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Mardi 29 mai 2012 2 29 /05 /Mai /2012 15:27
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à la niche

ILLUSION LIBERALE

Posté par 2ccr le 23 mai 2012


Pour combattre le chômage, la stratégie des libéraux lorsqu’ils sont au pouvoir consiste à rendre inconfortable et précaire la vie de ceux qui reçoivent une allocation chômage. La philosophie qu’ils défendent conçoit le contrat social par une formule toute simple : « Les riches seraient plus entreprenants s’ils payaient moins d’impôts et les pauvres seraient plus travailleurs s’ils recevaient moins d’aides ». Ils oublient de préciser qu’eux mêmes reçoivent des subventions de l’Etat,  et que lorsqu’ils éprouvent des difficultés dans leurs affaires, ils trouvent normal que l’état socialise les pertes et privatise les bénéfices.


Évidement, dans tous les cas, les plus riches passent sous silence la façon dont ils sont devenus riches, et comment s’est construite leur fortune. Balzac disait « derrière chaque fortune il y a un crime », mais  plus pragmatiquement à la base de toute fortune, il y a l’exploitation des travailleurs et la confiscation des fruits de leur labeur sous quelque formes que se soit ! Mais de cela on ne parle jamais, on préfère laisser croire aux citoyens que les riches le sont devenus grâce à leur seul mérite. On enracine la légende comme quoi ils se sont faits tout seul !


Les libéraux plaident pour que l’Etat cesse de « secourir » les plus pauvres sous prétexte que « l’assistanat » rend les gens paresseux, et qu’au final ils n’ont plus la volonté de s’en sortir. Mais quand des gens perdent leur emploi,  lorsqu’ils se blessent ou tombent malades, ce n’est pas dû à leur paresse. Lorsque des mauvaises décisions sont prises par des responsables politiques, ce n’est pas dû à leur paresse. Et lorsque, pour faire plus de profits, des entreprises délocalisent c’est simplement parce que le système capitaliste détruit tout ce qui l’empêche de faire plus d’argent. Les individus ne sont que des variables d’ajustement !


On ne peut pas continuer à dire que si les gens sont pauvres c’est qu’ils sont paresseux.  Non la pauvreté n’est pas une fatalité, c’est le résultat d’une politique ! On ne peut pas dire que si les politiques gouvernementales ne fonctionnent pas c’est la faute de la population qui ne travaille pas assez : non, là encore ce sont de mauvais choix politiques qui privilégient le capital au travail. Pour aider les pauvres il faudrait donc les abandonner à leur sort, pour qu’enfin ils réagissent et retrouvent une vie normale.


Qu’est ce qu’une vie normale pour un travailleur d’après les critères d’un riche libéral ? Et bien, c’est quelqu’un qui se satisfait du salaire que lui donne son patron, qui n’hésite pas à travailler plus pour toucher…pareil, qui dénigre et jalouse celui qui ose se battre pour défendre ses droits, et qui trouve que comparativement à son salaire le rmiste est trop payé ! Et qui le soir doit être suffisamment fatigué pour ne plus penser à rien et ingurgiter les programmes télé que l’on a concoctés pour lui.


Les libéraux dénoncent sans cesse le laxisme de l’Etat providence accusé de faire du social, mais ils ne disent jamais que les banques privées ont été sauvées en 2009 grâce à l’injection massive d’argent public. Ils ne parlent jamais de toutes les réformes fiscales visant les seuls bénéfices des plus riches. Ils passent sous silence que le grand patronat français s’est gavé de commandes et de marchés publics. Ils oublient de comparer les 9 milliards du RSA aux 172 milliards de niches fiscales annuelles dont bénéficient les grosses entreprises.

 

Il ne leur est jamais venu à l’idée de comparer le trou de la sécurité sociale avec les fortunes personnelles de messieurs Dassault, Pinault, Bouygues ou Bettencourt. Et seulement avec les 40 milliards de fraudes fiscales qui disparaissent chaque année dans les paradis fiscaux au lieu d’être réinvestis dans l’économie française, et bien nous pourrions par exemple embaucher gratuitement un million de fonctionnaires !  


