Recherche

Annuaires

 

 

 

 

 

 

 

 

FERank


Creative Commons License
This work is licensed under a Creative Commons Attribution-Share Alike 2.5 Generic License.   Enhanced with Snapshots

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lundi 23 avril 2012 1 23 /04 /Avr /2012 11:11
- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

franc moisins "Mendes sera là?" "Oui, je suis passé au squat de clochards, il n'y était pas mais ils vont lui transmettre, je lui ai filé rendez vous chez sa mère, après on ira à U.S.I.N.E. tous ensemble pour demander au collectif?" "Oui, bien sûr autant faire cela le plus rapidement possible, je leur en ai parlé."

 

"Ils veulent voir le môme d'abord et fixer quelques règles, ils ne veulent pas d'histoires, déjà que cela a fait pas mal de foin entre les jeunes punks et le collectif, ils nous disent qu'on fait deux poids deux mesures, leur rêve semble être d'avoir le droit de passer leurs nuits à U.S.I.N.E., des ados."

 

"Oui, mais eux c'est leur choix de vie, ils peuvent ouvrir un squat, ils pourraient retourner chez leurs parents, retrouver leur petite chambre avec télévision intégrée, c'est pas comme Mendes, tu vas voir, on arrive, c'est vraiment petit, et la mère de Mendes ne veut pas bouger de là, ça fait des années."

 

"Ils lui ont fait pleins de propositions, mais à chaque fois elle trouve quelque chose qui ne convient pas, elle bouge pas son cul, en fait elle trouve très bien que c'en soit d'autres qui s'occupent de Mendes, elle n'en a rien à foutre de lui." Arthur entendit l'orientation dépréciative du rapport de Simon.

 

Il ne semblait pas porter la mère de son protégé dans son cœur, mais disait-il également : "C'est Mendes qui s'accroche à elle, faut pas lui parler mal de sa mère, il se fâche, alors qu'elle n'a jamais rien fait pour lui, elle le faisait dormir sous l'évier quand il était petit, quand elle mettait un mec dans son lit."

 

Arthur avait été concerné par le manque de place dans l'appartement familial, sa mère avait trouvé à placer ses deux enfants dans une pouponnière de la région parisienne, puis, les problèmes de place résolus, Arthur en était sorti, il avait trois ans, il en avait encore des souvenirs, en rêvait.

 

Ils venaient de pénétrer dans un tout petit passage reliant la rue du Landy à la rue Cristino Garcia, sur un mur au revêtement écailleux était pratiquée une ouverture rudimentaire munie d'une porte au bois vermoulu supportant un boite aux lettres rouillée portant la mention "Maria de Souza"

Au dessous étaient tracées à la peinture rouge brillante le numéro 12 bis, dont on devinait sans peine le rajout non officiellement cadastré et devenu, par la force de l'inertie de l'histoire, pérenne. "Elle astique sa boite aux lettres tous les jours malgré la rouille" Simon se moquait en entrant dans la cour.

 

C'était un lieu très étrange dont tous les éléments étaient rafistolés. Eussent été ils pris isolément ils n'évoquaient rien d'autre que des déchets, tandis que leur assemblage en vue de leur donner une utilité dans l'ensemble les faisait apparaître comme un ensemble cohérent, juste, utile et poétique.

 

C'était fleuri et cela sentait bon. Dés que l'œil s'était accoutumé à cette pénombre des petites courettes, le mental évacuait les informations concernant l'aspect biscornu des contenant fleuris, tout ce qui était creux avait été transformé en pot de fleur, des chaussures, de la vaisselle, des moellons de ciment.

 

Résistant aux premières indications visuelles évoquant plus  le dépôt sauvage de déchets dans un terrain vague, l'imaginaire admettait le rangement et le souci esthétique de l'ensemble, on entrait bien chez quelqu'un, il s'agissait visiblement bien d'un endroit habité et joliment décoré.

 

Un cabanon de planches et de résidus de l'industrie du bâtiment était construit dans le fond de la courette, une porte et une fenêtre indiquaient une pièce unique, le wc à la turque était extérieur et avait une chasse haute apparemment en état. Leurs pieds crissèrent sur une sorte de gravier pointu.

