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Ne peut être vendu

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la vie s'écoule la vie s'enfuit

 

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Romans (Kahina, Destin majeur, De l'autre côté de la rivière, Ne peut être vendu)

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libre service

Publié par Christian Hivert

Kahina de Bellevile, livre premier

Préface

« Chevaliers Ivres » donc déraisonnables, épris de liberté. Les valeurs humanistes ne sont pas cotées en bourse.

« Ils sauront qu’un métier n’est pas un entonnoir

Où l’homme est enfoncé pour ne plus en sortir,

Qu’on peut vivre debout sans pour autant vouloir

Apprendre en même temps aux autres à s’aplatir. »

P. SELOS (Chanteur)

Ainsi les choses sont claires. Frère ou camarade, qu’importe le vocable. Nous savons, chacun à notre place, pourquoi nous nous levons le matin. Sans illusion, bien sûr, mais viscéralement incapable de faire autrement. Joueurs impénitents, nous misons sur l’avenir.

À l’échelle de l’univers, notre histoire n’en est qu’à ses débuts. Perfectible, l’humanité ?

P. SELOS (Chanteur)

Avertissement

Il est toujours utile de préciser, lorsque l’on utilise le mot de roman, qu’il s’agit d’œuvre de création ; les personnages sont par conséquent vrais, puisqu’ils ont été imaginés pour animer cette invention.

Si toutefois quelque personne physique vivant sur Terre à l’époque contemporaine à cette histoire se reconnaissait dans ces lignes, il ne pourrait absolument s’agir que d’une fanfaronnade de sa part.

Aucune personne vivante fréquentée par l’auteur n’ayant jamais eu, mais jamais hélas, l’étoffe ou l’aura de pouvoir prétendre le moins du monde être un personnage de roman, créé pour la situation.

Certains faits, bien évidemment, sont engendrés à partir de véritables aventures, marginales et cependant relatées ou commentées par voie de presse ou d’études savantes de doctorants sûrs d’eux.

Bien que l’aventure du collectif USINE de Montreuil, du Comité des Mal Logés et des squatters parisiens des années quatre-vingt du siècle passé soit de nature historique, les exploits contés ne sont que fiction.

Utilisation Subversive des Intérêts Nuisibles aux Espaces

Chapitre I – 1984 (Rêve)

Lorsqu’ils arrivèrent, la salle était fort bondée, aucune place assise. Des haies humaines celaient la scène à leur vue. À l’évidence, le centre d’intérêt se trouvait par-devant cette foule inhabituelle et démesurée. Pour aller, voir et connaître, il fallait survoler cette masse fatiguée.

Des bandes de jeunes faisaient des piles avec des tabourets de bar peints en jaune pour la circonstance. Lorsqu’un échafaudage était prêt, l’un d’eux tentait l’escalade. S’il était trop fébrile ou trop empressé, la tour jaune se mettait à tanguer et s’abattait avec le malheureux à terre.

Arthur regarda plusieurs tentatives vaines autour de lui. Puis, ayant compris le système, il s’activa un moment, dressant son édifice, et commença à le gravir. Pour éviter de redescendre d’où il venait et réussir du Premier coup, il devait se concentrer. Tout n’était qu’équilibre.

Enfin il parvint en haut des tabourets. Il s’assit calmement et posément. Il avait l’impression magique d’une stabilité absolue. Il devait y croire à tout prix, sous peine de se retrouver en un dixième de seconde d’écroulement magnifique et de chutes en cascade à son point de départ.

Du haut de son piédestal, il embrassait la salle du regard. De sa situation hautement placée d’où rien, semblait-il, ne pouvait le déloger, il put voir enfin. Sur la scène, derrière la tribune, passait un film sur un écran. Une tête d’orateur cachait un quart de l’image, en bas à gauche.

La tête bougeait, expliquait, évaluait, contestait, se révoltait. Et cependant, malgré la rangée de micros lui mangeant la moitié du visage au-dessous des yeux, nul murmure audible ne sortait de sa bouche. L’homme, d’âge mûr et tempes grisonnantes, portait un costume bleu marine.

Une cravate sombre séparait en deux parties plus ou moins égales la blancheur éclatante de sa chemise. L’émail de ses dents alignées lançait des reflets à travers les micros de métal chromé. Tout au contraire était l’ambiance du film, jaune torride, ocre étouffant, sec, terne et misérable.

Arthur le voyait nettement et en percevait distinctement le commentaire. Il s’agissait d’un homme mourant de soif au fin fond d’un désert de sable. Il s’étalait sur la pellicule, ruisselant, habillé pauvrement et à l’européenne. Le tissu de ses vêtements collait à sa peau en sueur.

Une voix off expliquait, chiffre à l’appui, son état de déshydratation avancée. Bientôt il allait mourir. À ce moment précis, le type vous fixait. Son regard vous réchauffait le sang et vous brûlait les entrailles. L’homme au complet bleu continuait ses imprécations. Nul ne l’entendait.

Son bras bleu marine, son corps bleu marine s’agitait. On s’en doutait, c’était un pantin. Il ne comptait pas. L’essentiel se passait derrière lui. Cette étendue de sable bouillant, cet air tremblant de son échauffement, ces ondes de dessèchement semblaient vous brouiller la vue, sécher le nez.

Puis, tout à coup, il mit un nom sur le type de l’écran. C’était l’homme des French Secret Doctors Services et de la guerre civile mondialement humanitaire. Il faisait appel aux bonnes âmes en prêtant affablement sa personne au péril de sa vie, devant la caméra. L’appel était finalement entendu.

Un tuyau d’arrosage de couleur sombre serpentait au milieu du désert, arrivait au niveau de sa bouche et déversait ses tonnes d’eau rafraîchissante. L’homme réapparaissait frais et dispos, rasé de près. Chemise blanche au col ouvert, il faisait un grand sourire, bienheureux et détendu.

Il sautait lestement dans la salle et allait s’asseoir nonchalamment dans un fauteuil de théâtre réservé à son usage. Avec une grâce de grand seigneur, il posait délicatement son pied droit, dans une chaussure brillante de noir et lacée serré, sur son genou gauche au pli de pantalon impeccable.

Il hochait la tête avec vigueur, semblant approuver pleinement le petit film dans lequel il venait de jouer. Arthur aussi avait apprécié. Puis sans savoir pourquoi ni comment, il se retrouva au Premier rang à discuter avec un militant au crâne rasé, vêtu d’une veste parka, applaudissant tout et rien.

Arthur n’écoutait que d’une oreille distraite, pensant qu’il ferait bien de se réveiller, car il commençait à s’ennuyer un peu. Ce qui lui paraissait surprenant. Il ne dormait pas. Ou était-ce bien le matin après une nuit de sommeil et il finissait un rêve ? Ce si vrai rêve annonçait-il quelque chose ?

Il avait du mal à respirer. Sa gorge était sèche. Il toussa. Puis il tenta de se dégager le nez en reniflant et soufflant alternativement. Cela ne donna aucun résultat. C’était trop sec. Il se sentait tout endolori sur un côté et avait envie de pisser, comme chaque matin après une nuit de sommeil.

Hum, je suis allongé, ça ne fait pas de doute, pensa-t-il mollement. Il attendit que la liaison de commande soit rétablie entre son bras ankylosé et son cerveau endormi pour pouvoir prendre son mouchoir de tissu blanc patientant sur une chaise à côté du lit. Il se moucha tapageusement.

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