« Le capitalisme, c’est la croyance stupéfiante selon laquelle les pires des hommes vont faire les pires choses pour le plus grand bien de tout le monde »…J.M.KEYNES

Par Christian Hivert - Publié dans : Autonomie - Communauté : les anti-capitalistes - Ecrire un commentaire
Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 14:45
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ane Eva Joly, possible futur haut commissaire, vraie femme politique

LE MONDE | 19.05.2012 à 13h45 • Mis à jour le 19.05.2012 à 13h45

Par Anne-Sophie Mercier



Sort-on indemne d'une campagne présidentielle ? Sans doute pas. Lorsqu'on les interroge, les anciens candidats ont presque toujours le même mot à la bouche : la campagne est une "lessiveuse". Lors de son dernier meeting au Cirque d'hiver, à Paris, le 18 avril, Eva Joly avait, de façon assez inhabituelle dans ce monde où il est de bon ton de taire ses blessures, évoqué la dureté de ce moment, confiant avoir sous-estimé la dose de narcissisme nécessaire à l'exercice.


Il est vrai que peu d'épreuves lui furent épargnées, la candidate écologiste ayant connu les coups de couteau de son camp, les interrogations publiques sur sa stratégie et sur l'intérêt de sa campagne, une ironie de la presse et des humoristes - qui l'affecta même si elle n'en fut pas, loin de là, la seule victime -, une chute continue dans les sondages et une autre dans les escaliers d'un cinéma peu avant le premier tour.


"UNE DES PLUS APPLAUDIES" À LA BASTILLE


De ces moments-là, certains ne se relèvent jamais, d'autres récupèrent et se tiennent à l'écart de la vie politique, la plupart replongent. Eva Joly est de ceux-là. Aux antipodes de ce que sa voix fragile, son peu d'appétence, au moins en début de campagne, pour les réunions publiques, et son évidente inexpérience politique auraient pu laisser croire, l'ancienne magistrate est désormais accro à la politique. Recevant à déjeuner quelques journalistes le 9 mai pour évoquer "la suite", elle montra à cette occasion qu'elle avait une étonnante faculté de récupération et un ego finalement à toute épreuve, évoquant les "attentes des gens" qui, dans la rue, la somment, dit-elle, de "ne pas lâcher", racontant qu'à la Bastille, le soir du second tour, elle avait été "une des plus applaudies" et que, au nom des écologistes, elle avait porté des "thèmes centraux".


 Ne revenant à aucun moment sur les éventuelles erreurs de sa campagne, Mme Joly s'est attachée, ce jour-là, à définir son futur rôle politique au sein du gouvernement : haut commissaire à la réforme financière. Un dossier vis-à-vis duquel la France "n'a pas du tout été à l'avant-garde", précisait-elle. Elle aurait d'autant plus d'aisance à le porter que son passage au début des années 1990 par le CIRI (Comité interministériel de restructuration industrielle), dépendant de Bercy, a fait d'elle, expliquait-elle, "une femme de dossiers". Etonnant moment où une candidate à un poste ministériel faisait ses offres de service face à la presse...


LE STATUT DE MARTIN HIRSCH ?


La fortune sourit décidément aux audacieux : Mme Joly explique au Monde que sa proposition, soumise par le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, au président de la République le 16 mai, a reçu un accueil favorable. Cécile Duflot, nouvelle ministre du logement, lui en a donné confirmation.


Un statut à la Martin Hirsch ? "Non, car moi, explique-t-elle, je serai en complète adéquation avec le gouvernement, je ne serai pas franc-tireur."

  Aura-t-elle les moyens de sa mission ? Mme Joly en est "sûre". Que fera-t-elle de sa liberté de parole, revendiquée dans sa campagne ? "La politique est affaire de compromis", sourit-elle. Et si d'aventure, la présidence de M. Hollande n'était pas à la hauteur de ses attentes ? "Je ne l'imagine pas." Elle dit vouloir exercer sa mission "avec énergie" pour "faire gagner cette équipe". A 68 ans, après l'épreuve intiatique de la campagne, Eva Joly est devenue une femme politique.