 

Maria n'était pas seule, on entendait des bruits de voix en langue étrangère aux accents criants, du portugais, une voix d'homme, une voix de femme, assez riantes, était-ce le bon moment, un faisceau de fils raccommodés au ruban collant d'électricien s'évadaient par l'arrière de la cour.

 

Les murs nus de moellons de ciment des bâtisses alentours s'élevaient semblant vouloir écraser ce petit écrin fait de récupération et d'ingéniosité, le personne qui vivait là ne donnait pas 'impression de vouloir en partir, par dizaines tous les détails observés indiquait le soin, la minutie, l'application.

Arthur fut impressionné, il débarquait dans un autre monde, cet univers s'était développé hors sa connaissance, il n'avait jamais abordé ce genre de rivage, il se trouvait dans une île de favelas au milieu des pauvretés du siècle, il voulut se souvenir de tout, il se trouvait chanceux d'être témoin.

 

Arthur venait de comprendre une partie de l'histoire de Mendes, en un instant, par le flair, l'ouïe et l'émotion il put mettre bout à bout les premières informations diffusées par Simon au sujet de l'histoire familiale de Mendes, de Maria, et de leur compagnon de misère Marx, le terrible absent.

 

Il l'imaginait sans peine gratter à la petite porte de bois en passant discrètement la tête par l'entrebâillement pour faire une surprise au bambin laissé à pousser là au milieu des pots de fleurs, tandis que sa mère tenait salon au milieu d'hommes qu'elle désaltérait au Vinho Verde arrivé directement du pays.

 

Maria n'avait jamais prévu d'avoir d'enfant, elle voulait un refuge inexpugnable et garanti, un nid où elle n'avait fait aucune place à sa becquée, elle avait porté ses oisillons puis les avait sortis du nid dès que possible, Maria avait toujours seize ans et s'était mise à l'abri, le petit était de trop.

 

Maria souriait dans le soleil sut le palier de la piécette "Vaï, tais toi Antonio, nous avons du monde qui nous vient, parle Français." "Bonjour, nous venons.." "Oui, c'est toi Simon, tu veux t'occuper de Mendes, il serait temps qu'il apprenne un métier, mais pas maçon c'est trop dur, il est pas comme un homme."

 

"Et puis il est blessé, une vilaine cicatrice, ah oui, le médecin dit il peut pas porter comme un homme, comme un maçon." "Bonjour Madame" Arthur s'était avancé. Des effluves de morue cuisinée s'échappaient de la fenêtre entrebâillée par laquelle on pouvait apercevoir une pile de vaisselle sale.

 

"On voulait vous dire et se mettre d'accord entre nous pour Mendes, il habitera chez moi dans une grande maison où on habite à plusieurs, il faudra le dire au juge, que vous êtes d'accord, je vais vous laisser mon nom et l'adresse sur un papier." "Ah oui, bien, parce que la rue toujours la rue, c'est pas bien."

Par Christian Hivert - Publié dans : Les chevaliers ivres : II Destin majeur - Communauté : les anti-capitalistes - Ecrire un commentaire
Vendredi 20 avril 2012 5 20 /04 /Avr /2012 16:38
- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

corps National - 17/12/2008 - A la une

Un logement décent pour chacun, une ville belle et solidaire pour tous


L’appel du 17 décembre 2008

UN LOGEMENT DÉCENT POUR CHACUN
UNE VILLE BELLE ET SOLIDAIRE POUR TOUS


La crise financière est devenue une crise économique grave qui se traduit par un ralentissement de tout le secteur de la construction et des travaux publics, secteur crucial d’activité représentant 1,7 million emplois directs.

Nous appelons à un grand projet national  pour donner un logement décent à nos concitoyens et reconstruire des villes belles et solidaires.

Rassemblons Etat, collectivités locales, maîtres d’ouvrages publics et privés, et toute la filière du bâtiment, des travaux publics et du cadre de vie que nous représentons dans cet objectif citoyen fédérateur.

Nous devons unir nos énergies et nos intelligences pour surmonter cette crise : Rénovons un parc de logements encore insuffisant, concevons des écoquartiers, inventons des réseaux économes et performants, construisons une organisation urbaine durable et prospective.


3 millions de français sont mal logés. Il manque aujourd’hui en France 500 000 logements dont 120 000 sociaux,

…et un logement construit, c’est deux emplois créés.


