtement écailleux était pratiquée une ouverture rudimentaire munie d'une porte au bois vermoulu supportant un boite aux lettres rouillée portant la mention "Maria de Souza"
Au dessous étaient tracées à la peinture rouge brillante le numéro 12 bis, dont on devinait sans peine le rajout non officiellement cadastré et devenu, par la force de l'inertie de l'histoire, pérenne. "Elle astique sa boite aux lettres tous les jours malgré la rouille" Simon se moquait en entrant dans la cour.
C'était un lieu très étrange dont tous les éléments étaient rafistolés. Eussent été ils pris isolément ils n'évoquaient rien d'autre que des déchets, tandis que leur assemblage en vue de leur donner une utilité dans l'ensemble les faisait apparaître comme un ensemble cohérent, juste, utile et poétique.
C'était fleuri et cela sentait bon. Dés que l'œil s'était accoutumé à cette pénombre des petites courettes, le mental évacuait les informations concernant l'aspect biscornu des contenant fleuris, tout ce qui était creux avait été transformé en pot de fleur, des chaussures, de la vaisselle, des moellons de ciment.
Résistant aux premières indications visuelles évoquant plus le dépôt sauvage de déchets dans un terrain vague, l'imaginaire admettait le rangement et le souci esthétique de l'ensemble, on entrait bien chez quelqu'un, il s'agissait visiblement bien d'un endroit habité et joliment décoré.
Un cabanon de planches et de résidus de l'industrie du bâtiment était construit dans le fond de la courette, une porte et une fenêtre indiquaient une pièce unique, le wc à la turque était extérieur et avait une chasse haute apparemment en état. Leurs pieds crissèrent sur une sorte de gravier pointu.
Maria n'était pas seule, on entendait des bruits de voix en langue étrangère aux accents criants, du portugais, une voix d'homme, une voix de femme, assez riantes, était-ce le bon moment, un faisceau de fils raccommodés au ruban collant d'électricien s'évadaient par l'arrière de la cour.
Les murs nus de moellons de ciment des bâtisses alentours s'élevaient semblant vouloir écraser ce petit écrin fait de récupération et d'ingéniosité, le personne qui vivait là ne donnait pas 'impression de vouloir en partir, par dizaines tous les détails observés indiquait le soin, la minutie, l'application.
Arthur fut impressionné, il débarquait dans un autre monde, cet univers s'était développé hors sa connaissance, il n'avait jamais abordé ce genre de rivage, il se trouvait dans une île de favelas au milieu des pauvretés du siècle, il voulut se souvenir de tout, il se trouvait chanceux d'être témoin.
Arthur venait de comprendre une partie de l'histoire de Mendes, en un instant, par le flair, l'ouïe et l'émotion il put mettre bout à bout les premières informations diffusées par Simon au sujet de l'histoire familiale de Mendes, de Maria, et de leur compagnon de misère Marx, le terrible absent.
Il l'imaginait sans peine gratter à la petite porte de bois en passant discrètement la tête par l'entrebâillement pour faire une surprise au bambin laissé à pousser là au milieu des pots de fleurs, tandis que sa mère tenait salon au milieu d'hommes qu'elle désaltérait au Vinho Verde arrivé directement du pays.
Maria n'avait jamais prévu d'avoir d'enfant, elle voulait un refuge inexpugnable et garanti, un nid où elle n'avait fait aucune place à sa becquée, elle avait porté ses oisillons puis les avait sortis du nid dès que possible, Maria avait toujours seize ans et s'était mise à l'abri, le petit était de trop.
Maria souriait dans le soleil sut le palier de la piécette "Vaï, tais toi Antonio, nous avons du monde qui nous vient, parle Français." "Bonjour, nous venons.." "Oui, c'est toi Simon, tu veux t'occuper de Mendes, il serait temps qu'il apprenne un métier, mais pas maçon c'est trop dur, il est pas comme un homme."
"Et puis il est blessé, une vilaine cicatrice, ah oui, le médecin dit il peut pas porter comme un homme, comme un maçon." "Bonjour Madame" Arthur s'était avancé. Des effluves de morue cuisinée s'échappaient de la fenêtre entrebâillée par laquelle on pouvait apercevoir une pile de vaisselle sale.
"On voulait vous dire et se mettre d'accord entre nous pour Mendes, il habitera chez moi dans une grande maison où on habite à plusieurs, il faudra le dire au juge, que vous êtes d'accord, je vais vous laisser mon nom et l'adresse sur un papier." "Ah oui, bien, parce que la rue toujours la rue, c'est pas bien."




National -
17/12/2008 - A la une
"Oui, et encore ,
sa mère c'est lui qui va la voir et essaye de rester chez elle quand elle est seule, mais maintenant elle ne le veut plus, il faut trouver une solution où il puisse rester, sinon elle à dit
qu'elle demanderait au juge un placement en pensionnat." "Pourquoi pas, dans sa situation?"
"Tout ça est à détruire avant qu'il ne nous détruise !" Le groupe avait déjà organisé un festival anarcho-punk en Ardèche : "Justice Zulu" et préparait l'organisation des
concerts de Bérurier Noir et Haine Brigade pour les Journées Libertaires de Lyon prévues prochainement, à leur manière, ils le relatèrent.
15 avril 2012

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