Anne-Sophie Mercier

Par Christian Hivert - Publié dans : Autonomie - Communauté : les anti-capitalistes - Ecrire un commentaire
Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 10:50
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guantanamo prisonnier Thierry Lévy. Prison : le fond de l’enfer.

Publié le 14 mai 2012  

 

 

Source : SINE MENSUEL


Thierry Lévy, célèbre avocat pénaliste, trouve la prison inacceptable moralement et injustifiable socialement. Pour lui, elle a depuis longtemps prouvé son inefficacité et sa nocivité. Partisan de son abolition, il milite pour l’application d’autres moyens pour neutraliser les criminels.

 

 

 

Vous avez été président de l’Observatoire international des prisons (OIP). Pourquoi avez-vous accepté cette responsabilité ?

La première fois que je suis entré dans une prison, c’était à Fresnes, il y a très longtemps, et je me souviens de ce grand couloir qui monte vers le fond de l’enfer. Quand je marchais dans ce couloir très large pavé de bois, avec les détenus qui longent les murs en tirant leur paquetage, je me suis rendu compte qu’on était en présence de quelque chose d’inacceptable, d’intolérable, que le fait même de faire d’un être humain un prisonnier était insupportable. Depuis, je suis partisan de l’abolition de la prison. La détention m’apparaît comme une chose injustifiable moralement mais également d’un point de vue social, politique et juridique.

 

L’abolition de la prison semble inenvisageable aujourd’hui.

Je ne la verrai jamais parce qu’il y a en chacun de nous un profond désir de punir, et ce désir est actuellement incarné par la prison. Nous avons tous une prison dans la tête, c’est ce qui fait la force de cette institution, en tous points condamnable.

Qu’est-ce qu’on fait de ceux qu’on devrait mettre en prison ?

Il faut savoir que la prison est un lieu dans lequel on détient des gens qui, dans le plus grand nombre des cas, ont commis des infractions sans gravité. Dans le cas d’infractions graves, leurs auteurs pourraient être soumis à un régime de contrôle très différent. La prison a démontré son inefficacité et sa nocivité. Sauf sur un point : celui de neutraliser les gens pendant la durée de détention. Il existe d’autres moyens de le faire qu’avec des murs.

La prison n’a pas tellement évolué…

Au contraire ! Au lendemain de la guerre, on s’est dit qu’en améliorant les conditions de détention, on pourrait rejoindre les objectifs des fondateurs de cette institution créée à la fin du xviiie siècle. Ils l’avaient conçue comme une peine universelle capable de punir certes, mais également de ramener le condamné dans la société, d’en faire un citoyen comme les autres. Autre changement : on a admis – l’OIP a joué un très grand rôle dans cette évolution – que les détenus avaient des droits. En 1970, cette idée était une aberration. La plupart des détenus portaient des uniformes, ne pouvaient pas lire de journaux, leurs livres étaient contrôlés.

Quels sont les droits des prisonniers ?

Le droit de s’exprimer, le droit à une vie familiale, à la santé, à l’éducation, le droit de recevoir des visites, d’avoir une vie sexuelle, d’entretenir des rapports réguliers avec les proches, le droit d’accès à la presse, au culte, au vote et le droit au travail. Tous sauf la liberté. Seulement, il est impossible d’exercer des droits en détention.

Le droit de vote par exemple ?

C’est peut-être le plus facile à respecter. Mais le reste, non. Par exemple quand on parle de la sexualité en prison… Déjà la sexualité dans la vie normale, ce n’est pas facile, alors en prison…

Aujourd’hui les chiffres de la détention explosent, il y a près de 66 500 détenus, sans qu’il y ait de lien a priori avec une hausse de la délinquance. Qu’est-ce que ça dit ?