L’état a proposé un certain nombre de mesures qui ne suffiront pas si elles ne sont pas amplifiées, développées et complétées par l’ensemble des acteurs.

Nous en appelons à la responsabilité de tous et nous proposons que soient organisés des groupes de réflexion et de suivi de ce plan à chaque échelon territorial. Les objectifs et les demandes des signataires sont de :

■ Accélérer la libération du foncier disponible de l’Etat, des collectivités territoriales et des sociétés nationales pour libérer du foncier à un prix compatible avec la production de logements abordables, tout en favorisant la densification dans les communes ne respectant pas les dispositions de la loi SRU (20% de logements sociaux).

L’Etat et les collectivités doivent innover en menant sur leur patrimoine des opérations d’urbanisme exemplaires.
Des milliers d’hectares peuvent ainsi devenir l’enjeu de projets cohérents et novateurs, une construction raisonnée de la ville de demain.

■ Lancer des analyses fonctionnelles, économiques et environnementales des territoires (villes, communautés de communes, départements, etc.) pour identifier les formes urbaines à inventer, le patrimoine à réhabiliter, les réseaux à rénover et rationaliser, les transports à organiser.

Dans la continuité de la ville historique, retravaillons les franges urbaines pour en faire le champ privilégié de la rénovation et de la mise en place des écoquartiers.

■ Redonner au livret A sa vocation première de financer le logement social,

■ Systématiser la TVA à 5,5% sur le logement en accession sociale sous plafonds de ressources,

■ Assouplir intelligemment les normes de la construction pour baisser les coûts de production en privilégiant le confort de vie,

■ Encourager les réflexions et la recherche de solutions constructives novatrices en menant des projets pilotes expérimentaux

■ S’engager dans la requalification de notre parc immobilier dans toutes ses dimensions fonctionnelles, thermiques, acoustiques, sanitaires, etc., afin d’alléger les charges des occupants et leur proposer un cadre de vie décent

■ Impliquer les organismes financiers pour maintenir les capacités d’investissement, des collectivités aux particuliers


Plus largement, il est nécessaire de maintenir les niveaux des plafonds de ressources pour l’accession sociale et d’adapter la production de logements à la capacité d’emprunt des futurs acquéreurs.

Outre un objectif économique, c’est un objectif social et politique ambitieux que l’on pourra ainsi satisfaire.
C’est aussi la condition pour que le Grenelle de l’Environnement, au-delà de ses seules options énergétiques, ne reste pas lettre morte. Pour cela, c’est l’ensemble de la filière « construction » qui doit être mobilisée, des industriels aux maîtres d’ouvrage, des concepteurs aux réalisateurs.

*

Tous les acteurs du secteur de la construction signataires du présent appel apporteront pour leur part, leur énergie et leur talent pour accompagner ces efforts.
Ils souhaitent que les mesures de soutien à la construction, notamment fiscales,  soient toujours assorties d’exigences qualitatives et de prise en compte des valeurs de développement durable auxquelles ils sont attachés. Ils s’engagent à former massivement la filière à ces nouvelles exigences.

*

Pour être efficace, la relance économique que nous souhaitons, devra être solidaire dans ses ambitions, mais aussi innovante et belle dans ses réalisations.

Les Français aspirent à un cadre de vie de qualité, il nous revient de les satisfaire.


Les signataires :

- Conseil national de l’Ordre des architectes (CNOA)
- Syndicat National du Second Œuvre (SNSO)
- Union Nationale des Economistes de la Construction (UNTEC)
- Fédération Nationale des Travaux Publics (FNTP)
- Chambre de l’Ingénierie et du Conseil de France (CICF)
- Les Entreprises Sociales pour l’Habitat (ESH)
- Union Sociale pour l’Habitat (USH)
- Fédération Nationale des sociétés coopératives d’HLM
- Fédération des Offices Publics d’HLM

Par Christian Hivert - Publié dans : Autonomie - Communauté : les anti-capitalistes - Ecrire un commentaire
Lundi 16 avril 2012 1 16 /04 /Avr /2012 19:35
- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

francmoisin "Oui, et encore , sa mère c'est lui qui va la voir et essaye de rester chez elle quand elle est seule, mais maintenant elle ne le veut plus, il faut trouver une solution où il puisse rester, sinon elle à dit qu'elle demanderait au juge un placement en pensionnat." "Pourquoi pas, dans sa situation?"

