Maintenant
c'était au tour du collectif des habitants du squat de donner son avis, Arthur pensa que c'était gagné. Ils s'entendaient bien tous et se faisait confiance, la chambre était disponible, c'était
celle que François des Berruriers Noirs n'avait pas pu prendre, le tumulte oisif durait trop tard dans la nuit.
François travaillait dans une superette puis au rayon outillage du BHV, il devait se lever tôt, tandis que la majorité des autres préféraient franchir les heures de
la nuit en montant le son, il n'y avait aucune insonorisation nulle part. Toute l'affaire était en règle, cela ne pouvait gêner personne.
"On va attendre Mendes au rade, on fume un pétard avant? Dis donc, j'aurais cru qu'elle allait quand même nous payer un café ou quelque chose, elle s'en fout de
notre gueule et de son môme pareil." "Ouais, mais on sait pas comment ça c'est passé pour elle, et puis il y a des mauvaises mères"
"La contraception n'était pas très rependue, ça aurait pu être pire, quelques années de moins et c'était six ou sept petit Mendes pour le prix d'un." "Dis donc le
frangin Antonio, il est pas très causant." "Oui, c'est un petit trou du cul de voyou, il ne s'intéresse à son frère que quand il a besoin de son aide."
"Et pour finir le tour de la famille, il y a un ou des pères ?" "Mais elle ne sait pas qui c'est, elle a couché avec tout le passage et la moitié du bidonville qui
était là avant, il n'y a jamais eu que des beaux-pères, il y en a des fois qui restaient longtemps, et qui le faisaient chier, alors il se barrait."
"Maria elle fait les ménages, elle combine avec les Assedic et le travail au noir, mais comme elle dit, elle fait tout le ménage, l'homme aussi, et puis elle fait
une sorte de cantine sauvage, le soir il y en a qui restent, te de toutes façons elle ne veut pas partir d'ici, elle refuse toutes les propositions."
"Oui, ça j'avais clairement compris, le môme n'est pas à sa place ici, personne n'en veux, et dès le moment où il est casé sa mère, tant qu'elle n'en entend
pas parler, elle s'en fout, elle ne nous a posé aucune question, c'est quand même étrange" Simon s'abritait d'un volet pour allumer le pétard.
"Alors voilà ce petit village où Mendes a grandi?" La ruelle était bordée de maisons basses aux toits garnis de vielles moquettes ajustées en guise de protection.
Ils passèrent devant un bar hôtel "Le bar du treize". "On ne va pas là, c'est le repère des beaux-pères. Il y en a un plus loin sur la rue Cristino Garcia "le bar de la plaine".
"Pour Mendes c'est plus discret, sa mère ne peut plus le voir entrer ou sortir, on s'attends toujours là quand je passe le prendre, C'est par là un peu plus loin
vers la ligne de chemin de fer, il y a des petites friches qui doivent appartenir à la SNCF, mendés avait construit une petite cabane de mômes."
"Dans la journée il y jouait avec les autres mômes de son quartier, et le soir discrètement il revenait y dormir. Il me l'a montrée, elle existe toujours. Mais
maintenant il dit qu'il est trop grand. Ils allaient chiper des sucreries à l'épicier et c'était là qu'ils prenaient leur goûter."
"Mais il vit où exactement, chez sa mère y a pas la place, tu me dis qu'il n'est pour ainsi dire pas suivi, il crèche où ?" "Ouais beh c'est pour ça
justement, je préfère que ce soit nous qui nous en occupions, il traine dzns un squat de clochards, ça pue, c'est infect, et puis c'est pas bien pour lui."
"Y en a un ou deux de sympas, les autres c'est soit des loques archi finies, soit c'est des petits voyous hargneux, je voudrais le faire sortir de là, c'est des
mauvais plans, des coups tordus, et puis il y a trop de défonce partout, des produits de merde, des médicaments trafiqués, y a toujours les pompiers."
"Même lui Mendes il me dit qu'il ne veut pas rester là, il en a marre, et il y en a qui lui font peur, ils se sont battus un jour entre eux, c'était sordide, il a
peur qu'ils s'en prennent à lui et qu'ils le maquent pour faire des mauvais coups." "Oui bon c'est sûr il sera mieux à U.S.I.N.E., c'est pas la même déjante."
Un berger allemand apparut à l'angle du passage du Bois Doré et de la rue Cristino Garcia, venant de la rue, il se précipité sur Simon et renifla Arthur. Arthur
aimait bien les chiens, particulièrement les bergers allemands, bien que son arrivée soit brusque, il n'en fut pas impressionné. "Salut Black!"
Simon lui flatta le torse et joua un peu "Oui c'est beau chien, c'est beau chien à Mendes, ça" En effet l'adolescent venait d'apparaître quelques pas en retrait.
"Salut Mendes, comment ça va ?" "Ca va, alors c'est lui le chef du squat ?" et le mouflet toisa Arthur avec un rictus insolent, Arthur soupira.
"Non mais justement, chez eux il n'y a pas de chef, c'est pour ça, il faut encore qu'ils discutent tous ensemble." "Discuter, discuter, tout le monde discute…"
Arthur apostropha Mendes "Oui, nous on discute, c'est comme cela que l'on fait et personne, même pas toi ne nous contraindra à faire autrement"
"Oh, oui bon, te fâche pas, je disais ça…comme ça…" "Donc nous allons discuter pour savoir si on te laisse une chambre pour habiter avec nous au squat U.S.I.N.E.,
et on veut que le juge soit d'accord, et pour discuter on veut tous te voir" "Ah, oui non mais vous allez me prendre la tête, là, là c'est pas bon."
"Attends, je ne comprends pas, on habite à plusieurs et toi tu demande à vivre avec nous mais tu veux pas nous voir, comment ?" "Eh, mais vous me donner la clé de
la chambre et c'est bon j'me débrouille, depuis six ans je suis à la rue, s'il vous plait Monsieur, vous me donnez la clé et c'est bon, j'me débrouille."
Arthur n'avait pas l'habitude de cette incohérence tintée de mauvaise foi, même les jeunes punks faisaient l'effort d'emberlificoter de manière plus subtile. "Bon
attends Mendes, là il faut qu'on se cause, tu n'as pas compris qui nous étions, nous ne sommes pas un hôtel, nous ne sommes pas des éducateurs."
" Mais vous travaillez bien avec le juge, c'est bien lui qui vous dit" "Hop hop hop, non non pas du tout, nous on veut juste qu'il sache et qu'il soit d'accord,
pour qu'on soit pas emmerdés pour détournement de mineur, mais après avec nous c'est juste pour habiter ensemble, comment cela peut se faire?"
"Ah oui, non mais vous allez me prendre la tête " "Non mais enfin de quoi tu as peur, de toute façons si ça ne te conviens pas, tu t'en va quand tu veux, c'est pas
fermé chez nous, on peut rentrer, pas tout le monde, et on peut sortir quand on veut, mais il faut quand même bien qu'on s'entende."
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