Je n’ai pas de réponse à proposer, et je pense que personne n’a vraiment de réponse. De multiples facteurs se conjuguent. La prison offre un avantage énorme du point de vue de l’opinion et des dirigeants, c’est qu’elle est visible et qu’elle fait souffrir. Plus vous dites que la prison est cruelle, plus vous dénoncez les conditions de détention, plus vous renforcez l’idée de la prison. Tous ceux qui sont en prison souffrent, y compris les salopards.

Vous disiez qu’il y avait d’autres moyens pour neutraliser les gens. Quels sont-ils ?

Les solutions alternatives sont connues. Elles sont très nombreuses : le bracelet électronique, la biométrie, toutes les possibilités qui existent déjà d’empêcher les gens de se déplacer, de fréquenter certains lieux, de rencontrer certaines personnes. Le problème, c’est que ces mesures sont considérées à la fois comme trop dures et pas assez. Pour le bracelet électronique, tous ceux qui étudient les conditions de son application arrivent à la conclusion que c’est une mesure satisfaisante pour une courte durée. Pourquoi ? Parce qu’au bout de six mois, le porteur d’un bracelet électronique ne le supporte plus. Comme si on se demandait avant de prononcer une peine de vingt ans si le condamné est apte à la supporter… Raisonnement absurde mais raisonnement tout de même. La vérité, c’est que le bracelet électronique n’est pas considéré comme une vraie sanction. Il n’est pas assez cruel. Comme nous sommes tous soumis à des mesures de surveillance permanente alors que nous ne sommes pas condamnés, nous nous disons : « Ce n’est pas une peine. » Et c’est parce qu’on a renoncé à se préserver contre la surveillance qu’on arrive à considérer que la surveillance n’est pas une sanction. C’est une sanction qu’on ne se représente pas, mais qui en est une.

Qu’est-ce que vous faites des cas compliqués ?

Les cas compliqués, il y en a très peu. Actuellement 1 000 personnes purgent des peines pour des atteintes graves à l’intégrité physique des personnes. Il est évident que les gens très violents doivent être contrôlés, c’est sûr. Si on prenait la décision de réserver la détention à ces quelques cas, on s’intéresserait réellement à la manière de changer la vie des gens entre quatre murs. On ne l’a jamais fait parce qu’on a toujours considéré l’emprisonnement comme une peine universelle et non comme une peine exceptionnelle. J’ai vu récemment un film qui raconte l’histoire d’un détenu écossais condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en Angleterre et qui, pendant six ans, est resté à l’isolement dans une cage, entièrement nu. On lui passait les aliments sous la grille, il ne parlait à personne. Cela se passe au xxe siècle, en Angleterre. Son témoignage est passionnant. Il a raconté : « On est venu me voir un jour au bout de six ans, et on m’a simplement parlé, on m’a dit : “Voulez-vous un thé ou un café ?” Cet échange a changé ma vie. » Aujourd’hui, c’est un écrivain reconnu en Angleterre, il fait de la sculpture. Il s’appelle Boyle.

C’est un prisonnier exceptionnel.

Non. Je pense qu’il y a beaucoup plus de gens exceptionnels qu’on ne croit et que si on consacrait tout l’argent investi dans la peine universelle à une peine qui serait adaptée à des cas exceptionnels, on arriverait à des résultats incroyables.

A contrario, dans le film À l’ombre de la République(1), vous avez un prisonnier qui est détenu depuis vingt ans et qui a renoncé à se battre.

Il y en a beaucoup. Il y en a un aussi qui a une métaphore intéressante : « C’est comme si à l’hôpital vous arriviez avec un bras cassé et qu’on vous cassait l’autre. »

Vous avez déjà vu quelqu’un sortir de prison meilleur qu’il n’y était entré ?

Je ne dirais pas meilleur. De manière générale, je pense qu’on ne s’améliore pas. On peut s’adapter à des situations très différentes sans pour autant s’améliorer. J’ai vu des gens s’adapter à la prison et des gens qui se sont montrés plus forts qu’elle. Tous ceux-là ne l’ont pas été grâce à elle mais contre elle. Le seul moyen d’échapper à la prison, c’est l’activité intellectuelle.