 

"Mais ils l'ont placé au moins dix fois, autant de familles d'accueil, il n'y reste pas trois mois, à un moment il dit ça va, c'est bon je suis resté assez longtemps, je m'en vais, et il revient voir sa mère." "Mais je ne comprends pas, les premières fois c'était bien de chez sa mère qu'il fuguait?"

 

"Ah oui, mais là c'était pas pareil, c'est quand Marx est parti, c'était un grand copain de sa mère, il s'occupais de lui, il l'amenait à l'école, mais il est rentré au pays au moment de la révolution, et depuis le môme ne va plus à l'école, et pour la première fugue, il ne s'entendait pas avec son beau père"

 

Le parcours du petit combattant Mendes n'était véritablement pas ordinaire; Arthur se demandait même si Simon n'en rajoutait pas un peu dans le côté "Germinal-les misérables" pour lui faire vibrer sa fibre solidarité ouvrière et obtenir son adhésion à son projet de prise en charge de Mendes.

 

"Ouais, mais moi je ne vais pas pouvoir m'en occuper, lui n'a pas de projet, toi tu en as un, ton projet c'est de s'occuper de Mendes, c'est bien mais pour l'amener à quoi si lui n'a pas de projet, normalement il y a des professionnels qui s'occupent de gars comme lui, nous on n'est pas outillés, on n'est pas formés."

 

"Non, mais toi tu n'interviens que pour permettre que Mendes habite à U.S.I.N.E., après moi je m'occupes de tout, ses fringues ce qu'il mange, son argent de poche, il ne manquera de rien, et je lui apprendrait à lire et à écrire, le temps de trouver ce qu'il veut faire et de l'aider à le faire."

 

"Oui, mais là tu viens de prendre deux emplois, ceux qui apprennent à lire et à écrire aux autres ils ont fait des études pour devenir instituteurs, et ceux qui aident les ados à trouver leur voie professionnelle ils sont éducateurs , il y a des méthodes, des savoirs faire, on ne fait pas cela comme ça."


"Non, mais laisse moi essayer, ça fait huit ans qu'ils n'ont rien fait ni rien réussi avec lui, si je n'étais pas en contact avec lui, ils ne sauraient même pas où le trouver, dans quel squat de clochards il se trouve, moi j'ai envie de faire quelque chose pour lui, pour qu'il s'en sorte."

 

Simon sortirait souvent cette expression comme argument définitif et motivation légitime. "Moi j'ai envie" Arthur doutait, mais ne doutait-il pas de tout? Ce que Simon proposait là n'étais-ce pas cette chance dont il avait pu profité lorsqu'il avait rencontré Pierre Selos, si le môme était à la rue?"

 

"Ouais bon, ok , mais on fait vraiment tout dans les règles, le squat est un endroit surveillé et subversif, tout ce qui pourrait leur permettre de venir tout saccager ou nous envoyer en prison, ils vont sauter dessus, alors avec les histoires qu'il y a eu ces dernières années, les mineurs on fait gaffe."

 

"Quelles histoires?" "La plus grosse, c'était l'histoire du Coral." "Ca me dit quelque chose, mais tu sais moi les informations, j'ai une mémoire de poisson rouge" "Ouh là là, je ne vais pas tout te raconter, d'autant que l'on ne peut  pas vraiment savoir, ça touche une discussion taboue chez tout le monde."

 

"Bon, au début le Coral c'est un lieu de vie, c'est à dire un centre d'accueil pour personnes en difficultés, souvent des psychotiques, des autistes, mais aussi des délinquants ou des mineurs, qui s'organise et se gère de manière alternative, une nouvelle manière de faire le métier d'éducateur spécialisé"

 

"Ce sont des expériences qui datent des années 1970, des petites structures qui fonctionnent sans être agréées par l'état mais où les mômes sont quand même confiés par la DASS ou par leurs parents, il y en a eu plein, des crèches, des écoles différentes, des colonies de vacances, des centres aérés"

 

