Elle avait vécu son désert et sa traversée, il n’y avait plus nul regard concupiscent dans ses traces
et ses émois, elle était enfin une femme libérée des envies et des attraits, et son prince qui fut charmant lui donna trois rayons de soleil, elle avait désormais de quoi
s’occuper.
Dire qu’elle s’était relevée aussi simplement qu’après une nuit de mauvais rêves serait fausser la réalité, il fallut de longs mois, des années, et le trouble des vieilles envies était toujours présent, mais elle se couchait en rêvant aux petites et calculait son réveil pour elles.
Elle devait les amener à la vie, à leur vie, leur donner de ses espoirs, leur apprendre ce qu’elle avait appris, leur donner ce qu’elle avait reçu, ce qu’elle avait perdu, retrouver les souvenirs de ce qu’elle avait voulu, le leur donner aussi, et les veiller en douceur.
Parfois elle s’arrêtait au dessous d’un arbre majestueux, la terre s’étendait à demi sauvage au gré des vallées devinées au loin, elle se sentait forte, elle avait traversé la tempête, comment avait-elle fait, l’arbre durait depuis plus longtemps encore et donnait toujours des fruits.
Elle laissait longuement ses mèches de cheveux, autrefois fières et sauvages, s’imprégner des effluves transportés par ce léger souffle, ce n’était pas le même que dans les rues qui l’avaient vues naître et grandir, c’était plus majestueux, et plus doux, d’une provenance plus large.
Elle respirait alors en profondeur, que pouvait-il lui arriver maintenant, elle avait vécu le pire, jamais plus elle ne sombrerait, elle était sortie du cauchemar, sortie du tunnel froid et sombre, elle voyait le soleil, même sous les nuages, elle s’ébrouait, elle était libre, vivante.
Les petites et l’école lui donnaient ses heures et ses obligations, leurs espiègleries lui donnaient ses joies et ses humeurs, elle ne savait toujours pas très bien ce que pouvait être le bonheur, mais elle s’en rapprochait, son insouciance avait fait place aux inquiétudes vivifiantes d’une mère.
Arthur savait le temps infini et patient des installations tardives en milieu moyennement hostile, le temps de faire le tour des relations possibles et des déconvenues, l’inventaire des égos démesurés et des courtoisies les plus sincères, apprendre à marcher et raccourcir les distances.
Sa compagne ne parvenait à se fixer, il faudrait de la patience et de la bonne volonté pour s’adapter, mais le temps des retraites volontaires était venu, le temps des projets de proximité, si tu ne peux changer le monde, alors pense à changer ton monde, n’est-ce pas Dominique ?
Dominique Premier était toujours aussi présente dans son crâne meurtri d’enfant résilient, un soir il s’était effondré, la griserie des longues soirées de bistrot, une fatigue, l’air d’un printemps sous une lune pleine, il gisait dans l’herbe au côté de la voiture dont le moteur tournait encore.
Alors sa compagne sentant de l’étrange dans son abandon de noyé renonçant au combat vint à sa rencontre et le releva, alors il se libera un peu du poids par des mots, des bribes de souvenirs, des sommes de coïncidences, des relations communes et ces refus offensants ses dédains.
L’avantage de cet aveu tardif fut que tout le temps au moins de la confidence et des consolations Dominique ne fut pas présente et ne put intervenir, l’omniprésence de son absence et la violence extrême de son refus implacable de le revoir et de donner des nouvelles.
Il ne lui restait plus qu’à guérir, à prendre le temps pour lui, à poursuivre leur route à deux, les yeux encore traversés des souvenirs du voyage, ils n’arrêteraient aucun génocides, il fallait l’admettre, les maîtres des massacres faisaient ce qu’ils voulaient, Dominique ne voulait pas de lui.
Il se devait de se reconnaître bienheureux, il avait survécu aux assassinats psychiques et aux abandons calculés, les jalousies destructrices lui avaient fait prendre conscience de ses valeurs, personne ne cherche à détruire celui dont on ne craint la puissance, il se savait donc fort.














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