Un des arguments qui plaide pour la prison serait qu’elle peut être formatrice.

Oui, et là on remonte aux origines de la prison, qui est une institution assez récente puisqu’elle a à peine plus de deux siècles. Alexis de Tocqueville, qui était plutôt plus favorable à l’Ancien Régime qu’à la Révolution, s’est rendu aux États-Unis. Il est revenu avec le fameux livre sur la démocratie en Amérique et il a écrit un livre sur l’administration pénitentiaire et le système péniten­tiaire américain. Il est allé là-bas en se disant que c’était un pays jeune, neuf, qui allait faire tous ses efforts pour améliorer les condamnés. Et il est revenu en disant : « La prison, ça ne marche pas. » L’idée qu’une fois entre quatre murs, le prisonnier réfléchit la tête entre les mains, se dit qu’il a commis une faute grave, demande pardon au ciel et prend conscience de ce qu’il a de bon en lui et peu à peu est accessible à d’autres approches est complètement inefficiente. Quand quelqu’un a commis un acte d’une gravité telle qu’il est exclu de la société, la seule chose qui fonctionne, c’est une véritable manifestation inattendue d’affection.

Vous avez dit que si l’on relâchait les prisonniers, la société n’y verrait que du feu.

Absolument. Lors de la grande amnistie de Mitterrand en 1981 qui a concerné plus de 6 000 prisonniers, il n’y a pas eu d’accroissement de la délinquance.

Vous ne croyez pas à la réinsertion. Pourquoi ?

Le langage de la réinsertion est trompeur car cela implique qu’il y ait eu insertion et qu’il faille revenir à une situation antérieure qui existait. Or, soit ces conditions de vie n’existaient pas de façon satisfaisante avant la prison, soit la prison n’a pu que détruire ce qui existait et, à la sortie, il n’y a plus rien. Cette idée de la réinsertion est complètement théorique et elle s’accompagne d’un discours peu intelligible pour le condamné.

Que pensez-vous du travail en prison ?

Peu de gens le savent, mais le code du travail ne s’applique pas en prison. La Cour de cassation l’a constaté maintes fois. Les notions de contrat de travail, de salaire minimum, de durée du travail, rien n’existe. Le travail varie dans un rapport de force, non pas entre l’employeur et le salarié, mais entre l’employeur et l’administration pénitentiaire, et le détenu n’a rien à dire. La seule chose qu’il peut faire, c’est de refuser le travail et encore, pas toujours car s’il refuse, il peut lui arriver d’être placé dans des conditions de détention pires.

C’est un peu de l’esclavage.

C’est de l’esclavage.

L’OIP faisait du bon travail ?

L’OIP a été très utile car il a fait savoir beaucoup de choses, mais avec un effet pervers : la majorité de l’opinion est contente de savoir que l’on souffre en prison.

Au-delà de combien de temps une peine n’est plus humaine ?

Je ne peux pas me prononcer car je pense que c’est dès le premier jour. Je me souviens de l’enlèvement du baron Empain qui avait été détenu dans des conditions assez terribles. Des psychiatres sont venus dire au procès qu’au bout de six jours d’un tel traitement, on devenait fou. Et après avoir dit cela, on a condamné les coupables à vingt ans de réclusion… Prenons le cas de Patrick Henry dont la demande de libération a été systématiquement rejetée par le ministère de la Justice pendant des années. Quand il a été libéré, c’était trop tard. La mise en liberté n’avait plus de sens pour lui, elle était devenue invivable. Quand il allait dans un magasin, il tremblait de peur. À force d’être confiné, être libre devient une angoisse.

Ce que j’ai entendu le plus souvent, émanant de gens de l’intérieur, du personnel pénitentiaire, d’encadrement, c’est la théorie du « bon moment ». Elle est assez intéressante parce qu’elle donne un rôle plutôt flatteur au gardien, et qui consiste à dire que la longue peine doit être interrompue, une très longue peine n’est jamais efficace, il faut trouver ce bon moment pour en finir. Celui-ci varie d’un condamné à l’autre selon leur évolution et leur personnalité et il ne faut pas le laisser passer. Si c’est avant, ça ne va pas. Si c’est après, ça ne va pas non plus.