"Et donc le Coral était une petite structure de ce genre, à un moment un indic qui s'était fait passer pour éducateur chez eux les a dénoncé pour actes sexuels sur les mômes qu'ils avaient en charge, ça a fait un gros procès avec des accusations délirantes et sali l'image de tous les lieux de vie"


"En réalité on ne sait pas bien ce qui s'est passé, jusqu'où des relations de tendresse peuvent-elles aller entre des pensionnaires et leurs éducateurs, tous les spécialistes ne sont pas exactement d'accord à ce sujet, et la loi impose un âge légal pour ce genre de tendresse à caractère sexuel"

 

"Et maintenant c'est la correctionnelle directe, c'est interdit par la loi, et moi je ne sais pas, les lois ne sont en général pas faites pour la bonheur de tous, il y en a qui disent que ce genre de relation entre un enfant et un adulte est traumatisante pour l'enfant et pour son développement sexuel et affectif."

 

"Et il y en a qui disent que de fumer des pétards c'est dangereux pour la santé, et c'est la correctionnelle directe" "Voilà, mais en fait pour les rapports entre enfants et adultes, le problème c'est que ce sont des adultes qui ont ce goût là qui en défendent le principe, pas des enfants."

 

"Les enfants sont influençables, s'ils rencontrent un adulte sympa et câlinant est-ce qu'ils sont suffisamment forts pour se rendre compte et choisir, c'est ce qui me chiffonne, l'enfant est amené à un choix qu'il ne maitrise pas, il n'en n'a pas l'expérience, plus tard il peut en souffrir."

 

"La loi a décidé que l'enfant n'avait pas encore la capacité de se rendre compte ni d'être autonome et responsable sur ce sujet, le débat est clos, moi je n'ai aucun goût pour les mineurs alors cela ne me dérange pas et je ne veux pas d'embrouilles à U.S.I.N.E., on a assez d'ennemis comme cela."

 

"Bon, on va voir la maman?" "Allons y c'est à deux minutes!" Ils rejoignirent la rue du Landy avec ses terrains vagues entrecoupés de maisons basses aux rez-de-chaussée commerçants ou artisanaux. Arthur était partagé entre ses idées libertaires et la nécessité de protéger les mineurs.

 

La loi n'autorise aucune exception et ne différencie pas les situations, mais dans ce cas précis s'octroyer un droit au doute ou à l'erreur représentait un risque majeur de corruption du développement de l'enfant, toute une vie pouvait s'en trouver affectée. "Dans le doute abstiens toi ami des enfants."

Par Christian Hivert - Publié dans : Les chevaliers ivres : II Destin majeur - Communauté : les anti-capitalistes - Ecrire un commentaire
Lundi 16 avril 2012 1 16 /04 /Avr /2012 19:31
- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Choo, Jean François Soulier"Tout ça est à détruire avant qu'il ne nous détruise !"  Le groupe avait déjà organisé un festival anarcho-punk en Ardèche : "Justice Zulu" et préparait l'organisation des concerts de Bérurier Noir et Haine Brigade pour les Journées Libertaires de Lyon prévues prochainement, à leur manière, ils le relatèrent.

 

"Les 13, 14 et 15 juillet 1984 a eu lieu le 1er festival anarcho-punk des Rochains, près de Lamastre en Ardèche. C'était une des premières fois qu'un tel rassemblement avait lieu en France et pour un coup d'essai, même si tout ne fut pas parfait, on peut parler d'un succès.    

 

"Les concerts se déroulaient dans les ruines d'une usine attenant à une petite ferme, tout cela formant un décor bien chaotique, très propice à la musique punk. Bien entendu, les gendarmes avaient été prévenus qu'un rassemblement aurait lieu, si bien qu'ils s'étaient emb usqués à 1km du lieu des concerts"

 

Un minimum d'organisation avait été nécessaire pour inviter les groupes, louer la sono, assurer le ravitaillement, sur place tout s'organisait de soi-même. Le passage des groupes, la bouffe, la buvette (chacun payait sans qu'un caissier vérifie tout), la vaisselle, le nettoyage, le rangement, se réglait ensemble.