Vous êtes avocat dans l’affaire du Tarnac. Comment en arrive-t-on à une telle histoire ? Demain, n’importe qui peut être considéré comme un terroriste, faire de la prison de longs mois. Il n’y a plus de limites.

Ce sont les théories de Bauer(2) qui sont amusantes, mais un peu dangereuses : qui vole un œuf devient membre d’Al-Qaïda. Pour lui, le terrorisme est nécessairement en relation avec d’autres formes de criminalité. Donc, si l’on veut lutter contre le terrorisme, il faut lutter avec la même énergie contre toutes les formes de criminalité, de la mineure à la majeure. L’affaire du Tarnac est apparue comme une espèce de laboratoire de la lutte contre la grande criminalité. Elle est partie de rien, d’une idée, et voilà un petit groupe de gens, vivant en bonne intelligence avec les villageois, accusé de fomenter des crimes contre l’État ! C’est du terrorisme fécondé in vitro. Et puis, flop. Maintenant, cela tourne à la pantalonnade.

Nous sommes en train de faire des fiches où l’on mesure la dangerosité potentielle pour éventuellement ne pas libérer tel ou tel détenu. C’est l’idée que l’on peut être condamné pour ce que l’on pourrait faire ?

C’est une idée préoccupante et qui pose des problèmes théoriques très vastes. C’est une nouvelle conception de la responsabilité personnelle. On abandonne l’idée qu’il ne peut y avoir culpabilité que s’il y a responsabilité. C’est le cœur de la théorie de la répression. Désormais, on dit que l’on peut être coupable et condamnable même si l’on n’a pas un discernement entier, d’une part. Et d’autre part, on peut être détenu, interné, même si l’on n’a commis aucun acte justifiant une condamnation parce que l’on est dangereux. C’est une évolution infiniment préoccupante. La démocratie qui affirme son existence contre le totalitarisme est prête à entrer dans un système qui peut conduire à ce totalitarisme.

Vous avez vu beaucoup d’erreurs judiciaires ?

J’ai vu peu d’erreurs judiciaires reconnues mais beaucoup d’erreurs judiciaires réelles et non reconnues.

Quel est le garde des Sceaux qui trouve grâce à vos yeux ?

Aucun. Mais il y en a un qui m’a laissé un souvenir amusé. Guichard(3), qui disait qu’en tant que garde des Sceaux, la seule chose qu’il ait apprise, c’est qu’il ne faut jamais avoir affaire à la justice. 

Propos recueillis par la rédaction
Illustration Étienne Delessert


(1) Toutes les programmations et débats sur alombre.fr
(2) Sarkozy vient de récompenser Alain Bauer en lui donnant une chaire de criminologie au Conseil national des Universités.
(3) Ministre de la Justice sous Giscard.

 

Source : SINE MENSUEL

Par Christian Hivert - Publié dans : Autonomie - Communauté : les anti-capitalistes - Ecrire un commentaire
Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 12:51
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Même eux le disent : corps

Mal-logement : "C'est la lutte des places"

Créé le 19-01-2012 à 18h37 - Mis à jour le 01-02-2012 à 16h20 3 réactions

Par
Journaliste

Alors que la Fondation Abbé Pierre rend son rapport sur le mal-logement, "Le Nouvel Observateur" consacre une journée spéciale à cet enjeu, qui touche désormais 3 Français sur 4.

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Mal logement à Saint-Ouen (Valinco - Sipa)
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La Fondation Abbé Pierre a rendu public son 17e rapport annuel consacré à l'état du mal-logement en France mercredi 1er février, à quelques semaines d'une échéance électorale importante. Candidats à l'élection présidentielle, Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou, François Hollande et Nicolas Sarkozy ont d'ailleurs été invités ce mercredi à réagir sur le "Contrat social pour une nouvelle politique du logement" présenté par la Fondation.

Le chef de l'Etat avait bien tenté d'anticiper cette intrusion du logement dans les débats de la présidentielle en ajoutant au pied levé ce sujet à son sommet social transformé en sommet de crise. Il s'est même fendu d'une première série de proposition à l'occasion de son intervention télévisée de dimanche 29 janvier. "Il aurait mieux fait de lire notre rapport", souligne, ironique, Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation qui, dans ce rapport, analyse 20 ans de politique du logement en France, avec une attention particulière sur les cinq dernières années.



 

700.000 personnes privées d'un domicile personnel

De page en page, on y découvre qu'en 2011, pour trois Français sur quatre, il est devenu difficile de se loger : "Jamais on aurait imaginé qu'aujourd'hui on serait dans une telle situation", commente Christophe Robert, délégué général adjoint de la Fondation. En pleine crise, les solidarités familiales se mettent en place et jouent un rôle d'amortisseur quand 700.000 personnes sont aujourd'hui privées d'un domicile personnel. Parallèlement, plus de 130.000 personnes sont sans domicile.

 

 

Les autres sont de plus en plus contraints à réduire la surface de leur logement et à s'éloigner de leur lieu de travail. Il manque sur l'Hexagone entre 800 et 900.000 logements. La concurrence pour l'accès au logement est de plus en plus exacerbée. Dans un secteur où le privé représente 80% du marché, les propriétaires sélectionnent les candidats qui présentent les meilleures garanties. Les autres doivent se tourner vers un secteur public déjà surchargé. "Des miettes pour les plus pauvres, le déclassement pour les classes moyennes", la Fondation Abbé Pierre décrit une véritable "lutte des places".

Loyers en hausse et salaires en berne

 

Alors que le coût des logements explose, les revenus stagnent. Selon une enquête de l'Insee, 4,2 millions de ménages se retrouvent avec moins de 500 euros pour vivre un mois une fois le logement payé. "Certaines personnes ne se soignent plus pour pouvoir payer leur loyer", s'insurge Christophe Robert. Pour la Fondation Abbé Pierre, cette très forte augmentation du coût du logement est à l'origine d'une véritable "insécurité sociale", au moment où de nouvelles situations familiales viennent ajouter à la précarisation des ressources, la monoparentalité notamment.

10% des plus riches possèdent 50% du patrimoine

La question du logement met aussi en évidence une explosion des inégalités. En quelques années, la France est ainsi passée de 47% de propriétaires à 37% chez les 20% les plus pauvres alors que, dans le même temps, ce pourcentage est passé de 65 à 76 pour les 20% les plus riches. En 2010, 10% des ménages les plus riches possédaient 50% du patrimoine national.

Hausse des loyers, chômage, situation familiale, santé : plus de 5 millions de personnes se trouvent actuellement en situation de fragilité de logement en France. "Les limites de l'inacceptable ont été franchies", estime Christophe Robert, "on ne voit pas la même France que nos responsables politiques."

 

Par
Journaliste
Par Christian Hivert - Publié dans : Autonomie - Communauté : les anti-capitalistes - Ecrire un commentaire
Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 17:46
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cervordiLOGIQUE DE LA MACHINE ET LOGIQUE DU VIVANT, par Un Belge

30 septembre 2011  
par Paul Jorion | Print LOGIQUE DE LA MACHINE ET LOGIQUE DU VIVANT, par Un Belge

Billet invité

On se souvient de la scène célèbre dans le film 2001 : Une Odyssée de l’espace, de Stanley Kubrick : le superordinateur d’un vaisseau spatial en a pris les commandes et tente d’expulser dans l’espace le dernier astronaute vivant.

 

Tout se passe froidement et en silence car l’ordinateur n’agit pas par vengeance, ambition ou cruauté : il a simplement calculé que le facteur humain était devenu un obstacle à la réalisation optimale de son programme.


Cette scène me hante depuis longtemps car elle révèle ce qui se joue aujourd’hui, à chaque seconde, non seulement dans l’espace socio-économique mais dans le cœur et le système nerveux de chacun d’entre nous : ce duel (à mort) entre la logique de la machine et la logique du vivant.