 

"Sur place on pouvait trouver à manger gratuitement et à boire (payant pour rembourser les frais de la sono). On a enfin vu des punks passer un week-end ensemble, sans bastons, vols et autres conneries. Voilà, alors on espère recommencer cette année avec des groupes plus divers

 

"Même si parfois des propos un peu vifs ont été échangés (la bière aidant) il n'y eut ni violence, ni vandalisme, ni vol de matériel. On a enfin pu voir des punks capables de créer, de réfléchir, de s'organiser, de vivre ensemble sans le climat malsain qui caractérise souvent les concerts punks. On reprend espoir..."

 

A ce festival participèrent de nombreux groupes appartenant à cette mouvance. Dans une salle improvisée, durant une longue nuit, French Letter, Kalashnikov, Purge 37, Haine Brigade, un groupe suisse Miscat, les Krapos Noirs et Trotz Allem se succédèrent dans une ambiance subversive.

 


Dans l'après-midi il y eut aussi des projections de vidéos (Monty Pithon, Hara Kiri, un reportage sur les Misquitos). Par leurs prises de position, leurs déboires, leurs perspectives, les anarcho-punks redynamisent cette contestation urbaine, née à Londres vers 1976, au-delà de la récupération bouffonnière.

 

Puis en Juin, au centre des Expositions de Montreuil, 1er "Forum du disque autoproduit et du fanzine" organisé par diverses associations bien-pensantes et subventionné par Jack L... Kanaï commenta : "Chaque pékin désireux d'entrer dans le lieu devait débourser au préalable 40 F."

 

"Cela lui donnait le droit de feuilleter divers zines qu'il pouvait lire gratos dans toutes les librairies habituelles, et d'assister à un concert de Cyclope et Rita Mitsouko (qui enregistre chez Virgin, bonjour l'autoprode !)" Jack avait déjà déclaré que la culture était un secteur commercial à part entière.


Nous avons, en compagnie de plusieurs autres fanzines (Molotov & Confetti, Kanaï, Mr Propre, Manifestes, Les héros du peuple, La Kronik des Coupeurs de Têtes, Symphonie Urbaine...) et du label Bondage Records avec Nuclear Device, organisé notre contre-forum, tout d'abord sur les marches"

 

"Puis sommes rentrés sans débourser un centime afin de squatter un stand. Opération réussie à 100 %. Du monde s'est arrêté à notre stand et pu admirer la pauvreté du reste de la manifestation. Le Festival de la Récupération et de l'Arnaque s'est donc fait pirater proprement et sans bavures !"

 

La France a créé des zones dans lesquelles les problèmes semblent s’accumuler : problèmes d’habitat, de coexistence, de scolarisation, d’accession au travail. Certaines de ces cités apparaissent, si ce n’est comme des ghettos, du moins comme des espaces de relégation, les punks se rebiffaient.

 

Personne n’oserait nier aujourd’hui l’existence d’un mal-vivre social des grands ensembles. La cité est perçue comme un espace de réclusion. De nombreux jeunes de ces cités, en plus des différences intergénérationnelles classiques, se sentent exclus de la société, les punks feraient des émules.


Arthur et Simon étaient sortis du bistrot portugais, le Beira Alta, en tournant le dos aux cités du bel air et de Francs moisins, c'était des endroits où ils n'entraient que pour se ravitailler. Il y avait toujours des jeunes en groupe pour leur demander ce qu'ils faisaient là, s'ils étaient de la police?

 

Ces jeunes se voyaient de plus en plus enfermés entre les murs de leur cité sans véritable espoir de faire partie intégrante un jour de la société française. Ils avaient le sentiment d’un enfermement, sans barreaux certes, mais réel, un sentiment de mise à distance, que rien ne fonctionnera pour eux.

 

Alors toute tentative de rencontre d'un  autre inconnu d'eux était une agression à laquelle ils répondaient durement et hargneusement. Pourtant il ne saurait y avoir aucun changement social d'importance sans qu'ils n'y soient associés, Arthur sentait une grosse difficulté, ces cités semblaient immenses.

 

Des valeurs et des comportements culturels originaux y apparaissaient créant une nouvelle identité s’exprimant à travers une langue des cités, le caillera, sorte d’argot contemporain. Ce langage est un moyen de s’opposer à l’ordre établi et à l’autre qui les exclue, les jeunes punks avaient le même.

 

La musique et les développement prometteurs d'U.S.I.N.E. viendrait ils jusqu'à eux? Ils avaient longé la rue Francis de Pressensé et fumaient leur pétard, discrètement accoudés au parapet du canal, de l'autre côté du grand terrain vague où serait construit le Stade De France.