 

Combien de fois par jour suis-je amené à vivre en tête-à-tête avec un programme, officiellement conçu pour m’offrir confort et liberté, mais dont je dois suivre à la lettre les instructions?

 

Il ne s’agit pas seulement de mon ordinateur, de mon smartphone, de ma voiture, du distributeur de billets, ou de la caisse auto-scanning du supermarché. Il ne s’agit pas seulement des rendements planifiés et exigés par mon employeur ou mon client, de ma feuille de route, de mes prestations contrôlées en temps réel.

 

Il s’agit aussi de moi-même, seul(e), face à mes propres programmes de production et de conformité, de moi-même, seul(e), face à mon propre manager intérieur, avide de résultats. Sachant parfaitement ces choses, pourquoi continuons-nous à les subir ?


 Au début des années ’60, le psychologue américain Stanley Milgram réalise ses fameuses expériences sur la soumission à l’autorité… Dans le cadre d’une expérience rémunérée, des sujets volontaires (monsieur et madame Tout-le-Monde), placés sous l’autorité d’un scientifique, se voient demander d’appliquer des décharges électriques à d’autres quidams tirés au sort, prétendument pour « vérifier leurs capacités d’apprentissage ».

 

Ces derniers sont en réalité des comédiens, mais les sujets l’ignorent et appliquent consciencieusement le programme d’apprentissage et de sanction, parfois jusqu’à envoyer des décharges mortelles dans le corps de leur vis-à-vis.

 

Après de nombreuses variantes et une analyse serrée des résultats (voir MIilgram, Soumission à l’autorité, Calmann Levy, rééd. 1994), Milgram conclut que le sujet, soumis à une tension intolérable entre ce que l’autorité demande et ce que sa conscience lui ordonne, est le plus souvent incapable de remettre en cause l’autorité.

 

Il entre plutôt dans un état second, nommé « état agentique », devenant le simple « agent exécutif » d’une volonté autre que la sienne. A ce stade, son attention fébrile est rivée au tableau de commande ou bien à l’examinateur. Les cris de souffrance de son « élève » ne sont plus identifiés ou considérés comme des données pertinentes.

 

S’il les perçoit, il n’y réagit plus. Seules comptent la poursuite de l’expérience dans les règles et la satisfaction gratifiante de l’Autorité. La psychologie ou la morale individuelles ne sont pas en cause: la situation a transformé l’individu, qui peut être très sympathique, plaisant, sensible dans une situation ordinaire.

 


Serait-ce cet « état agentique » qui est à la manœuvre en Grèce par exemple, où le pays est saigné à blanc au nom d’impératifs budgétaires intangibles, sous l’impulsion d’experts résolus, précipitant la population dans une misère et un désarroi croissants? En Grèce, mais aussi au coin de la rue, mais aussi sur son lieu de travail, ici, maintenant, partout ?

 

Est-ce l’état agentique qui commande à nos muscles et cordes vocales de se tenir tranquilles en toutes circonstances, même les plus écœurantes ? Si oui, la première révolution consiste à en prendre conscience, au lieu de se croire libre, parfaitement éveillé et maître de ses choix. Bien-sûr, l’Autorité n’a plus des bottes et un képi (quoique…).

 

Mais elle tient dans un graphique, dans une série de chiffres et se niche dans nos propres cerveaux transformés en disques durs. Dans 2001, Odyssée de l’Espace, l’astronaute survivant débranche le superordinateur. Dans l’expérience de Milgram, quelques rares participants refusent les injonctions et mettent un terme à l’expérience.

 

En 2011, à bord du vaisseau Spatial Terre, dans le grand laboratoire européen, rien de tel. Chacun est à son poste et applique le programme prévu. Et à toute vitesse, pour ne rien voir, ne rien penser, ne rien ressentir. S’arrêter ?

Par Christian Hivert - Publié dans : Autonomie - Communauté : les anti-capitalistes - Ecrire un commentaire

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