 

"La rue du Landy n'est pas loin et le passage "Bois doré" non plus, c'est là qu'habite Maria et Mendes quand il y est. Tu te rends compte, c'était des bidonvilles au milieu des usines de toutes sortes, on a fait vivre des gens là-dedans, et tout ça pour construire l'autoroute au dessus de nous"

 

"Bon dis moi Simon, on va faire quoi, avec Mendes? C'est quoi le programme, si j'ai bien compris il n'a jamais été longtemps à l'école, il ne sait pas lire ni écrire, il n'a jamais rien appris de personne, et il erre dans la rue depuis son plus jeune âge, sans métier et sans logement, juste sa mère."

Par Christian Hivert - Publié dans : Les chevaliers ivres : II Destin majeur - Communauté : les anti-capitalistes - Ecrire un commentaire
Dimanche 15 avril 2012 7 15 /04 /Avr /2012 17:28
- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

decouverte des camps 15 avril 2012 Écrit par  Santiago Alba Rico

Le plaisir d'être aussi misérable que toi

Dans un article publié en 1916 dans Le cri du peuple lorsqu’il était jeune, le grand théoricien marxiste Antonio Gramsci dénonçait le massacre des arméniens en Turquie et était affligé de la difficulté des hommes à s’approprier la douleur d’autrui :

« C’est toujours la même histoire. Pour qu’un fait nous intéresse, qu’il nous touche, il faut qu’il fasse partie de notre vie intérieure, que son origine ne s’éloigne pas trop de nous, que ça touche des gens que nous connaissons, des gens que appartiennent à notre entourage ».

Des siècles avant ça, le philosophe Aristote avait démontré dans sa Rhétorique que la compassion est en effet une question de « distance », ou bien si vous préférez, de « distance moyenne » : la douleur de ceux que nous sont trop proches est « horrible », tandis que celle de ceux que nous sont trop éloignés nous est « indifférente ».
 
Que faut-il pour qu’il soit indispensable pour un être humain de ressentir le plaisir d’autrui et pour que la douleur d’autrui lui soit insupportable?

Cela arrive, par exemple, aux mères qui voient leurs enfants heureux ou souffrants. Mais si l’empathie, “l’appropriation de la situation de l’autre”, propre à la maternité, a un potentiel universel, elle ne cesse cependant d’être limitée et singulière, restreinte au lien de parenté le plus proche.

Lorsque cette “appropriation” – qui rend intolérable la douleur d’autrui -  s’étend et tend à atteindre la douleur des inconnus, l’on se retrouve face à ce que Tzvetan Todorov a appelé « la morale de la compassion » : cette pulsion qui entraîne une identification totale avec l’autre, une immersion totale dans les émotions de l’autre, qui amène des non-juifs, en marge de leurs principes ou idéologies, à sauter dans les wagons à destination d’Auschwitz, sans y penser deux fois, comme par un réflexe moral inconditionnel et absolu qui ne leur permettrait pas de ne pas subir la même souffrance que la plus souffrante des créatures de ce monde. 

Cette même pulsion, a amené, par exemple, la philosophe et mystique française Simone Weil, réfugiée à Londres, à faire une grève de la faim et à se laisser mourir volontairement pour s’initier à partager les peines des victimes du nazisme et de la guerre en Europe.
 
Disons qu’une telle cécité émotionnelle face à la douleur d’autrui est anthropologiquement normale et qu’il y a quelque chose d’exceptionnellement exemplaire dans la “sainteté” de celui qui expérimente la douleur étrangère comme étant sienne, aussi anonyme ou lointaine soit-elle.
Durant les dernières années, j’ai essayé à partir de mes articles, de décrire le capitalisme d’un point de vue social, comme une espèce de “rupture anthropologique” qui imposait l’indifférence comme norme à tous les échanges humains, celle-ci n’étant pas le résultat d’une doctrine ou d’un discours mais de la généralisation et de l’accéleration  de la forme “marchande” : le temps de digestion – avec ses images publicitaires instantanément solubles, comme le Nescafé- a remplacé la narration; celle des montagnes, de la maternité et de la poésie.
C’est cette même marchandisation qui empêche un compromis émotionnel –même pas visuel- avec les autres corps. Dans ce contexte, la recherche de sensations intenses et agréables, successives et déconnectés entre elles fait qu’il est impossible, comme je l’ai écris d’autres fois, de ressentir la consistance même des choses, comme le déroulement, au sens stricte, d’une “biographie”. Nous n’avons ni objets ni expériences : seules des eémotions pures, autistes, complètement détachées de toute référence extérieure.
 
Le paradoxe réside dans le fait que l’émotion-même est si indifférente à l’objet, que l’on peut avoir envie, comme pour une friandise, de l’expérience dans le corps propre à la douleur étrangère. L’on veut tout expérimenter, la gamme entière des émotions humaines, comme lorsque l’on veut goûter à toutes les viandes et pâtisseries lors d’un banquet.
Ceci représente sans doute le summum du nihilisme ; c’est-à-dire de la rupture de tout lien avec la réalité. Puis-je mourir sans avoir mangé de cuisses de grenouille ou du caviar ? Sans avoir visité Tombouctou ? Sans avoir fait l’amour dans un avion ? Sans avoir assisté à un tremblement de terre ? Sans avoir subi une attaque armée ou un viol ?

Ainsi vont les choses de nos jours. Jusqu’aujourd’hui, nous ne voulions connaître avant tout que les émotions reliées au pouvoir ou à la force.
Il y avait des agences touristiques qui organisaient des parties de chasse de prostituées dénudées avec des fusils de paintball, ou des attaques réelles contre la population palestinienne en Israël. Mais on veut aussi savoir ce que ressentent les faibles, les soumis, les marginaux.

Dans l’Etat de l’Hidalgo, au Mexique, le parc EcoAlberto offre des eaux thermales, des promenades en kayak et des barbecues spectaculaires. Mais ce n’est pas l’attraction la plus importante. Pour à peine six euros de plus, des groupes constitués de 50 à 100 touristes peuvent vivre la simulation d’un voyage illégale aux Etats-Unis via la traversée du Rio Grande. 
Durant quatre heures de marche nocturne à travers des décors paysagers, les aventuriers se frayent un chemin dans des fleuves boueux, traversent des déserts, affrontent de terribles serpents et défient les patrouilles frontalières qui les poursuivent avec des sirènes ululantes et des haut-parleurs menaçants.
La peur, l’incertitude, le froid et la douleur se transforment en émotions préfabriquées, comestibles par petites tablettes, pour les touristes états-uniens. C’est notre droit – car nous sommes riches – d’expérimenter ce que seuls les pauvres vivent.

C’est bien là la différence : eux ne pourront jamais recevoir un massage dans une station thermale mais nous nous pouvons nous permettre le luxe de recevoir une raclée, juste pour essayer, des mains d’une police douanière.
 
Nous continuerons à voir des choses pareilles, à mesure que la crise s’aggrave en Europe et que de plus en plus de monde dort à la belle étoile et fait la queue pour la soupe populaire. Ca peut être une bonne affaire. Le peu de riches qui demeureront paieront de grandes sommes pour savoir ce que ça fait de dormir à nos côtés entre des cartons, de chercher des arêtes de poisson dans les poubelles à l’aube ou de porter des guenilles pendant quelques heures.
Rien d’humain ne m’est étranger. Grâce à l’argent, tout peut s’expérimenter. A qui est-ce que ça ne plairait pas de vivre les émotions d’Auschwitz avec un guide officiel, avec du faux gaz pour le dernier arrêt ? C’est ainsi que la douleur de l’autre, dans la chair propre, se transforme en une forme extrême d’indifférence.  Je voudrais savoir quel plaisir ça procure d’être aussi misérable que toi.
 
Oui, le capitalisme est bel et bien une forme de nihilisme.
 
Traduit par Suzin Akçay
 
Par Christian Hivert - Publié dans : Les chevaliers ivres : II Destin majeur - Communauté : les anti-capitalistes - Ecrire un commentaire

flux RSS

  • Flux RSS des articles

Liste d'articles

Liste complète

Images Aléatoires

  • monte ou descent
  • Boit un canon
  • chris,mousse
  • Porte-ta-jeunesse.jpeg
  • ceci n'est pas un stuc

Derniers Commentaires

Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés